Hécatombe dans le brasier de Sange
Par Freddy Mulongo, mardi 6 juillet 2010 à 10:42 :: radio :: #954 :: rss

Au moins 240 personnes ont été tuées (Reuters)
L'explosion d'un camion, contenant 49.000 litres d'essence, a entraîné vendredi dernier (soir) l'incendie d'un village situé dans l'est de la République démocratique du Congo. Au moins 230 personnes sont mortes dans l'accident. Plus de 190 autres ont été blessées.Les hôpitaux de Bukavu, Sange et Uvira où près de 200 blessés au total été acheminés après le drame, enregistrent en effet chaque jour de nouveaux décès, selon des sources médicales. Environ 220 victimes, dont une soixantaine d'enfants, avaient été enterrées dès samedi à Sange dans trois fosses communes.
Au moment des faits, une grande partie de la population regardait le match de football opposant le Ghana, la dernière équipe africaine encore en lice dans la Coupe du monde, et l'Uruguay. D'autres personnes "ont été tuées alors qu'elles tentaient de siphonner du pétrole". Les causes de l'accident, qui s'est déroulé sur une route reliant les villes de Bukavu et Uvira, restent encore méconnues. D'après des sources locales, le camion – qui transportait 49.000 litres d'essence – se serait arrêté lorsqu'un tronçon de la route a paru s'effondrer, renversant ainsi le véhicule.
Blessé, le chauffeur "a réussi à sortir de la cabine et a dit aux gens de s’éloigner parce qu’il y avait un risque d’explosion", a raconté un enseignant de Sange, Tondo Sahizira, 28 ans.
Les flammes ont gagné une salle de cinéma
Mais, selon des témoignages concordants, au lieu de fuir, les villageois se sont précipités sur le camion renversé afin d’en soutirer de l’essence. "Il y a alors eu une bousculade et […] une explosion de fioul qui s’est propagée" aux alentours, a raconté Vincent Kabanga, porte-parole du gouvernement provincial.
"Les gens étaient en train de recueillir le carburant qui coulait" de la citerne lorsque la déflagration s’est produite, a confirmé un officier de la police congolaise. Bon nombre de victimes se trouvaient, semble-t-il, parmi les villageois ainsi occupés à siphonner le contenu de la citerne.
"Des gens ont brûlé sur-le-champ, a témoigné l’enseignant Tondo Sahizira. D’autres qui voulaient fuir ont été rattrapés par le feu et réduits en cendres." Selon certains récits, le bilan se serait considérablement alourdi lorsque les flammes ont gagné une salle de cinéma où des habitants venaient de suivre le match de Coupe du monde Brésil- Pays-Bas et attendaient le coup d’envoi de la rencontre Ghana- Uruguay.
"Personne n’est sorti vivant de cette salle", a indiqué Marcellin Cishambo, gouverneur de la province du sud Kivu. Au moins une dizaine d’habitations, pour la plupart construites en pisé, ont également brûlé. Parmi les victimes, on compte une soixantaine d’enfants, selon la Croix-Rouge congolaise au sud Kivu, présente à Sange. L’incendie a par ailleurs fait de nombreux blessés.
"Un spectacle terrible"
"C'est un spectacle terrible. Il y a de nombreux corps dans les rues. La population est en état de choc, personne ne crie ni ne pleure", a déclaré, par téléphone à l'agence de presse Reuters, le vice-gouverneur de la province, Jean-Claude Kibala. Après avoir fait état de cinq morts au sein des soldats chargés du maintien de la paix dans la région, l'ONU a corrigé le bilan et indiqué qu'aucun casque bleu n'avait péri dans l'accident.
"Nous essayons de voir comment nous pouvons coopérer avec l'ONU pour gérer la situation et transporter les blessés à l'hôpital", avait déclaré Jean-Claude Kibala. Des hélicoptères de la Mission des Nations unies en RDC (Monuc) avaient d'ores et déjà commencé à acheminer des blessés sur les hôpitaux de la région. De son côté, l'armée congolaise – a perdu 13 hommes dans la catastrophe – et a envoyé des renforts sur place.
cette dernière tragédie à la congolaise interpelle les décideurs politiques, car elle a pour toile de fond la misère généralisée, la paupérisation voulue et imposée qui affectent l’écrasante majorité des Congolais, surtout dans l’arrière-pays. A cause de leur incapacité à réunir chaque jour le minimum vital, des millions de compatriotes sont prêts à tout, même à mettre leur existence en péril pour une bouchée de pain. Siphonner de l'essence dans un camion prêt à exploser, est-ce de l'inconscience ? ou plutôt le désir de la survie qui neutralise le réflexe pavlovien du danger. Encore des morts de trop, après des festivités du cinquantenaire sans liesse populaire.


Commentaires
1. Le mardi 6 juillet 2010 à 11:32, par Thomas
2. Le mardi 6 juillet 2010 à 11:45, par saintro
3. Le mardi 6 juillet 2010 à 14:53, par Pasteur Evangéliste Jean Paul BWANA
4. Le mardi 6 juillet 2010 à 21:05, par octave
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