Sénégal : adoption de la parité absolue Homme-Femme
Par Freddy Mulongo, dimanche 16 mai 2010 à 14:15 :: radio :: #903 :: rss

Le siège de l’Assemblée Nationale à Dakar
L’adoption, vendredi 14 mai 2010, d’une loi instituant la parité absolue homme-femme dans les assemblées totalement ou partiellement électives au Sénégal va ouvrir la voie à un égal accès des femmes dans le processus de prise de décisions.
La nouvelle loi, qui a été adoptée par le Sénat, réjouit déjà les femmes sénégalaises, de toutes obédiences confondues, qui la perçoivent comme l’aboutissement d’un long processus de lutte pour l’égal accès à l’exercice du pouvoir, "à l’approfondissement de la démocratie".
Les femmes sénégalaises avaient d’ailleurs rallié l’Assemblée nationale pour encourager le vote de cette loi qui précise que " les listes de candidature sont alternativement composées de personnes des deux sexe". Aussi, lorsque "le nombre de membres est impair, la parité s’applique au nombre pair immédiatement inférieur".
Depuis, l’adoption de ce projet de loi par le gouvernement, les mouvements ou associations de femmes, de toutes obédiences, multiplient les activités pour l’accompagner.
La dernière activité en date est la journée de partage et d’ information sur le projet de loi sur la parité, en début mai, sous l’égide du Collectif des femmes députés du Sénégal.
"Il est temps de restituer de manière effective à la femme, la place qui lui revient de droit dans l’organisation et le fonctionnement du système sénégalais", avait déclaré, la représentante du collectif, Fatou Youssouf Aïdara.
Au Sénégal, les femmes occupent une place marginale dans le processus de prise de décisions. "Les femmes représentent 52% de la population totale. Et seulement 23% sont représentées à l’ Assemblée nationale, environ 10% dans le gouvernement, 12,97% dans les Conseils régionaux, 20,03% dans les Conseils municipaux et 27% dans les collectivités rurales", fait remarquer le président de l’ Assemblée nationale, Mamadou Seck.
Pourtant, l’environnement juridique est favorable à l’ application de la parité au Sénégal, pays qui souscrit à des engagements internationaux en matière de promotion et de protection des droits de la personne. Il s’agit de "la Convention des Nations Unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes du 18 décembre 1979", indique la juriste, Fatou Kiné Camara enseignante à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
Il s’y ajoute, poursuit-elle, que le protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatifs aux droits de la femme (article 9), mais aussi la Constitution Sénégalaise du 22 janvier 2001 dispose en son article 7 : "les hommes et les femmes sont égaux en droit".
L’instauration de la parité dans les instances décisionnelles électives trouve, selon la sociologue, directrice du Laboratoire Genre à l’UCAD, Fatou Sarr Sow, sa source d’inspiration dans nos traditions culturelles qui conféraient à la femme des rôles institutionnels garantissant sa participation à l’exercice du pouvoir.
C’est pourquoi, note la sociologue, "en prenant une telle décision, le président de la République permet à son pays de renouer avec les valeurs et principes de démocratie inclusive, comme ce fut le cas au Waalo (région nord du Sénégal) avant la conquête coloniale".
Des avancées considérables ont été notées depuis 2000, au Sénégal, dans l’accès des femmes aux instances de décision avec la nomination en 2001, d’une femme au poste de Premier ministre, Mame Madior Boye (pour la première fois depuis l’indépendance du pays). Mais aussi l’accès, des femmes depuis 2006, aux corps militarisés de l’armée et de la gendarmerie.
C’est à partir des élections de 2012 que la loi sur la parité entrera en vigueur.


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