Odieux assassinat de Floribert Chebeya, JED s'en prend aux coupagistes !
Par Freddy Mulongo, samedi 12 juin 2010 à 13:25 :: radio :: #932 :: rss
Kinshasa, 19 avril 2010, résidence de l'ambassadrice du Canada lors de la visite Mme Michaëlle Jean, la Gouverneur général du Canada . Sur cette photo, on voit de profil avec sa chemise à carreaux rouge et ses légendaires lunettes Floribert Chebeya, Donat Mbaya, Michel Losembe de la Citi Bank-FEC et Steve Matenga (extrême gauche, costume gris-Fondation Hirondelle) à l'issue d'un diner.
Floribert Chebeya est un mort de trop dans ce pays où les commanditaires des assassinats des journalistes et activistes de droits de l'homme se la coulent douce, vivent en villégiature sans être inquiétés. Aujourd'hui, la peur est entrain de changer le camp. Ce ne sont plus les paisibles citoyens qui ont la trouille mais plutôt les autorités congolaises.
Donat Mbaya, président de JED et Freddy Mulongo au siège de Reporters Sans frontières (RSF) à Paris. Photo-Archive 2008.
voici la teneur de sa lettre, qui est suivi par l'article d'Olivier Diosso:
Cher Freddy Mulongo,
As-tu lu le papier du potentiel signé Olivier Diosso? C'est scandaleux cette presse qui joue le rôle de la justice en inculpant et disculpant selon qu'elle a été menacée ou payée, ou selon qu'elle aime ou n'aime pas. C'est selon. Dans un pays sérieux, complice ou pas, les chefs hierarchiques d'un corps gravement compromis démissionnent ou sont démissionnés pour garder l'honneur de l'institution ou pour se défendre en tant que citoyen simple. Cette responsabilité du chef hierarchique peut aller jusqu'au ministre ayant en charge la Police. Il est vrai que chez nous, l'honneur n'est pas une charge! Malheureusement. Dans l'affaire Chebeya, la police nationale ne sera plus crédible tant qu'elle sera conduite par des hommes, et des femmes peut-être, sur qui pèsent des suspicions dans la commission d'un crime odieux et la tantative de son maquillage ehonté.
L'autre chose qui me choque est que beaucoup d'écrits, comme dans le potentiel et bien d'autres, veulent faire croire qu'on ne peut convoquer un activiste au téléphone. C'est faux. Pour avoir été plusieurs fois convoqué en tant que responsable de JED, je peux affirmer que c'est une pratique courante d'inviter, par téléphone, à rencontrer tel ou tel patron d'un service de sécurité.
Le mercredi d'avant le meurtre de Chebeya, JED a recu, sur mon portable, un appel du responsable de la communication de l'ANR un certain Patrick Kitenge, m'invitant, avec tshivis, à rencontrer, le lendemain l'AG de l'ANR pour "une séance de travail". Autre exemple, à l'époque du prof Kaumba comme conseiller spécial en matière de sécurité du chef de l'Etat, JED avait été "invité" par téléphone à rencontrer le conseiller spécial au sujet d'une plainte de JED pour menaces de mort. A l'arrivée au CNS ('Mont Ngaliema) nous avons été reçu par un conseiller juridique (M. Kahozi) au nom de son chef. Donc les "invitations" ou convocations par téléphone sont une pratique courante dans les services de sécurité congolais.
Je sais que Chebeya était d'un courage exceptionnel mais aussi d'une prudence de chat. C'est lui qui nous a dissuadé de répondre à l'invitation téléphonique de l'ANR le mercredi d'avant sa mort. Pour que lui-même réponde, apparemment si facilement, à une invitation téléphonique passée au nom du patron de la police, c'est qu'il connaissait bien son interlocuteur qui l'aurait rassuré sur les intentions non nocive de l'invitation. La question est de dénicher qui était l'interlocuteur de Chebeya lors de cette invitation téléphonique. C'est un fil important de ce crime.
Le journal "Le potentiel" exclut l'hypothèse d'un "crime d'Etat" (Quid du crime d'Etat justement) sur le simple fait que l'on ne retrouve pas le chauffeur ou le corps du chauffeur de Chebeya. Il peut avoir raison mais l'argument en appui à cette thèse est léger et simpliste. L'histoire de la RDC est pleine des morts sans cadavres. Trois exemples seulement: Lumumba le héro national, Masasu Nindaga le compagnon de LD Kabila et le journaliste congolo-béninois Belmonde Magloire. Ils sont bel et bien morts. Mais où sont leurs dépouilles?. "L'incapacité" justement de la Police à retrouver le corps du chauffeur de chebeya, vivant ou mort, discrédite justement en l'institution police et ferait même penser à un astuce de plus dans le maquillage du crime déploré. Aucun criminel de grand chemin, seul, ne peut, en une nuit, opérer un double crime et faire un tel montage sans bénéficier des soutiens officiels ou officieux... dans l'appareil sécuritaire.
Dernière remarque. Le fait de ne pas être sur le lieu de la commission du crime au moment de la commission de celui-ci est un alibi plausible mais pas suffisant à l'heure du cellulaire. Seule une analyse des relevés téléphoniques avant, pendant et juste après le crime peut dire si oui ou non il n' y a pas eu contacts entre les présumés commanditaires, la victime et les présumés exécutants de la tâche macabre.
A défaut pour les journalistes et autres "écrivains des nouvelles" de conduire des investigations citoyennes rigoureuses et indépendantes sur ce crime de trop, il vaut mieux se taire, par respect pour la mémoire de Floribert Chebeya, celui de sa famille et de tous ceux qui lui sont proches.
Meilleures salutations
Assassinat de Floribert Chebeya : le crime d’Etat est à écarter
Par Olivier Diosso
Tout de go, il convient de faire remarquer que, sous la pression de l’opinion tant nationale qu’internationale ou non, le gouvernement congolais semble jouer à la transparence. Les faits attestent cela. Le Conseil supérieur de la défense a suspendu de ses fonctions l’Inspecteur général de la Police nationale congolaise (PNC), le général John Numbi, qui n’est pas aux arrêts, comme l’avancent certaines langues. Simplement parce qu’il est le responsable fonctionnel de toutes les unités de la police et parce que les premiers éléments de l’enquête font état d’une implication d’éléments de la PNC. L’enquête déterminera les circonstances et les manifestations de cette implication, car les premiers indices disponibles font état d’un coup de fil adressé le mardi 1er juin à Chebeya, l’invitant à se rendre à l’Inspection générale de la PNC vers 17 H00’. A signaler aussi que, des milieux proches du cabinet du ministre de l’Intérieur font remarquer que le patron des services spéciaux de la police, le colonel Mukalay n’a pas désigné l’Inspecteur général John Numbi comme le donneur d’ordre.
Le premier élément discordant de cette affaire se situe dans le fait que le général Numbi ne s’est pas rendu dans ses bureaux à cette date, et qu’il était en réunion, à la ferme présidentielle ou avec de hauts responsables de la sécurité nationale. L’enquête nous confirmera cet alibi. Mais, à en croire les mêmes milieux, cette réunion aurait eu pour objet les aspects sécuritaires des festivités du Cinquantenaire de l’Indépendance de la RDC.
Dans ce cas, il deviendrait troublant, d’entrée de jeu, que le chef de la PNC soit désigné comme le principal suspect en faisant convoquer l’activiste des droits de l’homme, retrouvé mort le lendemain, soit le mercredi 2 juin. «Ce scénario, qui impliquerait la commission d’un crime d’Etat, ne retiendrait l’attention d’aucun criminologue sérieux, puisque qu’il est une loi universelle selon laquelle les criminels cherchent avant tout à effacer les traces de leurs crimes, et à plus forte raison lorsqu’il s’agit de crimes d’Etat », a fait valoir un membre du cabinet du ministre de l’Intérieur sous le coup de l’anonymat».
En effet, poursuit-il, à la date du 1er juin, la famille de l’illustre disparu, ainsi que l’ONGDH La Voix des Sans Voix et le Réseau Bassin Congo Océan, regroupement des ONG de défense et de protection des droits de l’homme de la RDC, du Congo-Brazzaville et de l’Angola, tous étaient au courant du coup de fil adressé à Floribert Chebeya, l’invitant à se rendre au siège de la PNC. En début- de soiirée du mardi 1er juin, alors que Chebeya, attendu par son épouse ne revenait pas, et qu’un message adressé à cette dernière du téléphone portable de son mari la prévenait que le rendez-vous n’avait pas eu lieu et que l’activiste faisait un détour par l’UPN, l’Université Pédagogique nationale située sur la Route de Matadi, en direction de la province du Bas-Congo, la communauté mondiale des activistes des droits de l’homme était déjà avertie de la présence de Chebeya au siège de la PNC, ainsi que le montrent les messages postés sur le réseau Internet à partir du 1er juin et jusqu’au lendemain 2 juin par une multitude d’organisations de défense des droits de l’homme. Si l’activiste s’est rendu à la PNC suite à un simple appel téléphonique, cela signifie qu’il entretenait suffisamment de bonnes relations avec les responsables de ce corps pour ne pas craindre de s’y rendre sans une forte escorte d’activistes de son réseau, ou à tout le moins sans son avocat. Le déplacement au siège de la PNC en l’absence de convocation écrite est un indice qui plaide en faveur de relations suivies et constantes, fait d’ailleurs confirmé par l’Inspecteur provincial de la PNC, le général Oleko, qui a qualifié Chebeya de « partenaire» qui attirait régulièrement l’attention de la PNC sur divers cas d’atteintes ou de violations des droits de l’homme par de mauvais éléments de la PNC. L’activiste était dont le bienvenu au siège de la PNC et n’avait rien à craindre en s’y rendant.
Floribert Chebeya ne dérangeait personne dans son pays. Ses activités dataient de la Deuxième République et il était devenu la figure de proue des activistes des droits de l’homme en RDC. Son action en faveur des droits de l’homme s’est étendue sur trois régimes successifs et, par la force des choses, Chebeya avait défendu des personnalités politiques de tous les bords. Bien des acteurs politiques de la majorité d’aujourd’hui étaient hier des opprimés auxquels Chebeya a rendu service. Sa collaboration suivie avec les services de la PNC et de l’administration pénitentiaire ne fait ombre d’aucun doute.
Selon les déclarations du vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Adolphe Lumanu, Chebeya était un « «thermomètre» très utile à divers services de police et de l’appareil judiciaire. La thèse du crime d’Etat ne tient pas, car les autorités congolaises ont joué la carte de la transparence en acceptant, à la demande de la famille Chebeya et de La Voix des Sans Voix, l’arrivée d’une équipe de médecins légistes hollandais pour assister à l’autopsie et vérifier qu’elle se déroule conformément aux règles de l’art et qu’aucun indice probant ne sera escamoté par les opérateurs congolais.
Par ailleurs, la dépouille mortelle de Chebeya est gardée conjointement par des éléments de la Police judiciaire et de la Monusco. Un Etat coupable n’aurait pas agi de la sorte. Il aurait tergiversé, s’abritant derrière divers prétextes et sa mauvaise foi aurait vite été mise en évidence, comme c’est le cas pour l’Etat d’Israël dans la récente affaire des flottilles coulées alors qu’elles cherchaient à approvisionner la bande de Gaza. Un Etat criminel n’aurait pas donné autant d’indices de sa culpabilité. Chebeya ne savait pas conduire. Son chauffeur était membre de la VSV. Ils étaient partis avec au siège de la PNC. L’Inspecteur provincial Oleko, qui dirige la police de Kinshasa, a donné le détail des circonstances dans lesquelles le corps de Chebeya a été retrouvé. Le défunt était menotté mains derrière le dos, allongé sur la banquette arrière de sa voiture, pantalon rabaissé jusqu’aux genoux.
A côté de lui étaient déposés une boîte de stimulants aphrodisiaques, des bouts d’ongles féminins, une mèche de cheveux et des préservatifs. Cette mise en scène macabre est la marque d’un crime spécialisé qui ne peut avoir été commis que par des agents entraînés à la propagande et à l’intoxication car d’évidence, l’exposition sur la voie publique d’un véhicule contenant une telle mise en scène révèle une volonté de focaliser l’attention de l’opinion sur le seul Chebeya pendant que le corps du chauffeur Fidèle Bazana n’a pas encore été retrouvé. Pourquoi deux traitements différents pour ces deux personnes qui s’étaient rendues ensemble au siège de la PNC? Cette mise en scène a voulu alarmer, alerter l’opinion sur la commission d’un crime odieux. Cela ne cadre pas avec la commission d’un crime d’Etat.


Commentaires
1. Le samedi 12 juin 2010 à 17:30, par Georges Tamba
2. Le samedi 12 juin 2010 à 20:39, par CHICK MUYAMINA
3. Le dimanche 13 juin 2010 à 17:43, par zico malu
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