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dimanche 26 septembre 2010

Berlin: l'Allemagne est le seul pays européen qui a une académie diplomatique !

Jeudi 3 juin 2010, nous sommes à Berlin. Un soleil radieux dans un ciel serein illumine le tout Berlin, la ville aux mille facettes, ville passionnante et sans cesse en mouvement comme pour nous souhaiter la bienvenue. La journée commence par un circuit en ville qui va déboucher sur le Mémorial du Mur de Berlin. Nous sommes au Checkpoint Charlie. L'endroit est mythique. Il est chargé d'histoire. On y voit avec stupéfaction les stigmates encore vivaces de la guerre froide. A cet endroit précis, Américains et Russes s'observèrent en chiens de faïence en se postant d'un côté comme de l'autre du Mur, Berlin-Est étant sous contrôle soviétique et Berlin-Ouest sous contrôle des Alliés occidentaux. Comme nous, un incessant va et vient de touristes affluant de partout est perceptible autour du Mémorial. Le temps qui nous est imparti pour la visite s'écoule un peu trop vite tellement il y a des choses à découvrir à cet endroit, symbole par excellence de la division du monde en deux blocs.

Au cœur de la diplomatie allemande

Nous avons l'habitude, lorsqu'un diplomate vous invite. Et qu'il est en tenue décontractée, sachez que aurez droit à la langue de soie, c'est-à-dire la vérité toute crue! De même s'il était en costume cravate et qu'il tombe soit sa veste ou enlève sa cravate, la vérité est dans le parage. Par contre s'il a gardé sa tenue de ville, sachez qu'il vous parle en diplomate, c'est la langue de bois! Mais en Allemagne, nous n'avons eu droit qu'à la langue de soie surtout en ce qui concerne la République démocratique du Congo.

Berlin, le jeudi 3 juin 2010, l'Ambassadeur Matthias Mülmenstädt, "Monsieur Afrique" du Ministère des Affaires étrangères allemand s'entretient avec les journalistes africains de Paris au cours du déjeuner au 7ème étage, au restaurant "Internationaler Club" du Ministère des Affaires étrangères Allemand. Notre déjeuner tombe mal en point, Floribert Chebeya a été assassiné la veille à Kinshasa. Le ministre des Affaires étrangères allemand, Guido Westerwelle qui a rencontré le matin du 3 juin 2010, Alexis Tambwe Mwamba, venu à Berlin pour inaugurer l'ambassade de la République démocratique du Congo, lui a signifié la préoccupation allemande sur l'assassinat de Floribert Chebeya.Ne nous contenta pas de bonnes paroles, nous avions sonné le tocsin jusqu'à la chancellerie allemande sur le cas de Floribert Chebeya.

A 14h30, nous avions rendez-vous avec M. Matthias Fisher, Chef de la division formation des diplomates étrangers, à la direction générale centrale, dans une autre aile du Ministère des Affaires étrangères. Le diplomate a envoyé sa secrétaire nous chercher et nous traversons plusieurs couloirs, un vrai labyrinthe.

M. Matthias Fisher, diplomate allemand, responsable de l'académie diplomatique allemande au Ministère des Affaires étrangères à Berlin.

Oussouf Diagola (Farafinamag-AFI, Mali), Olivier Enogo (Vox Africa, Cameroun), Mohamed Ahmed Kebir (ITchad, Tchad), Matthias Fischer, diplomate, responsable de l'académie diplomatique, Freddy Mulongo (Réveil-FM, RDC) et James Ngumbu (secrétaire général de l'APPA, RDC). A notre arrivée Matthias. Fischer nous apprend, qu'il a servi dans quatre pays dont les initiales comment toutes par la lettre «P». Il a servi notamment en Pologne, au Portugal, encore au Portugal et enfin au Pakistan avant d'être rappelé en Allemagne pour se voir assigner la mission de former les jeunes diplomates étrangers.

Deux programmes sont proposés aux jeunes diplomates: un programme en français et un programme en anglais. «Nos programmes sont destinés aux États singuliers. Construire ou reconstruire leurs services diplomatiques nouveaux», dixit le diplomate et de poursuivre que «Nous accueillons chaque année une trentaine de jeunes diplomates». Nous sommes présents dans 140 pays dans le monde. L'académie se trouve à Tegel. Comment former les jeunes diplomates? Ils sont hébergés dans un immeuble situé non loin du Ministère. Ils apprennent le système fédéral allemand reparti en trois thèmes: Le système fédéral; La démocratie; Le système économique international» explique-t-il dans un excellent français à l'accent «germanique», ajoutant que «les jeunes diplomates sont formés pendant deux mois. Le stage de formation s'adresse également à de jeunes diplomates originaires des pays d'Afrique au Sud du Sahara. Au de-là des frontières politiques, il se propose de renforcer la prise de conscience des marges de manœuvre économique et politiques dans un cadre régional et multilatéral.»

Quels sont les enjeux?

«Il y a trois buts en matière d'enseignement ou de formation en diplomatie dans l'académie: Présenter l'Allemagne et à travers le pays, toute l'Europe; Présenter les thèmes internationaux importants; Présenter les États nouveaux comme le Kosovo, la République Tchèque, la République Slovaque, l'Afghanistan et l'Irak», précise-t-il.

Il n' ya pas que l'Afrique où les ministres casent leurs nièces , neveux ou membres de famille, le moyen orient et l'Asie ne sont pas du reste. L'Allemagne fait un effort pour privilégier la méritocratie, pas toujours facile. Les critères pour l'octroi des bourses sont clairs en Allemagne, mais les pays qui envoient leurs diplomates en formations respectent-ils les mêmes critères ?

Avant notre sortie Matthias Fischer à chacun dédicace la dernière parution de son livre intitulé «Internationale Diplomatenausbildung» («Formation des Diplomates étrangers») et nous raccompagne tout seul à la sortie.

Et le samedi 5 juin 2010, rebelote. Dès 8h30 nous avions rendez-vous avec M. Günter Nooke, le Représentant personnel de la Chancelière fédérale allemande, Angela Merkel, pour l'Afrique. L'entretien a lieu dans l'enceinte du somptueux hôtel MARITIM où nous étions logés. Günter Nooke avait été délégué du gouvernement fédéral à la politique des droits de l’homme et à l’aide humanitaire de 2006 à 2010. Depuis avril 2010, il est le délégué personnel de la chancelière pour l’Afrique au G8. L'Allemagne donne 20 milliards chaque année à l'Afrique «L'Allemagne n'a pas la tradition d'un débat public en ce qui concerne la politique étrangère, contrairement à ce qui se passe en France ou en Grande Bretagne», affirme le représentant personnel de la Chancelière. «A partir du 15ème anniversaire de la chute du Mur, les choses ont commencé à changer. L'Allemagne contribue à hauteur de 20% au niveau du fonds européen pour le Développement. Ainsi, l'Allemagne donne 20 milliards de chaque année à l'Afrique. Cependant, nous sommes entrain de faire un changement structurel de notre politique vis-à-vis de l'Afrique. C'est l'Afrique subsaharienne qui sera désormais bénéficiaire du programme de notre aide" a-t- déclaré.

Du 13 septembre au 8 octobre 2010, 13 diplomates africains suivent à Berlin une formation inédite au sein du ministère fédéral des Affaires étrangères. La spécificité de ce programme ? Il se déroule pour la première fois en langue française et s’adresse en priorité aux pays francophones d’Afrique subsaharienne.

Les jeunes diplomates africains en formation en Allemagne du 13 septembre au 8 octobre 2010.

La première promotion du programme brille par son cosmopolitisme : les participants viennent du Burkina Faso, du Sénégal, du Cameroun, de la République démocratique du Congo, de Djibouti, du Tchad, de la Guinée équatoriale… En tant que futurs représentants de leur pays, ils seront amenés à négocier sur des questions décisives dans un cadre régional, voire global.

L’Académie du service diplomatique et consulaire les prépare à leurs futures missions sur le plan théorique comme pratique.

Techniques de négociation

Des conférences reviennent sur le potentiel économique de l’Afrique et sur son rôle en tant qu’acteur mondial. D’autres modules éclairent les grands enjeux qui se posent au continent noir en ce début de XXIe siècle, notamment la gestion durable des ressources naturelles. Par ailleurs, l’accent est mis sur la contribution de la diplomatie africaine francophone au règlement des problèmes internationaux.

Plus concrètement, les participants ont l’occasion de mobiliser les compétences requises dans l’exercice de leur métier. Des ateliers proposent un entraînement intensif à la pratique des relations internationales, ainsi qu’une initiation à diverses techniques de présentation et de négociation. Les jeunes diplomates gagnent donc en assurance dans leurs relations avec les médias ou les investisseurs potentiels.

Communauté d’intérêts et de valeurs

La formation insiste sur l’importance du dialogue et de la coopération, mais aussi sur la nécessité de valeurs communes telles que les droits de l’homme. Pendant leur séjour, les participants approfondissent leurs connaissances politiques et économiques sur l’Allemagne et l’Union européenne. Au-delà des cours théoriques, des voyages d’étude leur permettent de découvrir de l’intérieur les institutions et de rencontrer des entrepreneurs allemands qui entretiennent des relations avec le continent africain.

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Berlin: Dr.Uschi Eid de la Fondation Allemande pour l'Afrique (Deutsche Afrika Stiftung) !

2010 est une année particulière dans l'histoire de l'Afrique. C'est l'année des cinquantenaires de 17 pays africains devenus indépendants en 1960 proclamée « Année de l'Afrique ». La République Fédérale d'Allemagne a voulu les choses en grand. L'ambassade d'Allemagne à Paris, à travers son service de communication le CIDAl, aura permis aux journalistes professionnels africains qui exercent à Paris de visiter l'Allemagne. Deux équipes ont été formées pour Berlin en juin et pour Bonn en août. Du 2 au 6 juin 2010, munis de stylos, micros et caméras: James Ngumbu (secrétaire général de l'APPA, RDC), Oussouf Diagola (Farafinamag-AFI, Mali), Mohamed Ahmed Kebir (ITchad, Tchad), Olivier Enogo (Vox Africa, Cameroun) et Freddy Mulongo (Réveil-FM, RDC). Nous avions assisté au premier volet des « Journées de l’Afrique » organisées par le ministère fédéral des Affaires étrangères pour célébrer le cinquantenaire des indépendances africaines. Parmi des personnalités allemandes rencontrées: Madame Ursula , "Uschi" Eid, une personnalité politique allemande engagée.

Depuis 1980, elle est membre des Verts. De 1998 à 2005, elle a été secrétaire parlementaire au ministère fédérale de la Coopération économique et du développement. De 1994 à 2009, elle a été membre du Bundestag allemand. En Octobre 2001, Dr.Uschi Eid était la représentante personnelle du Chancelier fédéral Gerhard Schröder au G8-Afrique.

C'était le Vendredi 4 juin 2010 à 10h00 précise que nous avions rencontré Dr. Uschi Eid, Vice-présidente de la Fondation allemande pour l'Afrique; ancienne Secrétaire d'État du Ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement. Elle nous avait reçu à l'hôtel Dietrich-Bonhoeffer-Haus. Le lieu n'est pas choisi au hasard. Pour moi qui suis d'abord théologien protestant de formation, Dietrich Bonhoeffer est une aubaine.

Issu de la haute bourgeoisie allemande, Dietrich Bonhoeffer accomplit de brillantes études de théologie à l'université de Berlin et achève son doctorat à l'âge de 24 ans.

Il voyage ensuite à l'étranger et a l'opportunité d'étudier un an à New York. De retour à Berlin, il donne des cours de théologie et écrit plusieurs ouvrages. Dès l'arrivée de Hitler au pouvoir en 1933, Dietrich Bonhoeffer dénonce ses prétentions dictatoriales et s'oppose fermement au nazisme.

Avec les théologiens Martin Niemöller et Karl Barth-le plus grand grand théologien du XXe siècle, il fonde l'Eglise confessante.

De 1933 à 1935, il officie à Londres dans deux églises protestantes de langue allemande. Il rentre dans son pays pour donner un séminaire clandestin de théologie.

La Gestapo lui a en effet interdit de prêcher, enseigner et parler en public. Il travaille alors avec de nombreux opposants au pouvoir d'Hitler. Durant la seconde Guerre mondiale, il se bat contre l'antisémitisme et l'Eglise confessante représente un foyer d'opposition au nazisme.

En 1939, il rejoint un groupe d'opposants dont le but est de renverser le régime en tuant Hitler.

Mais en 1943, Bonhoeffer est associé à de l'argent sorti de Suisse pour aider les juifs et est emprisonné.

Après l'échec de la tentative d'assassinat d'Hitler du 20 juillet 1944, le lien entre Bonhoeffer et les conspirateurs est découvert.

Il est pendu le 9 avril, trois semaines après la libération de la ville. Eminent théologien, Dietrich Bonhoeffer s'inscrit surtout parmi les héros de la résistance au nazisme.

L'hôtel Dietrich Bonhoeffer à Berlin est un endroit mythique car c'est en sein que le processus de la réunification des deux Allemagne a commencé.

La Fondation Deutsche Afrika Stiftung a son siège au deuxième étage. Dr.Uschi Eid, Vice-présidente de la Fondation allemande pour l'Afrique avait choisi de nous accueillir dans la salle où les opposants et les membres du gouvernement se réunissaient pour débattre et trouver des solutions aux problèmes caractéristiques d'alors, à savoir les droits de l'homme et les changements climatiques.

«Je suis de la Rhénanie. J'ai joué un rôle efficace dans la réunification des deux Allemagne. Je suis membre du Parti Les Verts. J'ai été membre du Parlement pendant 20 ans. J'ai été Secrétaire d'État à la Coopération économique et du Développement.» C'est par ces mots que le Dr Uschi Eid a ouvert le débat. L'ex-Secrétaire d'État à la Coopération économique et du Développement de la République fédérale d'Allemagne poursuit: «En 2001, le G8 a décidé de soutenir le NEPAD. Le Chancelier Schröder m'a désignée comme envoyée personnelle pour l'Afrique dans le cadre du G8, avec Michel Camdessus. De leur côté, les pays membres du NEPAD ont désigné des représentants spéciaux et j'ai travaillé avec eux jusqu'en 2005». Cela fait 15 ans que Mme Uschi Eid est Vice-présidente de la Fondation allemande. La majorité des personnalités politiques africaines qui passent par Berlin, la rencontre. Elle est l'ouïe et le regard du gouvernement allemand même si elle n'occupe plus les fonctions officielles. Sa fondation s'occupe de deux principales activités: soutenir le NEPAD et travailler avec la société allemande pour avoir plus de connaissance sur l'Afrique afin de mieux œuvrer pour son développement.

Depuis 1993, la Fondation allemande pour l’Afrique décerne chaque année, au mois de septembre, le Prix allemand pour l’Afrique à d'éminentes personnalités africaines s'impliquant dans le processus de la paix, les droits de l’homme, la démocratie et le développement sur le continent africain.

En 2009, le Prix allemand pour l'Afrique a été décerné à Christiana Thorpe, présidente de la Commission nationale électorale (NEC) de la Sierra Leone. Selon Dr. Uschi Eid, la remise du prix s'effectue toujours en présence de hautes personnalités du gouvernement fédéral allemand. «La philosophie et le but de ce prix, est d'encourager les Africains à œuvrer davantage dans le sens de la bonne gouvernance, du développement économique, du processus démocratique et surtout donner une bonne image de l'Afrique», souligne-t-elle. «Les membres de la Fondation sont des personnalités issues du Parlement, des journalistes et des personnalités de la société civile» détaille-t-elle avant de poursuivre que «l'Afrique est un continent avec lequel on travaille comme partenaire». Elle insiste sur l'idée selon laquelle «les gouvernants Africains doivent pratiquer la bonne gouvernance afin que les populations puissent vivre mieux.» «Nous organisons des événements publics. On invite des hommes politiques ici en Allemagne pour un débat public. Le public y est également convié. Nous travaillons aussi avec les Chambres de commerce. La Fondation allemande pour l'Afrique fait un travail d'information en organisant des débats publics en Allemagne. Si un membre d'un gouvernement africain vient ici, on discute ensemble. Cependant, certains se défilent, ils ont peur d'un débat démocratique. D'autres confirment qu'ils vont venir mais à la fin, il n'y a personne». Le reportage diffusé sur Vox Africa à propos de notre séjour.

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