Grands Reporters: L'Afrique au coeur d'Albert Londres
Par Freddy Mulongo, mercredi 23 juin 2010 à 13:18 :: radio :: #946 :: rss
Freddy Mulongo et Laurent Bignolas encadrés par les personnalités Vichissoises, membres de soutien pour le rayonnement d'Albert Londres à la Rotonde. Photo Frédéric Fossaert
L'Association RÉAGIR avec Marie de Colombel (présidente), Michel Rathueville (Vice-président), Dominiqe (trésorière) ainsi que leurs membres s'étaient mobilisés comme un seule pour la réussite des premières rencontres Albert Londres qui ont eu lieu le week-end dernier à Vichy (Palais des Congrès et Pôle Lardy) et c'est l'Afrique qui a été à l'honneur. « Notre travail est de défendre l'image d'Albert Londres et de porter à la connaissance de tous l'œuvre qu'il a accomplie. C'est le maître incontesté du reportage et il est de chez nous. Nous nous en félicitons à juste titre et l'agglomération vichyssoise peut être fière de cet homme qui a marqué son époque aussi bien que la notre. Nous menons donc beaucoup d'actions et organisons des événements pour que le nom d'Albert Londres ne tombe jamais dans l'oubli » a déclaré Marie de Colombel.
Laurent Bignolas journaliste et animateur de France Télévision (7 d'or en 2000, pour l'émission "Faut pas rêver". Il est le présentateur du 19-20 à France 3) a été le modérateur de l'événement. Trois journalistes africains exerçant actuellement à Paris: Lucie Umukundwa (Rwandaise), Rémy Ngono (Camerounais) et Freddy Mulongo (Congolais-RDC). Grands reporters, film de Gilles de Maistre, documentaire fiction pour Arte tourné au Tchad, a ouvert, au Palais des Congrès de Vichy.
Laurent Bignolas (France 3), Freddy Mulongo (Réveil-FM), Gilles de Maistre (Grand reporter), Rémy Ngono (Maison des journalistes) et Lucie Umukundwa (Reporters Sans Frontières) lors du débat au Palais des Congrès. Photo Rémi DUGNE/LA MONTAGNE
Marie de Colombel (présidente) et M. Dominique (trésorière)
Echanges entre les journalistes, les membres et amis qui soutiennent l'Association d'Albert Londres à la Rotonde
Après la projection du film documentaire de Gilles de Maistre "Grands reporters", Laurent Bignolas a joué son rôle de modérateur en donnant la parole aux journalistes sur l'estrade de dire le ressenti par rapport au film mais surtout de parler de son expérience et travail sur terrain.
Pour Lucie Umukundwa « Le reporter c'est celui qui accepte de prendre des risques. Ce qui m'a poussé à faire ce métier, c'est ce que je voyais autour de moi. J'ai vécu le génocide, la première guerre au Congo- démocratique, c'est ce qui m'a poussé à m'engager. On est plus exposé à l'insécurité que les journalistes étrangers car les gouvernements pensent qu'ils ne sauront pas la vérité par manque de la maitrise de culture locale ! Je comprend la consoeur reporter dans le film qui voyant les enfants moribonds et affamés craque, sorte de la salle et se mette à pleurer. Elle est une femme avec toutes ses émotions ! »
Rémy Ngono, notre confrère camerounais adore les proverbes. Qu’il parle du football ou de la politique, sur RTL ou sur RFI, le journaliste émaille ses interventions de percutantes maximes empruntées, jure-t-il, à la sagesse africaine. « Mon père disait : "le coup de machette blesse, la langue tue". J'ai choisi cette deuxième arme. J'ai été tabassé, arrêté, emprisonné à Yaoundé au pavillon 8 surnommé "Kosovo", 210 prisonniers pour 5 lits, 3 toilettes dont deux bouchées. Il n'y a pas de droits de l'Homme au Cameroun. Puisque je suis Beti comme le président Paul Biya, les gens s'attendent qu'ethniquement que je soutienne son pouvoir ce qui n'est pas mon cas. Je suis devenu journaliste vagabond ; je faisais mes émissions par téléphone car je ne pouvais plus accéder à la radio. La plupart des journalistes africains exilés ont troqué leur micro et leur stylo pour être veilleur de nuit. Il faudrait créer ici, une radio, une télévision qui permettent aux journalistes réfugiés de s'exprimer, d'émettre vers leur pays à partir de la France. La seule liberté, c'est de toujours nous battre pour avoir la liberté ! ». Il ne faut jamais provoquer Rémi Ngono, sur les Lions Indomptables du Cameroun qui ont été domptés par les Danois, qui n'hésite pas à sortir l'artillerie lourde avec humour. Un exemple pris au hasard dans un réservoir qui semble inépuisable: "Quand la barbe brûle, il faut s’en débarrasser pour sauver la tête." Paul Le Guen est notre Domenech à nous ! Il ne faut jamais donner sa tête à un coiffeur chauve, Le Guen est un chauve qui a rendu un service au Cameroun car Paul Biya avec la défaite des lions ne pourra plus briguer la magistrature suprême en 2011. Nous avions à la place d'un gardien de nuit à la place d'un gardien de but !"
« En République démocratique du Congo, on n'a pas accès aux sources, le droit de prendre des photos. Un journaliste a trois options: se retrouver en prison, être exilé ou mourir pour ses écrits, ses dires. On ne peut pas départager le fait d'être grand reporter et journaliste d'investigation. Mais en RDC, pas facile d'être journalistes déjà 7 ont été assassinés en moins de trois ans sans qu'on ne retrouve les commanditaires».
En 1928, Albert Londres part en Afrique pour un périple de quatre mois. De Dakar à Brazzaville, il passe par le Sénégal, le Soudan, la Côte d'Ivoire, le Niger et le Congo. Partout il constate les mêmes faits, une seule vérité : l'exploitation des populations noires par les Blancs. N'en déplaise au ministre des colonies André Maginot et aux hauts représentants de la France au plan international, le journaliste s'oppose alors à l'image exotique défendue par le colon et justifiée par une certaine « mission civilisatrice » des colonies.
Ce livre qui n'a pas tardé à résonner aux quatre coins la France et bien au-delà s'appelle Terre d'Ébène ; commencé sur place avec les premières publications dans Le Petit Parisien des articles consacrés au Dahomey, à la Haute Volta, au Togo et au Gabon, Albert Londres l'achèvera à son retour en France.
C'est dans le calme d'un hôtel à Bourbon l'Archambault qu'il finira l'écriture de Terre d'Ébène , c'est aussi depuis la station thermale qu'il a suivi les débats et les polémiques que ce travail inattendu a engendrés. Il reste ainsi la figure emblématique du journalisme français et un exemple cité comme référence dans les écoles d'aujourd'hui. Cette maxime d’Albert Londres résume bien l'idéal de ce professionnel de l'information qui reste une référence pour de nombreux journalistes français.
On saisit au travers de cette courte biographie quelques traits de la personnalité d'Albert Londres : un homme curieux et rétif qui observe le monde et transmet ses impressions comme par devoir. Tous ses reportages interrogent les marges du monde, les zones d'ombre, les périphéries pourtant si centrales. Il dialogue avec les petits, les médiocres, les infâmes. Il investit le quotidien, peint des portraits et des tableaux.
Albert Londres lutte au travers de ses écrits contre les injustices, les absurdités et les incohérences du pouvoir. Il lutte contre le silence en questionnant et en informant.
Voilà quelqu'un qui a révolutionné la méthode de travail journalistique en innovant complètement le monde de l'investigation et de l'information. Il a pris un chemin différent, il a posé un regard neuf sur la société et les hommes qui la composent, un regard plus que jamais moderne. C'est dans cet esprit qu'il a décidé un jour de prendre sa valise en partant à l'aventure pour décrire le monde et ses malheurs, dénoncer ce que peu de journalistes osaient à peine évoquer.
Les années 1920 et 1930 sont marquées de son empreinte et les hostilités de la guerre ont souffert sous sa plume. Il a décrit le mal africain en le cherchant à sa source, décrié le déséquilibre du monde en portant à la connaissance de tous ce qu'il recueillait personnellement sur les terres hostiles des Années folles.
Plus qu'un journaliste, un visionnaire
Dire qu'Albert Londres est simplement journaliste serait lui ôter ses qualités d'homme à la fois généreux et visionnaire, courageux et moderne, mais précurseur surtout d'un journalisme nouveau. Son regard était neuf et original ; ses mots, précis et tout aussi précieux aux yeux des lecteurs qui voyageaient à travers ses reportages, étaient inhabituels : des mots instructifs des choses du monde et de son fonctionnement.
Car le reporter et infatigable voyageur qu'il était a su montrer à ses contemporains des réalités dont ils ne soupçonnaient même pas l'existence. Des réalités lointaines. De la Grèce jusqu'en Amérique du sud, en passant par les Balkans, le Vichyssois a bravé tous les dangers. Il a erré sur les fronts, côtoyé les tranchées, regardé, vu et écouté pour pouvoir transmettre les réalités de la guerre. Albert Londres est allé là où personne n'est jamais allée, il a donné la parole à ceux qui ne l'avaient pas et prêté sa plume à son époque en la décrivant ainsi sous toutes ses facettes. Les hommes sont naturellement au centre de ses textes : noirs, juifs, Africains, bagnards, forçats, prisonniers, jeunes, vieux et toutes les espèces qui composent le monde.


Commentaires
1. Le mercredi 23 juin 2010 à 20:28, par Fabienne
2. Le vendredi 25 juin 2010 à 12:00, par maryse
3. Le vendredi 25 juin 2010 à 21:59, par Jacques Lumbwele
4. Le vendredi 9 juillet 2010 à 12:35, par maryse
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