Dans un style vif et elliptique, engagé et non moins mordant, Albert Londres déconstruit le cliché de l'Afrique comme palette chantante en la confrontant à la réalité qu'il a lui-même vécue aux côtés des noirs.

Ce livre qui n'a pas tardé à résonner aux quatre coins la France et bien au-delà s'appelle Terre d'Ébène ; commencé sur place avec les premières publications dans Le Petit Parisien des articles consacrés au Dahomey, à la Haute Volta, au Togo et au Gabon, Albert Londres l'achèvera à son retour en France.

C'est dans le calme d'un hôtel à Bourbon l'Archambault qu'il finira l'écriture de Terre d'Ébène , c'est aussi depuis la station thermale qu'il a suivi les débats et les polémiques que ce travail inattendu a engendrés. Il reste ainsi la figure emblématique du journalisme français et un exemple cité comme référence dans les écoles d'aujourd'hui. Cette maxime d’Albert Londres résume bien l'idéal de ce professionnel de l'information qui reste une référence pour de nombreux journalistes français.

On saisit au travers de cette courte biographie quelques traits de la personnalité d'Albert Londres : un homme curieux et rétif qui observe le monde et transmet ses impressions comme par devoir. Tous ses reportages interrogent les marges du monde, les zones d'ombre, les périphéries pourtant si centrales. Il dialogue avec les petits, les médiocres, les infâmes. Il investit le quotidien, peint des portraits et des tableaux.

Albert Londres lutte au travers de ses écrits contre les injustices, les absurdités et les incohérences du pouvoir. Il lutte contre le silence en questionnant et en informant.

Voilà quelqu'un qui a révolutionné la méthode de travail journalistique en innovant complètement le monde de l'investigation et de l'information. Il a pris un chemin différent, il a posé un regard neuf sur la société et les hommes qui la composent, un regard plus que jamais moderne. C'est dans cet esprit qu'il a décidé un jour de prendre sa valise en partant à l'aventure pour décrire le monde et ses malheurs, dénoncer ce que peu de journalistes osaient à peine évoquer.

Les années 1920 et 1930 sont marquées de son empreinte et les hostilités de la guerre ont souffert sous sa plume. Il a décrit le mal africain en le cherchant à sa source, décrié le déséquilibre du monde en portant à la connaissance de tous ce qu'il recueillait personnellement sur les terres hostiles des Années folles.

Plus qu'un journaliste, un visionnaire

Dire qu'Albert Londres est simplement journaliste serait lui ôter ses qualités d'homme à la fois généreux et visionnaire, courageux et moderne, mais précurseur surtout d'un journalisme nouveau. Son regard était neuf et original ; ses mots, précis et tout aussi précieux aux yeux des lecteurs qui voyageaient à travers ses reportages, étaient inhabituels : des mots instructifs des choses du monde et de son fonctionnement.

Car le reporter et infatigable voyageur qu'il était a su montrer à ses contemporains des réalités dont ils ne soupçonnaient même pas l'existence. Des réalités lointaines. De la Grèce jusqu'en Amérique du sud, en passant par les Balkans, le Vichyssois a bravé tous les dangers. Il a erré sur les fronts, côtoyé les tranchées, regardé, vu et écouté pour pouvoir transmettre les réalités de la guerre. Albert Londres est allé là où personne n'est jamais allée, il a donné la parole à ceux qui ne l'avaient pas et prêté sa plume à son époque en la décrivant ainsi sous toutes ses facettes. Les hommes sont naturellement au centre de ses textes : noirs, juifs, Africains, bagnards, forçats, prisonniers, jeunes, vieux et toutes les espèces qui composent le monde.