La chaîne méditerranéenne en question !
Par Freddy Mulongo, dimanche 9 mai 2010 à 16:25 :: radio :: #851 :: rss
Samedi 10 avril, Bibliothèque François Mitterrand (BNF), Frédéric Mitterrand (droite), ministre de la culture, Emmanuel Hoog (centre), Président de la Copeam et Slahedine Maaoui, Directeur Général de l'Arab States Broadcasting Union (Union des radios des Etats arabes)
Auditorium de la BNF, Slahedine Maaoui (deuxième à partir de gauche), directeur Général de l'Arab States Broadcasting Union (Union des radios des Etats arabes),Jean Réveillon, Directeur général de l’UER et Patrick de Carolis, Journaliste et ex-patron de France Télévisions.
"La chaîne aujourd'hui est possible (...) Nous sommes dans une période d'intenses discussions et d'intenses espoirs et espérance", a expliqué Emmanuel Hoog, président de la Conférence permanente de l'audiovisuel méditerranéen (Copeam). "Bien sûr, c'est un projet qui est compliqué, difficile, portant en lui plus d'interrogations que d'évidences, mais c'est cela qui fait sa force et son originalité", a-t-il estimé.
Projet phare de la Copeam depuis 1999, cette chaîne a longtemps connu "une mer de difficultés", a de son côté rappelé Alessandra Paradisi, secrétaire générale de la Copeam, qui regroupe 26 pays du pourtour méditerranéen et 130 entreprises audiovisuelles publiques. Et d'évoquer des problèmes économiques de certains pays de la région, mais aussi des freins politiques.
"Comme on est dans le domaine audiovisuel, il est clair qu'à un moment on touche à la souveraineté des Etats et touchant à cette souveraineté, il n'est pas imaginable que cette chaîne se fasse sans politique et sans une décision publique", a expliqué M. Hoog.
L'UPM, dont le premier secrétaire général, le Jordanien Ahmad Massa'deh, vient de prendre ses fonctions à Barcelone, permettra à ce frein "politique" d'être levé.
"Il se trouve que l'UPM est une instance politique qui réunit l'ensemble des Etats du pourtour méditerranéen et donc elle est le lieu naturel de décision pour une chaîne de la Méditerranée", a estimé M. Hoog. La Copeam espère que l'UPM, qui regroupe 43 pays, fera une "annonce symbolique" de soutien à la création de la chaîne lors de son Sommet à Barcelone en juin.
"Dire que l'UPM c'est la sécurité civile, la coopération économique mais aussi une chaîne de télévision parlant à l'ensemble des peuples et rayonnant sur la zone, ce sera un message fort, symbolique", a expliqué M. Hoog.
Les représentants de la Copeam ont déjà, et à plusieurs reprises, rencontré tous les ambassadeurs de l'UPM (pays de l'Union européenne, Turquie, Israël et pays arabes riverains de la Méditerranée). Une fois l'"aval politique" de l'UPM donné, un cahier des charges de la chaîne sera discuté entre les pays de la Copeam, puis un appel d'offres sera lancé pour choisir l'opérateur qui gérera la chaîne.
3 rue de Valois à Paris, au ministère de la culture, Frédéric Mitterrand le ministre a reçu les délégués de la Copeam. Tout le monde disait qu'il était trop pris et qu'il ne viendrait pas. Et oui, il est bien venu avec son discours dans la poche intérieur de sa veste et à réaffirmer la volonté de la France de soutenir, d'accompagner et de voir aboutir les objectifs de la Copeam dont la création de la chaîne méditerranéenne.
Paris, 3 rue Valois, Freddy Mulongo et Frédéric Mitterrand, ministre de la culture
minsitre de la culture Frédéric Mitterrand, ministre de la culture avec Slimance Benaïssa, dramaturge algérien.
Le financement de la chaîne, en partie abondé par l'Union européenne, ne pose pas problèmes, selon M. Hoog. Une chaîne de base: trilingue, diffusée par un seul satellite et avec un taux de renouvellement quotidien de la grille de 25% coûterait 20 millions. Une chaîne de plus grande diffusion (avec deux ou trois satellites), multilingue (jusqu'à sept langues) et un taux de rediffusion de 75% coûterait 70 millions.
La chaîne aura pour vocation de diffuser des émissions de divertissement, des documentaires culturels, scientifiques et économiques, ainsi que des reportages. Une charte "éthique" prévoit de défendre la liberté d'expression et la responsabilité des journalistes dans la présentation des nouvelles.
Depuis avril 2009, un pilote, "Terramed", est diffusé tous les jours pendant une heure par satellite sur un canal de la chaîne de télévision publique italienne RAI (RailNews24/RAIMED)
La Méditerranée, riche de plus de 700 millions d’habitants, ne possède pas de chaîne de télévision commune. Partant de cette évidence, la Conférence permanente de l’audiovisuel méditerranéen (Copeam), une institution qui regroupe les principaux opérateurs de télévision de la région, a développé un projet de chaîne capable de s’adresser aux téléspectateurs du nord comme du sud de la “mare nostrum”.
Un canal de diffusion commun
Pour les promoteurs de cette chaîne en devenir, l’idée est de permettre aux Méditerranéens de parler d’une seule voix, de faire progresser la connaissance mutuelle entre les différents peuples et cultures de la Méditerranée et aussi de “lutter contre l’intolérance et l’extrémisme”, comme le souligne Riad Muasses, chef du service arabe à Euronews.
Ils rappellent que les téléspectateurs de la région sont totalement dépourvus de médias communs et souvent réduits à choisir entre les chaînes du Moyen Orient ou celles d’Europe.
Une belle idée qui est ardemment défendue par Emmanuel Hoog, président de la Copeam, dont les membres se sont réunis du 8 au 11 avril 2010 à Paris.
Le projet consiste non pas à créer une chaîne de télévision de plus, mais plutôt d’inciter plusieurs opérateurs de télévision à s’associer pour créer un canal de diffusion commun, nourri de programmes réalisés par leurs équipes.
“Un cahier des charges existe déjà avec un budget prévisionnel oscillant de 20 millions d’euros pour une chaîne trilingue diffusée sur toute la Méditerranée à 70 millions d’euros pour une chaîne en 7 ou 8 langues qui diffuserait sur une zone plus large avec un taux de renouvellement des programmes de 75%.”
Les raisons du blocage de la chaîne méditerranéenne
«Le lancement de la chaîne TV de la Méditerranée est suspendu à une décision politique de l’UPM (l’Union pour la Méditerranée)».En réalité, ce n’est pas l’UPM qui bloque la création de cette chaîne, mais la présence d’un pays membre de la Méditerranée: Israël. Car certains pays de la Méditerranée ne sont pas tout à fait favorables à une télévision méditerranéenne avec la présence de l’Etat hébreu.
Ces pays font partie des Nations arabes et musulmanes de la Méditerranée à l’image de l’Algérie, qui voient d’un mauvais œil la création d’une chaîne où Israël aura sa place. Un pays avec lequel l’Algérie n’entretient ni relation commerciale ni relation diplomatique et encore moins partager une compétition sportive, communicative ou audiovisuelle.
Le projet de la chaîne Méditerranée sera-t-il mort-né ou né mort ? Car la cohabitation entre Israël et certains pays du Bassin méditerranéen comme l’Algérie, la Syrie et à un degré moindre la Turquie avec qui elle a actuellement des tensions diplomatiques à cause justement de la production audiovisuelle anti-israélienne, n’est pas possible.
Certains pays comme le Maroc et surtout l’Egypte, tentent de faire le forcing auprès des pays arabes pour favoriser la création de cette chaîne qui servira, notamment à médiatiser les actions de l’UPM, un projet cher au président français Sarkozy.
Cela fait dix ans que ce projet est dans les tiroirs de la Copeam, depuis 1999 précisément. La France n’a pas réussi à convaincre ses principaux partenaires au sein de la Copeam dont l’Algérie, pour participer à ce projet. Et pourtant, la Copeam a tout pour réussir. Elle regroupe à elle seule 26 pays du pourtour méditerranéen et 130 entreprises audiovisuelles publiques.
C’est la plus importante entité audiovisuelle dans le monde. Une sorte des Nation unies de l’audiovisuel. Pour trouver des excuses, la Copeam évoque des problèmes économiques de certains pays de la région alors que l’argent est là. Selon eux, une chaîne de base, trilingue, diffusée par un seul satellite et avec un taux de renouvellement quotidien de la grille de 25%, coûterait 20 millions d’euros. Une chaîne de plus grande diffusion (avec deux ou trois satellites), multilingue (jusqu’à sept langues) et un taux de rediffusion de 75%, coûterait 70 millions d’euros. Ce qui est à la portée d’une dizaine de pays de la Méditerranée.
Mais en réalité, ce qui bloque est politique et surtout d’ordre diplomatique. Qui dirigera la chaîne? Qui servira-t-elle? Et surtout: Israël serait-il inclus dans la direction et dans le traitement de l’information? Telles sont les véritables questions que se posent certains grands participants, comme l’Algérie, qui acceptent déjà à demi-mot l’implication d’Israël dans certains projets européens d’aide à l’audiovisuel comme le projet Méda.


Commentaires
1. Le lundi 10 mai 2010 à 02:10, par Liliane Lubaki
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