Haut-Uélé: Bain de sang au Congo
Par Freddy Mulongo, lundi 29 mars 2010 à 11:31 :: radio :: #782 :: rss
Une victime congolaise des exactions de la LRA, en février 2009.
Ce compatriote, habitant de Napopo dans le Nord-Est de la République démocratique du Congo, porte la cicatrice d'un coup de machette que lui ont infligé des rebelles de la LRA, en février 2009.
L’ONG Human Rights Watch a surnommé cette zone “le chemin de la mort”. Pendant quatre jours de décembre 2009, une trentaine de rebelles ougandais de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) ont semé la mort dans plusieurs villages du nord-ouest de la République démocratique du Congo. Selon un rapport de l’ONG, publié hier, ils auraient tué “au moins 321 civils et enlevé 250 autres personnes, dont au moins 80 enfants”.
La majorité des victimes seraient des hommes “que les combattants de la LRA ont d’abord ligotés, avant de les tuer à coups de machettes ou de leur écraser le crâne à coups de hache et de lourds gourdins”. Les autorités ont trouvé les jours suivants des corps tout au long du trajet effectué par la LRA, sur une distance de 105 kilomètres. La région, selon les témoins, a été remplie de l’“odeur de la mort” des semaines durant.
Mais ce coin du Congo est tellement reculé – il n’y a ni électricité ni routes – qu’il a fallu trois mois pour que l’ampleur du massacre soit connue. La rébellion de la LRA, active depuis 1988 dans le nord de l’Ouganda, est l’une des plus brutales au monde. Forte de plusieurs milliers de soldats dans les années 1990, elle a été affaiblie par la riposte de l’armée ougandaise, qui bénéficie depuis quelques années de millions de dollars d’aide des Etats-Unis.
Selon un communiqué de l'ONG, «le massacre de Makombo, dans le district du Haut-Uélé, est l'un des pires jamais commis par la LRA dans ses 23 ans d'histoire sanglante, pourtant il n'a pas été signalé pendant des mois». Le rapport, qui s'appuie sur une mission de recherche conduite en février par Human Rights Watch dans la région du massacre, «documente les meurtres violents commis lors de l'attaque bien planifiée menée par la LRA du 14 au 17 décembre dans la région reculée de Makombo».
Un religieux congolais, le vicaire épiscopal du diocèse d'Isiro-Niangara Mgr Dieudonné Abakuba, a raconté qu'une trentaine de membres de la LRA ont traversé ces jours-là une dizaine de villages. «Ils ont tué au moins 300 personnes. Ils en ont aussi enlevé entre 200 et 400 avant de disparaître», a affirmé le religieux. Les rebelles «étaient en tenue militaire. Ils ont tué beaucoup de gens sur la route, en les assommant avec des gourdins», a-t-il ajouté.
Jeannette Abakuba, députée provinciale, a également évoqué le chiffre d'au moins 300 morts. «Ils ont tué surtout des hommes, mais il y avait aussi des femmes. Ils ont enlevé des enfants qui allaient à l'école», a-t-elle témoigné.
Extrême brutalité
Human Rights Watch rappelle que «la mission de maintien de la paix des Nations Unies au Congo (Monuc) dispose d'environ 1 000 soldats du maintien de la paix dans les régions du Nord-est du Congo touchées par la LRA - bien trop peu nombreux pour protéger correctement la population. Néanmoins, au lieu d'envoyer d'autres troupes, la force de maintien de la paix, sous la pression du gouvernement congolais pour qu'elle se retire du pays d'ici juillet 2011, envisage de retirer des troupes du nord-est d'ici juin, dans la première phase de sa réduction d'effectifs», alarme l'ONG basée à New York.
La rébellion de la LRA, active depuis 1988 dans le nord de l'Ouganda, est réputée pour être une des plus brutales au monde. Depuis 2005, ses combattants se sont installés dans l'extrême nord-est de la RDC, mais aussi en Centrafrique et au Sud-Soudan. Dans un rapport rendu public en octobre dernier, un collectif de 84 organisations de défense des droits de l'Homme avait déclaré que plus d'un millier de civils avaient été tués et près de 900.000 jetés sur les routes dans l'est de la RDC depuis janvier 2009.


Commentaires
1. Le lundi 29 mars 2010 à 14:10, par Evariste Kapiamba
2. Le lundi 29 mars 2010 à 16:19, par Lacoste
3. Le lundi 29 mars 2010 à 21:36, par José ode
Ajouter un commentaire