Cinquantenaire: Des diamants de l'empereur Bokassa aux diamants de Joseph Kabila à la reine des Belges !
Par Freddy Mulongo, vendredi 9 juillet 2010 à 17:44 :: radio :: #956 :: rss
Fête du cinquantenaire du Congo à Kinshasa, le mercredi 30 juin 2010, Joseph Kabila saluant le couple royal belge, Albert II et Paola, lors de leur voyage au Congo. © Reuters
Pour la fête du cinquantenaire de la République Démocratique du Congo: Joseph Kabila a offert à le reine des Belges Paola une parure de diamants : un collier, des boucles d'oreille, un bracelet. Pas facile de parler de la RDC, les prédateurs et les mafiosos pullulent et qui défendent et protègent le pouvoir de Kinshasa. La Belgique, ancien pays colonisateur est en grande partie complice des exactions, viols, arrestations arbitraires, emprisonnements sans preuves, tueries , massacres qui se vit au Congo. Son silence assourdissant marque sa complicité. Face à un pouvoir des prédateurs- ventripotents dont l'enrichissement personnel au détriment de la majorité des Congolais miséreux, il faut parfois faire très attention: le pouvoir de Kinshasa, tue !
Joseph Kabila saluant le couple royal belge, Albert II et Paola, lors de leur voyage au Congo, le 30 juin 2010 Photo© Reuters
C'est une histoire embarrassante qui vient conclure un voyage sensible : celui du couple royal au Congo, un pays qui fut d'abord propriété personnelle de feu le roi belge Léopold II avant que celui-ci ne l'offre à son pays. Les fantômes du roi Léopold , Un holocauste oublié (King Leopold's Ghost) (1998) est un livre de l'américain Adam Hochschild qui décrit l'exploitation de l'État indépendant du Congo par Léopold II de Belgique et les crimes qui y furent commis. Albert II et Paola ont passé plusieurs jours, début juillet, à Kinshasa, pour célébrer les 50 ans d'indépendance du Congo. Un voyage où tout a été négocié, préparé et calculé au millimètre : pas question pour l'ancienne puissance coloniale de risquer le moindre faux pas...
Tout avait donc été prévu, sauf une chose : à la fin du séjour, le président Kabila a offert à Paola une parure de diamants : un collier, des boucles d'oreille, un bracelet. C'est beaucoup pour un Congo dont le PIB national est inférieur à celui d'une grande ville belge. Mais le Congo produit des diamants. Ce serait, en quelque sorte, un bel exemple d'artisanat local. De luxe... Toutefois, rien à ce jour ne permet d'affirmer que les pierres sont originaires du Congo, et ne sont pas "des diamants du sang", produits en dehors des "Accords de Kimberley", qui moralisent l'extraction et le commerce de ces pierres précieuses.
De source gouvernementale belge, on explique que d'habitude tous les cadeaux sont négociés par les deux parties, que, si on avait su, "le Palais aurait immédiatement fait savoir que cela n'était pas approprié". Mais on ne peut jamais exclure les cadeaux "spontanés ou personnels".
Un compromis
Et là, pris de court, on a préféré prendre les diamants, plutôt que de froisser Kabila en refusant. À titre de comparaison, la reine a offert un sac d'un grand maroquinier belge à Mme Kabila, et financé la construction d'une nouvelle aile de la maternité roi Baudouin dans un quartier populaire de Kinshasa... Au palais, on indique maintenant que les bijoux seront confiés à la Donation royale, une institution qui appartient à l'État belge et qui gère par exemple des châteaux, mis à disposition de la famille du souverain. La parure appartiendra donc à la Belgique. Mais rien n'interdit à la reine de les porter. En théorie car, selon Christian Laporte, spécialiste de la maison royale au quotidien La Libre Belgique, "Paola est très consciente du côté sensible de cette affaire. Elle attendra sans doute longtemps avant de porter la parure. C'est donc un bon compromis à la Belge..." L'histoire aurait pu s'arrêter là. Mais alors que le cadeau fait la une de tous les médias belges, l'ambassade du Congo a démenti vendredi son existence : "Le président Kabila a offert au couple royal belge, comme à tous les invités de marque, une montre à l'effigie du logo du cinquantenaire. Toute autre information à propos d'un éventuel autre cadeau est nulle et non avenue." Étrange...
Le pouvoir en Belgique n'est pas comme en France: le roi des belges n'a qu'un pouvoir symbolique et limité. L'affaire des diamants de kabila va-t-il ébranler le trône en Belgique, rien n'est sûr. Mais l'affaire fait déjà grand bruit. Souvenons- nous que Valéry Giscard D'Estaing (VGE) avait échoué aux élections présidentielles de 1981 en France face à François Mitterrand à cause en partie suite à l'affaire des diamants de Bokassa. L'affaire des diamants est une affaire politique révélée par Le Canard enchaîné le 10 octobre 1979 qui impliquait le président Valéry Giscard d'Estaing lorsqu'il était alors ministre des finances sous Georges Pompidou et le chef d'État de la République centrafricaine, Jean-Bedel Bokassa, dans les années 1970.
Valéry Giscard d'Estaing connaissait Jean Bedel Bokassa depuis 1970. Il l'avait rencontré lors des obsèques du Général de Gaulle. Jusqu'à son élection à la présidence de la république française, Giscard d'Estaing s'était rendu trois fois en République centrafricaine, en décembre 1970, mars 1971 et avril 1973. Il s'agissait de voyages privés organisés dans une concession du nord du pays à l'invitation d'Henry de la Tour d'Auvergne, un cousin de son épouse et un grand amateur de chasse africaine. À chaque fois, Giscard d'Estaing (qui était membre du gouvernement français) avait rencontré le président Bokassa à Bangui, avant de reprendre l'avion pour Paris.
En avril 1973, à la fin de son séjour, Valéry Giscard d'Estaing, ministre des Finances de Georges Pompidou effectuait une visite de convenance au chef d'État centrafricain. Après avoir visité le palais présidentiel en compagnie de son hôte, celui-ci lui remit des fruits d'ébène et une plaquette de diamants africains (deux étoiles de petites pierres fines), échantillon de la production de l'école de taille de pierre qu'il avait créée à Bangui. Ce cadeau était généralement réservé à ses hôtes de marque. Henry Kissinger notamment avait reçu une plaquette similaire, qui selon Valéry Giscard d'Estaing avait été estimée à l'époque d'une valeur entre 4 000 et 7 000 francs. Selon le témoignage de F.L. Copperman, ancien consul honoraire britannique à Bangui en 1973 et administrateur national du diamant (CND), la valeur des diamants que Bokassa dispensait à ses invités de marque n'excédait jamais 10 000 US $. À son retour à Paris, le ministre des Finances rangea la plaquette de diamants « dans un tiroir » au ministère sans plus y prêter attention.
Peu après son élection à la présidence de la république française, Valéry Giscard d'Estaing rencontra de nouveau Bokassa et des membres de son gouvernement dans le château de ce dernier en Sologne. Après les entretiens entre les deux chefs d'État et le déjeuner, le président centrafricain remit au président français plusieurs cadeaux en guise d'amitié notamment un panneau décoratif en ivoire et des plaquettes de diamants. Les deux hommes se rencontrèrent encore à Bangui en mars 1975, lors d'un voyage officiel, où des cadeaux furent échangés, le président centrafricain offrant encore trois carrés de compositions en brillants au côté de défenses d'éléphants.
Bokassa était cependant peu apprécié par la plupart de ses pairs et lui-même reprochait à la France la diminution de son aide financière. Les relations entre les deux pays ne s'étaient pas arrangées après son couronnement comme empereur avec un faste napoléonien et le refus de Valéry Giscard d'Estaing d'y assister personnellement


Commentaires
1. Le dimanche 11 juillet 2010 à 06:06, par Van/USA
2. Le lundi 12 juillet 2010 à 09:38, par Thomas
3. Le jeudi 15 juillet 2010 à 00:54, par jean claude kashama
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