Certains représentants du secteur se sont engagés sur papier à se soumettre à une plus grande traçabilité de leur chaîne d'approvisionnement et à des pratiques d'achat plus responsables, mais les entreprises qui achètent des minerais dans l'est du Congo n'ont pour l'instant pas concrétisé ces engagements ni mis en œuvre de mesures de diligence raisonnable crédibles.

« Il ne suffit pas que les entreprises se fient à des promesses verbales ou aux documents remplis par leurs fournisseurs. Si elles veulent éviter de se faire complices du conflit et des atteintes aux droits de l'homme, elles se doivent de mener des enquêtes pour savoir exactement de quelles mines provient la marchandise et qui bénéficie de ce commerce », précise Dunnebacke.

« L'information sur qui contrôle telle ou telle mine est de notoriété publique dans les villes commerciales de l'est du Congo. Les entreprises qui achètent des minerais dans des zones militarisées ne peuvent pas plaider l'ignorance. »

De récentes résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU ont exhorté les gouvernements à prendre des mesures à l'encontre des entités qui s'approvisionnent en minerais auprès de groupes armés de l'est du Congo, mais les États membres n'ont pour l'instant soumis aucune entreprise ni aucun individu aux sanctions de l'ONU, malgré les amples preuves publiées par le Groupe d'experts de l'ONU et Global Witness.

Serralta explique : « Les gouvernements bailleurs de fonds occidentaux ont fait grand cas de leurs engagements visant à rétablir la paix et la stabilité dans l'est de la RDC. Mais ces belles paroles sont en contradiction avec le fait qu'ils persistent à ne demander aucun compte aux entreprises de leur juridiction qui achètent des minerais du conflit. Lorsque soutenir le Congo signifie s'attaquer à un éventuel intérêt national, aussi marginal soit-il, leur volonté d'agir semble se volatiliser. »

La MONUC ne devrait se retirer qu'à condition que les mines aient été démilitarisées

L'autre test de l'engagement international envers la lutte pour briser le lien entre le commerce des minerais et les atteintes perpétrées au Congo concerne les objectifs et le mandat confiés à la mission de maintien de la paix de l'ONU, la MONUC. Au cours des prochaines semaines, les membres du Conseil de sécurité de l'ONU vont décider des objectifs que la MONUC devra avoir atteints avant de pouvoir se retirer de la RDC sans provoquer une résurgence de l'instabilité. Étant donné les conclusions de ses travaux récents, Global Witness estime qu'il est crucial que ces objectifs comprennent la démilitarisation complète du secteur des minerais dans l'est du pays.

Les membres du Conseil de sécurité devraient par ailleurs renforcer le mandat de la MONUC, dont le renouvellement aura lieu en mai prochain, en la chargeant de lutter contre le commerce illicite de minerais. Les agents du maintien de la paix devraient avoir l'autorisation et les moyens non seulement de surveiller les expéditions de minerais, mais également de soutenir activement les efforts déployés par le gouvernement dans le but de réduire les activités illégales impliquant les militaires.