Israël et États-Unis dos à dos
Par Freddy Mulongo, jeudi 11 mars 2010 à 11:17 :: radio :: #747 :: rss
Jérusalem, Joe Biden, le vice-président américain et le Premier ministre Israélien Benyamin Netanyahou.
A peine apparue, la lueur d’espoir suscitée par l’amorce d’un dialogue indirect entre Israéliens et Palestiniens menace déjà de s’éteindre. Avant-hier, au moment même où le vice-président américain Joe Biden rencontrait le Premier ministre israélien Benyamin Neta nyahou pour relancer le processus de paix au Pro - che-Orient, le ministère de l’Inté - rieur israélien, Eli Yishai, annonçait la construction de 1 600 logements à Jérusalem-Est, un secteur annexé à majorité arabe. Joe Biden a manifesté son mécontentement en arrivant avec plus d’une heure de retard au dîner offert le soir même par Benyamin Netanyahou.
Une annonce calculée?
Joe Biden «était venu pour tenter de faire passer le courant entre Jérusalem et la Maison Blanche, lever les doutes et créer des relations de confiance. Et nous l'avons perdu aussi, lui qui était à Washington l'ami le plus proche de Netanyahu», écrit le quotidien Maariv en parlant en Une du «malaise» israélo-américain.
Interrogé à la radio, l'un des éditorialistes vedettes du journal Yediot Aharonot, premier quotidien en Israël, Shimon Schiffer, a parlé de «crachat au visage de Biden», en visite en Israël et dans les territoires palestiniens pour tenter de relancer le processus de paix avec les Palestiniens.
Le Premier ministre Benjamin «Netanyahu est incapable de mener un véritable dialogue avec les Américains. Biden est venu pour exprimer son soutien à Israël face à l'Iran et sa visite a été torpillée», a fustigé l'éditorialiste.
Selon le Yediot Aharonot, Joe Biden a envisagé d'annuler sa participation avec son épouse à un dîner offert par le couple Netanyahu à la résidence officielle à Jérusalem mardi. Le couple Biden est arrivé avec plus d'une heure de retard au dîner, un geste qui «en termes diplomatiques s'appelle de la grossièreté», relève le Maariv.
Gifle
«Amateurisme, négligence et probablement aussi cynisme expliquent comment une grave crise a pu surgir, provoquant l'embarras du Premier ministre et ruinant la visite de Joe Biden», accuse le Yediot. Benjamin Netanyahu a eu beau expliquer à son hôte qu'il ignorait que le projet de colonisation serait annoncé, «les Américains pensent que cette annonce n'est pas fortuite».
Cette annonce a été critiquée au sein même du gouvernement israélien.
Le ministre de la Défense, Ehud Barak, a évoqué «une annonce superflue qui perturbe les négociations de paix avec les Pales - tiniens».
Pour de nombreux observateurs, le timing ne doit rien au hasard. Frédéric Encel, spécialiste du Proche-Orient, enseignant à Sciences-Po, à Paris, émet deux hypothè ses. «Cette annonce pourrait résulter de rapports de forces internes: le gouvernent israélien est une coalition hétéroclite, dont le centre de gravité est nationaliste et religieux.
Il pourrait s’agir pour cette frange de montrer à Benyamin Netanyahou qu’elle n’est pas soumise », en lui imposant cette annonce.
La seconde hypothèse pourrait consister à «montrer que les Etats-Unis restent plus proches d’Israël que jamais, et qu’ils lui laissent ainsi une marge de manoeuvre importante», en faisant preuve de tolérance au bout du compte.
Des rapports fluctuants Cet épisode met en lumière les rapports fluctuants qu’entretiennent Israël et les Etats-Unis.
La relation fusionnelle qui prévalait lorsque Bill Clinton puis George W. Bush occupaient le bureau ovale a pris fin avec Barack Obama, plus pragmatique.
En mai dernier, lors de sa première rencontre avec le Premier ministre israélien, Barack Obama, le président américain avait fait preuve d’une fermeté inhabituelle vis-à-vis d’Israël, exprimant notamment son opposition à la construction de nouvelles colonies.
«Les Israéliens ne sont plus habitués à subir des pressions [depuis quelques années, ndlr], rappelle Frédéric Encel. Mais ces pressions se sont calmées ces derniers mois.» Peu à peu, la méfiance initiale d’Israël a cédé la place à une relation apaisée.
En janvier 2010, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton rassurait les Israéliens en renonçant à exiger un gel des colonisations.
De son côté, Benyamin Netanyahou donnait des gages en annonçant un gel des colonisations en Cisjordanie pour dix mois et en évoquant pour la première fois un «Etat» palestinien.
Ainsi, l’incident diplomatique survenu avant-hier ne devrait être qu’une crise passagère.
Le divorce n’est, pour l’heure, pas d’actualité.
La décision controversée de construire de nouveaux logements dans un quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem a été rendue publique pendant la visite de Joe Biden en Israël.
Après l'affront, les excuses, mais pas de marche arrière. Les autorités israéliennes se sont déclarées désolées mercredi d'avoir annoncé pendant la visite du vice-président américain, Joe Biden, l'autorisation de la construction de 1 600 nouveaux logements à Jérusalem-Est.
Mais elles ne sont pas revenues pour autant sur cette décision qui soulève un tollé international et menace de faire capoter le fragile accord sur la reprise des négociations israélo-palestiniennes.
«Nous n'avions pas l'intention ni le désir d'offenser ou de nous moquer d'un personnage aussi important que le vice-président pendant sa visite», a déclaré mercredi à la radio le ministre israélien de l'Intérieur, Eli Yishai, dont le bureau avait annoncé mardi le nouveau plan de construction.
«Je suis désolé de l'embarras créé. Nous devons nous souvenir que ces décisions sont prises conformément à la loi, même si le moment était mal choisi… La prochaine fois, nous prendrons en compte le moment», a ajouté Eli Yishai, membre du parti ultraorthodoxe séfarade Shass.
Le projet vise à la construction de nouveaux logements dans le quartier de Ramat Shlomo, un quartier juif ultraorthodoxe de Jérusalem.
Le point de vue israélien est clair : une loi fondamentale considère depuis 1980 Jérusalem-Est comme partie intégrante d'Israël et de sa «capitale indivisible». Les constructions y sont donc légales, et Jérusalem-Est n'est pas concernée par le gel de dix mois des nouvelles constructions décrété par Nétanyahou dans les colonies. Le reste du monde et l'ONU ne reconnaissent pas cette annexion.
Le moment de cette annonce, en pleine visite du vice-président américain, est particulièrement significatif. Que Nétanyahou ait été ou non au courant de cette annonce est en soit un signe peu encourageant. Soit le premier ministre israélien ne contrôle pas ce qui se passe à Jérusalem, pourtant l'un des points les plus sensibles du dossier israélo-palestinien, et laisse ses ministres agir à leur guise ; soit il sait ce qui se passe, mais n'hésite pas à bafouer ouvertement son puissant allié américain.
En novembre dernier, juste après que l'envoyé spécial d'Obama, George Mitchell, eut déclaré que les États-Unis s'opposaient à de nouvelles constructions dans la colonie de Gilo, à la sortie sud de Jérusalem, un plan de 900 nouveaux logements était annoncé.
«C'est toujours pour des raisons “techniques”, le moment est toujours une “coïncidence”, et le premier ministre est toujours “surpris”, ironisait mercredi Ben Caspit, l'éditorialiste du quotidien israélien Maariv, mais d'une façon ou d'une autre, ça arrive toujours.»
Mercredi, Joe Biden s'est efforcé de calmer les représentants de l'Autorité palestinienne à Ramallah, deuxième volet de sa visite. «Tout le monde doit savoir aujourd'hui qu'il n'y a pas d'alternative à la solution à deux États, qui doit faire partie intégrante de tout plan de paix global», a rappelé le vice-président américain. «La décision du gouvernement israélien de faire avancer la planification de nouveaux logements à Jérusalem-Est sape la confiance dont nous avons besoin maintenant afin de commencer et produire des négociations fructueuses…», a-t-il ajouté.
Le premier ministre palestinien, Salam Fayyad, a salué la «condamnation» de l'Administration américaine. Mais les pourparlers indirects, arrachés après des mois d'efforts par la diplomatie américaine, partent déjà d'un mauvais pied.


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