Exploitation de cassitérite

L'exploitation de la cassitérite fait vivre près de 1 million de personnes. La majorité des mineurs de Bisié subsistent avec moins de 1,5 dollar par jour et sont en général lourdement endettés. Selon une enquête de Global Witness, le racket et le vol autour des mines rapporteraient au moins 120 000 dollars par mois aux militaires.

180 puits à Bisié

Situé dans le territoire de Walikale, dans l'est du Congo, Bisié compte près de 180 puits artisanaux. Alors que le Code minier interdit, pour des raisons de sécurité, de creuser au-delà de 30 mètres, certains tunnels font 200 à 300 mètres de long. Inondés pendant la saison des pluies, ils s'effondrent régulièrement.

La cassitérite

La cassitérite, principal minerai de l'étain, est aujourd'hui très recherchée par toute l'industrie électronique. Au milieu des années 1 940, le Congo était le deuxième plus grand producteur, après la Bolivie. Depuis la chute de Mobutu en 1997, sa part dans le marché mondial n'est plus que de 5%.

Les porteurs de minerai

Le minerai est transporté à dos d'homme pendant deux jours à travers la forêt. Les porteurs, payés 20 dollars aller et retour, sont régulièrement attaqués et dépouillés de leur chargement par des hommes en armes.

Let 410

Pour couvrir les 300 kilomètres de jungle qui séparent le territoire de Walikale de Goma, le minerai est chargé à bord d'avions à hélice. Les appareils, des LET 410, peuvent emporter 2 tonnes de marchandise au prix de 0,4 dollar le kilo. Par la route, il faut parcourir 1 600 kilo mètres, soit une semaine de voyage.

International Rescue Committee

Selon International Rescue Committee, la guerre aurait entraîné depuis 1998 la mort de 5 millions de personnes, surtout par maladie ou malnutrition. Avec des centaines de milliers de mutilations et de viols commis dans l'est du pays, les femmes sont les premières victimes du conflit.

Quand Bolloré apparaît...

Après avoir été acheminée par avion à Goma, la cassitérite rejoint par la route les ports de l'océan Indien. Plus d'un tiers des 10 000 tonnes exportées - officiellement - par le Kivu emprunte les camions d'Africa Logistics, la division transport du groupe Bolloré.

L'entreprise a longtemps prétendu ne pas toucher à ces minerais entachés par la guerre.

Notamment lorsqu'elle avait été citée en 2003 dans un rapport de l'ONU Aujourd'hui, comme l'a constaté sur place « le Nouvel Observateur », ce sont pourtant bien ses semi-remorques qui transportent une partie de l'« or gris » de Bisié.

«Nous ne prenons en charge que les fûts qui disposent de tous les certificats exigés par les autorités congolaises, assure le directeur général adjoint d'Africa Logistics, Eric Melet. Dès que nous avons un doute, nous disons non. » Des certificats, certes.

Mais en amont ? Plusieurs comptoirs de Goma - clients de la division transport de Bolloré - sont en effet accusés par l'ONU de commercer avec les groupes armés.

« C'est très difficile de porter un jugement de valeur sur des particuliers, dit Eric Melet. Si des opérateurs du secteur formel comme nous se retirent, tout deviendra informel et ce sera pire. »