Paris-Sorbonne: Wolfgang Schäuble et Jacques Delors parlent de l'Europe !
Par Freddy Mulongo, lundi 8 novembre 2010 à 12:17 :: radio :: #1129 :: rss

Paris-Sorbonne, mardi 2 novembre 2010, Monsieur Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances. Photo © CIDAL/K. Backes

Paris-Sorbonne, mardi 2 novembre 2010, Monsieur Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne de 1985 à 1994. Photo © CIDAL/K. Backes
Le mardi 2 novembre 2010, au soir, dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne, Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances qui a la réputation d'être le ministre le plus européen et le plus francophile d'Angela Merkel, a dans la langue de Molière, pendant près de trois quarts d'heure, a expliqué devant quelque 550 personnalités et étudiants pourquoi, vingt ans après la réunification allemande, le projet d'intégration européenne. Un autre grand Européen, l'ancien président de la Commission européenne Jacques Delors, a plaidé à ses côtés pour l'approfondissement de la construction européenne.
La venue du ministre allemand à Paris, organisée par le CIDAL (Centre d'information et de documentation de l'ambassade d'Allemagne à Paris), marquait, en effet, un anniversaire : celui des vingt ans de la réunification allemande. Wolfgang Schäuble en fut l'un des principaux artisans, a rappelé l'ambassadeur d'Allemagne, Reinhard Schäfers. Il est, en outre, un Européen de conviction, qui joue un rôle actif en Europe depuis plus de vingt ans.
L'Union économique conduit à l'union politique
Devant les étudiants parisiens, les autorités françaises, la presse nationale et internationale, le ministre allemand s'est référé à la vocation historique de la construction européenne pour en justifier l'approfondissement hier, aujourd'hui et demain. L'Europe est née de la volonté de rendre la guerre matériellement impossible sur le continent. Et elle demeure "avant tout le fruit d'un désir de paix", a-t-il souligné.
La création de l'euro, par exemple, n'a "jamais été une 'contrepartie' à la réunification allemande", a-t-il affirmé. Ce fut "une étape délibérée et logique vers un approfondissement de l'intégration européenne".
De la chute du mur de Berlin, "triomphe des idéaux européens", à l'euro, incarnation d'une "politique de paix par d'autres moyens", l'aspiration à la paix a ainsi maintes fois fait progresser l'intégration européenne.

Salutation cordiale et amicale entre Jacques Delors et Wolfgang Schäuble dans la salle des autorités à la Sorbonne. Photo © CIDAL/K. Backes

L'ovation de Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances par l'assistance dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne. Photo © CIDAL/K. Backes
"Les peuples sans mémoire n'ont pas d'avenir", a renchéri Jacques Delors. L'ancien président de la Commission a loué la nostalgie de 1989 : on doit à la sagesse des responsables politiques de l'époque d'avoir empêché que le choc de la chute du mur de Berlin ne débouche sur "une espérance" plutôt que sur de violents bouleversements. De même, il faut retrouver et conserver l'esprit des pères fondateurs de la construction européenne, car il est porteur de valeurs fondamentales.
Réformer l'Europe
Selon M. Schäuble, ce processus d'intégration doit se poursuivre. "Je considère que les défis actuels sont un chance supplémentaire d'approfondir le processus d'intégration. En effet, jusqu'à présent, l'intégration européenne est toujours sortie renforcée des crises", a-t-il dit au regard des difficultés économiques et financières. Car il faut garder à l'esprit que les avancées de la coopération économique ont, pour partie, une fonction politique. "Si nous ne sauvons pas l'euro pendant la crise, nous perdons l'Europe et l'idée européenne. Autrement dit : notre souci de l'euro est notre souci de l'Europe !", a-t-il explicité.
À court terme, la crise de l'euro a ainsi pointé la nécessité de réformer l'Union économique et monétaire. Elle a révélé des faiblesses structurelles graves dans certains États membres de la zone euro et l'incapacité de la surveillance macroéconomique à les enrayer, a exposé M. Schäuble. C'est pourquoi, il convient de réformer le Pacte de stabilité et de compléter la réglementation européenne. C'est ce que vient de décider le Conseil européen, sur la base d'un accord franco-allemand, a souligné le ministre avant d'entrer dans le détail de la réforme. Outre le renforcement du Pacte de stabilité, les 27 États européens souhaitent créer un mécanisme permanent de résolution des crises financières. "Si nous souhaitons un euro durablement fort et stable, nous devons être disposés à prendre de nouvelles mesures allant dans le sens de l'intégration de la zone euro", a plaidé M. Schäuble.

M. Schäuble est accueilli dans la Salle des Autorités de la Sorbonne par l'ambassadeur d'Allemagne en France, Reinhard Schäfers, le professeur Jean-Claude Colliard, président de l'université Paris I, Jean-Marc Lehu, directeur de la communication de l'université Paris I, le professeur David Capitant et Jacques Delors, ancien ministre et ancien président de la Commission européenne © CIDAL/K. Backes

Lors du discours de M. Schäuble. À ses côtés, l' ambassadeur Reinhard Schäfers, le professeur David Capitant, modérateur du débat, et Jacques Delors © CIDAL/K. Backes
Approfondir l'intégration
À plus large échelle, toutefois, ces réformes ne seront pas suffisantes. "Les réformes économiques doivent aller plus loin", a plaidé Wolfgang Schäuble. Car le problème ne réside pas seulement dans "le manque de solidité des politiques budgétaires". Il tient aussi et surtout dans la divergence des niveaux de compétitivité entre les économies de la zone euro, a diagnostiqué le ministre. "Il s'agit, dès lors, de renforcer la compétitivité des États membres et de l'Union européenne dans son ensemble", a-t-il indiqué.
M. Delors a approuvé cette analyse : selon lui, depuis sa conception, l'Union économique et monétaire a "marché sur une seule jambe" en valorisant trop les aspects monétaires au détriment des aspects économiques. L'ancien président de la Commission a toutefois espéré que les réformes en cours permettent de rétablir un meilleur équilibre.
M. Schäuble, pour sa part, s'est prononcé concrètement en faveur "d'une coordination modérée dans le domaine fiscal afin d'éviter les distorsions de concurrence". Il est aussi revenu sur les excédents de la balance des paiements allemande, objet de vives controverses ces derniers mois. On pose mal la question, a-t-il estimé. La question devrait être la suivante : "l'Union européenne et ses entreprises sont-elles, dans l'ensemble, suffisamment compétitives, non seulement sur le marché mondial, mais aussi pour augmenter leurs parts de marché ?"
Force du modèle européen
Au total, "la fin de la guerre froide n'a pas supprimé la raison d'être de l'intégration européenne. Bien au contraire", a conclu M. Schäuble. Face aux bouleversements de la mondialisation, "l'Occident, et donc également l'Europe, doivent rester soudés".
En outre, le modèle européen de société est porteur de valeurs qui le rendent attractif ailleurs dans le monde : la paix durable, la liberté et la prospérité. "Depuis son unification pacifique, l'Union européenne, confiante en elle-même, peut influer sur l'évolution du monde et sur les dimensions sociale, économique et écologique de la mondialisation -et elle seule peut le faire !", a souligné le ministre. "Ainsi, les conditions qui permettraient à l'Europe de peser plus lourd au niveau mondial sont bien davantage réunies que beaucoup ne l'imaginent".
Mais l'Europe ne peut réaliser cette ambition qu'à certaines conditions, a tempéré M. Schäuble. "L'Europe doit comprendre qu'elle ne pourra jouer un rôle dans les conflits mondiaux de demain, qui sont en fait des luttes de répartition entre les grands espaces politiques, qu'à la double condition de s'exprimer d'une seule voix et d'aborder ses problèmes structurels de manière crédible et visible".


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