Paris, les politiques aiment des livres !
Par Freddy Mulongo, mercredi 7 avril 2010 à 10:11 :: radio :: #801 :: rss
Paris, mardi 30 mars 2010, Guy Lumumba et Martine Aubry, la première secrétaire du parti socialiste. Photo Ndolo François
Paris, 30 mars 2010, Dominique de Villepin et Freddy Mulongo au salon du livre.
De retour sur terre après le procès Clearstream, le flamboyant Premier ministre de Chirac découvre l'ordinaire d'un candidat à l'Elysée : pour être élu, il faut des troupes et de l'argent, donc aller au-devant des gens.
Il va le faire disent ses proches. C'est une question de semaines, sans doute vers la fin du mois de juin. Il y aurait même une date : le 25 juin. Ce jour-là, Dominique de Villepin, au cours d'un meeting « fondateur » à Paris, dans un hangar désaffecté du XIIIe arrondissement, va créer son propre parti. Son nom ? Il rêve que le mot « rassemblement » soit inscrit au frontispice de son mouvement.
Le hussard de Jacques Chirac, l'homme seul, le poète, le général sans armée, le Don Quichotte de la politique, a décidé de passer à l'acte, de sortir de son personnage de soliste. Le barde de la République a fait sa métamorphose. Non sans mal. Il y a quelques mois, il n'aurait jamais envisagé un tel combat. Mais le procès Clear stream a agi sur lui.
« Villepin a vécu une sorte d'ordalie, résume Jean-Marc Lech, patron d'Ipsos. Il s'est considérablement humanisé. Quand les Français l'ont vu apparaître au JT de 20 heures, entouré de sa famille, lançant la fameuse formule «Je suis ici par la volonté d'un homme», l'opinion a basculé. Il est passé du statut de comploteur à ce lui de victime. Il est devenu un être de chair et d'os.
Toutes les enquêtes le montrent : ce jour-là, les citoyens de notre pays l'ont regardé d'un autre oeil. » Dans l'entourage de l'ex-Premier ministre, on bénirait presque Nicolas Sarkozy pour son acharnement « sur un homme à terre ».
« Il l'a ressuscité, confesse un de ses anciens collaborateurs de Matignon. Mieux, il lui a permis de devenir un autre. » Un autre ? Pour bon nombre de ceux qui l'ont côtoyé ces dernières années, l'auteur du très lyrique Eloge des voleurs de feu (Gallimard) est redescendu sur terre.
« Il est passé du surréel au réel », ajoute l'un d'eux. Traduction : Villepin a fait un atterrissage forcé dans la terre glaise de l'Hexagone. Il est devenu un simple citoyen, un Français comme les autres. Un justiciable très ordinaire. Lui qui avait vécu son enfance et son adolescence hors de France, né au Maroc, puis qui avait poursuivi sa scolarité au Venezuela, rêvait la France, cheveux au vent, comme on regarde la lune.
Ni l'ENA, ni son séjour de trois ans en Inde, ni ses multiples fonctions dans les salons lambrissés de la République ne l'ont mis par la suite au contact profond du pays réel. Par contre, l'affaire Clearstream... « Quand on vient fouiller sous les matelas de vos propres enfants, confie-t-il, vous ne pouvez plus voir le monde qui vous entoure tout à fait de la même façon. »
Salon du livre 2010 , au Mardi 30 Mars 2010
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Au cours du procès Clearstream, Dominique de Villepin a aussi découvert la toute-puissance d'Internet. Au cours de l'été 2009, avec une poignée d'amis, il crée un site et un réseau social sur le modèle de celui de la campagne électorale de Barack Obama, avec l'aide de la société britannique SocialGO. Un ami prête une cave dans le quartier parisien du Marais. L'opération relève du bricolage. A l'ouverture du site, le 15 septembre, surprise : plus de 6 000 personnes s'inscrivent, débattent, chattent à propos du rôle de leur héros dans les mois à venir... Ce réseau virtuel devient une force militante.
Au départ, Dominique de Villepin ne prend pas le phénomène au sérieux. A tort. « Nous avons décidé d'organiser une réunion pour les membres du réseau le 27 octobre, se souvient Christophe Carignano, responsable du site. On espérait vaguement 300 personnes à la Maison de l'Amérique latine. A l'arrivée, ils étaient 1 300, venus spontanément d'un peu partout, certains en covoiturage.
Ce succès inespéré a intrigué à tel point que Le Canard enchaîné a voulu savoir comment nous avions financé le déplacement de ces militants et où étaient les cars. »
La villepinmania sur la Toile va monter crescendo durant le procès. Chaque apparition de la « victime », si souriante, si prompte à serrer les mains des gendarmes à l'entrée du tribunal, est décryptée, disséquée. On étudie l'affaire comme on regarde 24 Heures chrono. Villepin est devenu un héros de série.
Résultat : il grimpe de 10 à 15 points dans les sondages sans avoir dit le moindre mot politique. « Le jour de l 'appel du procureur de la République, Jean-Claude Marin, le site a littéralement explosé, dit l'un de ses proches. Il y avait plus de 1 000 connections-minute. En quelques jours, nous avons doublé le nombre d'adhérents du réseau social. Nous sommes passés de 6 000 à 12 000 membres.
Au fond, sans le vouloir, le magistrat a rendu un sacré service à Dominique. » Explication : en relaxant Dominique de Villepin, les juges lui rendaient son honneur, mais le privaient de son costume de victime de Sarkozy.
Catastrophe : il n'avait plus l'aura du martyr, il n'était plus qu'un pauvre innocent, et le feuilleton allait perdre de son intensité. Comme dans toute bonne série, il faut à chaque épisode un ressort dramatique qui booste l'intérêt du téléspectateur.
Ironie du sort, c'est le procureur qui le fournit en relançant la machine judiciaire contre l'ennemi juré du président.


Commentaires
1. Le mercredi 7 avril 2010 à 20:21, par Maurice-Blondel BOKOKO ELOLO
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