Benda Bilili honoré par Michelino Mavatiku Visi au Trianon !
Par Freddy Mulongo, samedi 2 octobre 2010 à 18:40 :: radio :: #1078 :: rss
Romainville, dimanche 19 septembre 2010, la projection de Benda Bilili au cinéma le Tranon. Photo Réveil-FM
Michelino Mavatiku Visu au cinéma le Trianon. Photo Réveil-FM
José Nzolani de Fréquence Paris Plurielle (FPP-106.3FM), Michelino Mavatiku et Dekeke Tunkemba, président du Mouvement de Résistance de la diaspora Congolaise en France (MRDCF). Photo Réveil-FM
Après la projection de Benda Bilili, lors du débat avec la salle, c'est Michelino Mavatiku Visi, grand guitariste et auteur compositeur qui prend la parole. Lui qui est le trait d'union entre Rochereau Tabu Ley et Franco Luambo Makiadi, explique la musique rumba à l'auguste assemblée. Il faut dire que Michelino Mavatiku Visi a plusieurs cordes à sa guitare. En 1970, lorsque Tabu Ley et l'Afrisa International se produisent à L'Olympia Bruno Coquatrix, c'est la chanson "Moussa" de Michelino Mavatiku qui est plébiscitée. Dans son intervention, il rappelle comment à l'âge de 12 ans, il fabriquait tout seul sa guitare à Matadi, à la manière de "Roger" qui joue le santongé (qui signifie estropié) dans Benda Bilili. Bony Bikaye, un expert de la musique congolaise, l'homme s'est battu à ses risques et périls pour l'introduction de la musique congolaise dans en France et Belgique, apporte son grain de sel dans les dires de Vieux Michelino. Dans cette complémentarité, notre confrère José Nzolani de Fréquence Paris Plurielle (FPP) n'est pas du reste, ses connaissances de notre musique sont mis à profit.
Michelino Mavatiku Visi et Bony Bikaye expliquant la musique congolaise au Trianon. Photo Réveil-FM
Mme Annie Thomas, directrice du Trianon, Renaud Barret et Florent de La Tullaye réalisateurs du film "Benda Bilili". Photo Réveil-FM
Nos compatriotes de Benda Bilili malgré le fait qu'ils soient tous des handicapés sont devenus par la force les ambassadeurs de la République démocratique du Congo, n'en déplaisent aux empêcheurs de penser en rond.
Feu Sammy Davis Jr ne manquait pas de souligner qu'il lui avait fallu une certaine assiduité pour réussir une carrière artistique aux Etats-Unis, au triple titre de Noir, de juif et de borgne. Les membres de l'orchestre congolais Staff Benda Bilili n'en ont sûrement pas démontré moins, en tant que paralytiques, indigents et musiciens des quartiers dévastés de Kinshasa, en République démocratique du Congo, véritable cour des miracles peuplée d'enfants en déshérence, de miséreux, de marginaux.
Ce formidable documentaire, filmé au ras du bitume et au coeur de la glèbe, raconte leur histoire, une success story aussi authentique que miraculeuse, qui vous soulève l'âme, vous fait danser le coeur, et vous fera même verser une petite larme, d'émotion et de joie mêlées.
On doit cette joie à Renaud Barret et Florent de La Tullaye, deux anciens publicitaires reconvertis dans le documentaire, qui méritent un éloge à double titre : comme auteurs du film, mais aussi comme déclencheurs du succès rencontré par cette formation hors norme.
Présents à Kinshasa en 2004 pour les besoins d'un précédent documentaire sur les musiques urbaines, ils y font connaissance du groupe, et, enthousiasmés par leurs compositions - un mélange très singulier de musiques traditionnelles, de funk et de blues mis au service de récits triviaux, décrivant les problèmes de leur vie quotidienne - décident de produire leur premier album. Dans la foulée, ils entreprennent aussi de les filmer, depuis les répétitions à Kinshasa dans un studio de fortune jusqu'au succès inespéré rencontré par l'album et leur tournée européenne. La première vertu du film qui en résulte est la réelle modestie des réalisateurs qui, loin de se mettre en avant comme ils auraient pu en avoir la tentation, s'effacent totalement devant leur sujet, qu'il s'agisse de ses personnages principaux ou de ce que le film parvient, sans ostentation ni complaisance, à montrer de la cruelle réalité sociale qui les environne.
L'autre mérite de ce documentaire, à travers les extraordinaires personnages qu'il met en valeur, est d'offrir un exemple de vitalité, une leçon de persévérance et d'espoir, comme le cinéma ne nous en donne pas si souvent. Dans leur chaise roulante transformée en vélo, dans leurs habitats de fortune, dans la lutte harassante qu'ils livrent pour leur seule survie, ces hommes animés par une passion de la musique qui est aussi bien une passion de la résistance à l'infortune nous donnent une sacrée leçon de vie.

Michelino Mavatiku Visi trait d'union entre Franco Lwambo Makiadi et Rochereau Tabu Ley dans Lisanga Ya Ba Nganga en 1984 à Bruxelles
Paris, juillet 2008, lors du premier Bal Anticolonial à la place Aligre (Séance de répétition)


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