Barack Obama reçoit le dalaï lama à la Maison-Blanche dans un climat tendu avec Pékin
Par Freddy Mulongo, jeudi 18 février 2010 à 13:34 :: radio :: #717 :: rss
Le leader tibétain est arrivé mercredi 17 février 2010 à Washington et a rencontré des représentants de la communauté tibétaine.
La Chine accuse le dirigeant spirituel tibétain en exil de séparatisme et a prévenu qu'une telle rencontre nuirait aux relations déjà tendues entre Pékin et Washington. La photo d'une poignée de main aurait été sans doute considérée par Pékin comme une provocation supplémentaire.
Si le président Obama n'a pas annulé la rencontre, comme Pékin l'a sommé de le faire, il n'ira cependant pas plus loin que ne l'ont été ses trois prédécesseurs, George Bush père, Bill Clinton et George W. Bush, qui ont tous rencontré le dalaï-lama. Ainsi, la rencontre entre les deux prix Nobel de la Paix aura lieu dans la salle des Cartes de la Maison-Blanche et non dans le Bureau ovale, honneur réservé aux chefs d'État. Aucune photo officielle ne devrait par ailleurs être prise.
L'administration Obama ne réclame pas l'indépendance du Tibet. Elle soutient d'ailleurs qu'elle reçoit le dalaï-lama à titre de leader des droits de l'homme et leader culturel du peuple tibétain, et non à titre de chef politique.
« Le dalaï-lama est un lauréat du prix Nobel de la Paix, un leader culturel et religieux admiré internationalement, et c'est à ce titre que la secrétaire d'État le recevra, comme l'ont fait ses prédécesseurs », a déclaré mercredi un porte-parole du département d'État, Mark Toner.
Le dalaï-lama est arrivé à Washington mercredi soir. Il s'est immédiatement joint à un groupe de Tibétains en exil qui célébraient le Nouvel An tibétain dans un hôtel de la capitale américaine.
Au cours de sa visite à Washington, il doit aussi recevoir une médaille de la Fondation nationale pour la démocratie, un organisme financé par le Congrès américain.
Pékin aux aguets
Le gouvernement chinois surveillera assurément de près ce qui se passera à Washington. Pékin cherche constamment à éviter que le chef spirituel tibétain soit reçu comme un chef d'État, afin que sa légitimité ne soit pas renforcée.
La semaine dernière, la Chine avait demandé aux États-Unis d'annuler la rencontre et d'adopter une politique de non-ingérence en ce qui concerne le Tibet.
Un porte-parole du gouvernement chinois, Ma Zhaoxu, avait exhorté les Américains « à comprendre le caractère très sensible des questions tibétaines, à respecter scrupuleusement leur engagement envers l'appartenance du Tibet à la Chine et leur opposition à l'indépendance tibétaine ».
Il a ajouté que Pékin avait déjà émis « une protestation formelle auprès des États-Unis » concernant ce sujet. Toutefois, Pékin n'a pas donné de détails sur ce qu'elle pourrait faire si Washington ignorait cette demande.
L'automne dernier, le dalaï-lama s'est rendu aux États-Unis, mais Barack Obama ne l'avait pas rencontré. Le président a été critiqué pour cette décision. Des militants de la cause tibétaine l'ont accusé de vouloir ménager Pékin, qu'il devait visiter le mois suivant.
Une situation délicate
La visite du dalaï-lama survient alors que les relations entre les deux grandes puissances mondiales se sont crispées au cours des dernières semaines, après que le gouvernement américain eut conclu un contrat d'armement de plus de 6,4 milliards de dollars avec Taïwan.
La Chine, qui considère Taïwan comme une province rebelle, a réagi en suspendant fin janvier ses échanges militaires avec les États-Unis. Elle a annoncé qu'elle adoptera des sanctions contre les sociétés américaines impliquées dans ces livraisons d'armes.
Le porte-parole du président Obama, Robert Gibbs, a soutenu la semaine dernière que le président Obama voulait établir un dialogue « constructif » avec le dalaï-lama. La Chine et les États-Unis, a-t-il dit, ont une relation assez mûre pour résister à de tels différends.
Un passé de répression
Le dalaï-lama a fui le Tibet en 1959, soit 9 ans après que la Chine eut envahi son pays. La révolte des Tibétains qui a précédé ce départ a été réprimée dans le sang. Dans les années qui ont suivi, la grande majorité des monastères du Tibet ont été détruits.
Pékin mène en outre une politique de colonisation du territoire tibétain qui se poursuit encore à ce jour. Le plus récent soulèvement tibétain, survenu à Lhassa, au printemps 2008, avant les Jeux olympiques, a notamment été durement réprimé.
Quand le locataire de la Maison Blanche rencontre le dalaï lama
* George H.W. Bush (le père) a été le premier président américain à rencontrer le dalaï lama, en 1991, deux ans après la répression de la place Tiananmen. Aucune photo de la rencontre n'avait été diffusée.
* Bill Clinton, cherchant à réduire la tention avec Pékin, a évité toute invitation formelle mais s'est "invité" à une rencontre organisée par les républicains avec le leader spirituel des Tibétains. Ce qui lui a valu une critique de la part des républicains, qui lui ont reproché de ne pas l'avoir rencontré. Mais Hillary Clinton l'a rencontré à la Maison Blanche.
* George W. Bush a rencontré plusieurs fois le dalaï lama, en privé, à la Maison Blanche. Pour la première fois, en 2007, il est apparu en public avec le leader tibétain, lui remettant la médaille d'or du Congrès. Poussant la provocation un cran plus loin, le président a demandé à Pékin d'engager des discussions avec le dalaï lama.


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