JEAN CASTAREDE : UN MAITRE DE L’AME ET DE L’ART DE LA BEAUTE
Par Marie Cornet, lundi 29 novembre 2010 à 18:47 :: liens :: #1153 :: rss
Monsieur Jean Castarède.
Marie Cornet : France-Empire une grande maison que vous présidez, un rêve ou une suite logique ? Comment y êtes-vous parvenu ?
Jean Castarède : Écoutez, cela n’a été ni un rêve ou une suite logique mais une opportunité. France-Empire a été créée il y a cinquante ans par un Monsieur très connu à l’époque pour son rôle important dans le patronat français et qui s’appelait Yvon Chotard.
Lui-même ayant repris un fonds existant qui couvrait la littérature concernant l’empire français ou nos anciennes colonies d’un point de vue historique. Les choses ont évidemment évolué et France-Empire est une grande maison d’édition très connue avec des spécialités comme l’histoire mais aussi la géographie et des témoignages de grandes personnalités notamment les résistants. C’est une maison prestigieuse qu’Yvon Chotard avait vendu à Monsieur Jean-Louis Giral, lui aussi figure éminente du patronat puisqu’il en était le vice-président et aussi le président de la Fédération Nationale des Travaux Publics.
Ce dernier m’a cédé le fonds de commerce afin que je puisse continuer à faire vivre cette Maison. J’ai donc repris France-Empire depuis un an avec ses titres et ses auteurs et je dirige les nouveaux projets d’édition.
Marie Cornet : Il faut avoir été écrivain pour diriger une société d’édition ? Pourquoi ?
Jean Castarède : Non, absolument pas. Le lien a été naturel pour moi car j’avais publié chez France-Empire une dizaine d’ouvrages. C’est par ce biais que les propriétaires me connaissaient. Donc pour répondre à votre question on peut être un très bon éditeur sans avoir été écrivain. Il est évident qu’en ce qui me concerne ayant publié plus de trente livres dans une dizaine de maisons d’édition, je connais le métier d’écrivain et je peux quelques fois me mettre à la place des écrivains que je reçois pour leurs projets de manuscrits. Je peux les orienter en fonction de ce que j’ai moi-même vécu. Je le fais d’ailleurs avec précaution, car un écrivain est un artiste, il est aussi un créateur et son œuvre est respectable.

Jean Castarède, "L'assassinat d'Henri IV, un tournant pour l'Europe ?" France-Empire
Marie Cornet : Quels sont vos principaux ouvrages, où peut-on se les procurer ?
Jean Castarède : Le fonds de France-Empire dépasse le millier d’ouvrages. On peut se procurer ces livres en écrivant à mon distributeur qui est Editis Interforum, la deuxième société de distribution en terme d’ importance…la première faisant partie du groupe hachette.
Editis Interforum était autrefois la maison d’édition de ce que l’on appelait : Les Presses de la Cité. Editis Interforum diffuse 100 éditeurs et je suis l’un des cent éditeurs. L’autre moyen passe par le réseau classique des libraires et Internet bien entendu. Un libraire diffuse pendant trois mois un ouvrage après sa publication.
Marie Cornet : Écrire, produire aussi ?
Jean Castarède : Mes activités sont nombreuses, j’anime plusieurs clubs et associations, une université du luxe aussi. Je n’ai pas vraiment le temps de m’ennuyer dans la journée…Pour résumer, je suis écrivain le week-end et lors des vacances. D’ailleurs tous mes livres ne sont pas publiés chez France-Empire. Par exemple mon dernier ouvrage « Pour vivre vieux, restons jeunes » a été publié par les Éditions Médicis et je vais signer la semaine prochaine quatre livres aux Éditions Eyrolles.
Pour ce qui concerne les sujets historiques, je suis publié chez France-Empire, notamment pour des manuscrits que j’avais déjà déposés dans cette maison. J’ai donc par conséquent deux métiers. L’un qui consiste à recevoir des auteurs et à décider des manuscrits et l’autre qui est celui de l’écrivain. Mon dernier ouvrage et je vous l’offre est «Les lettres d’amour d’Henri IV»,… j’ai fait une présentation et sélection personnelle de la collection complète des lettres d’amour d’Henri IV.
Marie Cornet : L'art pour vous...un luxe, une philosophie, une multitude de passions ? Lesquelles ?
Jean Castarède : Il faut déjà prendre en considération que mes activités ont été différentes car déjà j’ai travaillé dans deux secteurs le public et le privé. Dans le secteur public, j’ai dirigé plusieurs Ministères dont le Ministère de la Culture puis le cinéma, comme contrôleur d’Etat. Et j’ai été aussi donc un entrepreneur dans le privé, j’ai notamment été directeur général de L’ESSEC et d’un syndicat professionnel. Il est vrai qu’aujourd’hui je suis un sénior et j’ai tenu à rester le plus actif possible comme je l’ai toujours été.
Je considère d’ailleurs qu’il est essentiel de rester très ouvert à tout ce qui se passe dans le monde. Le métier d’éditeur est passionnant et assez idéal, il permet de rencontrer des personnalités et des idées émergentes et de façon permanente.
En d’autre termes, ma passion est de rester au contact de l’évolution du monde et de la société, d’ apporter ma petite pierre à l’édifice en terme de conseils ou de pédagogie à travers l’école du marketing du luxe et de faire avancer par mes publications certaines recherches.
Ma passion est plus de rester en contact avec tout ce qui se passe dans le monde très simplement avec beaucoup d’ouverture que l’excellence à proprement parler. Je préfère d’ailleurs le mot ouverture à esthétisme. Je crois que je me retrouve assez bien dans ces mots de Montaigne « Rien de ce qui est humain ne m’est indifférent ». L’humain dans le cadre humaniste me passionne, le matérialisme et le financier de base ne me plaisent pas, le dégradant m’intéresse encore moins.

Gammes Castarède.
Marie Cornet : Vous êtes néanmoins sur trois vecteurs : genèse, réalisation et transmission. Quel est celui qui vous parle le plus ?
Jean Castarède : Votre distinction est intéressante. Ce qui m’intéresse le plus effectivement et par dessus tout est la réalisation.
Ce qui signifie que je souhaite voir les choses aboutir. D’ailleurs je pense que si l’on est à la genèse des choses, l’aboutissement peut être facilité…La genèse est essentielle quant au choix qui doit être fait sur le développement. Le secteur choisi doit être réfléchi avec un sens du fond et ancré dans une réalité. J’attache à cet effet une grande importance à la méthode.
Je me rappelle d’ailleurs que lorsque j’étais étudiant à HEC j’ai fait une conférence à mes camarades plus jeunes pour leur expliquer avec conviction comment il fallait faire dans la vie.
Cela partait de certitudes. J’ai toujours eu une devise d’ailleurs latine et de Cicéron «Cupidus rerum novarum», ce qui signifie intéressé par les choses nouvelles.
Cupidus, signifiant non la cupidité mais l’ouverture. En cela je suis toujours attentif à l’émergence de courants nouveaux.
Marie Cornet : Vous êtes aussi un homme de communication ?
Jean Castarède : Oui mais la communication à mon sens, cela vient après. Et bien après. On fait une bonne communication à condition d’avoir un bon dossier ou un bon sujet. On ne fait pas de communication pour le plaisir de faire de la communication. Je ne ferai jamais de communication sans conviction profonde. On revient à la transmission essentielle et pour le partage avec d’autres individus. J’aime beaucoup la formule américaine «Get things done». D’ailleurs pour aider dans toutes les étapes d’un projet, il faut être soucieux de deux choses : vérifier que les instructions transmises soient arrivées et… bien comprises.
Marie Cornet : Le cinéma, donc aussi, sous quelle forme êtes-vous intervenu dans ce domaine ?
Jean Castarède : Mon dernier poste dans la fonction publique a été celui de contrôleur d’Etat du cinéma français. Comme vous le savez le cinéma français reçoit beaucoup de subventions. Et il faut souligner que sans ces aides, le cinéma français ne serait pas resté ce qu’il est.
Et ce système de subventions est assez sophistiqué, Il y a en effet une quarantaine de commissions au sein du Centre national de cinématographie (CNC) qui de façons différentes aident les professionnels du cinéma. Cet argent est public donc le gaspillage est exclu. Mon rôle a été de vérifier les comptes et d’éviter toute malversation. J’ai exercé ce métier pendant sept ans.
Marie Cornet : Le programme Médias dans tout cela ?
Jean Castarède : C’est un programme de l’Union Européenne. Donc je n’avais aucun contrôle dessus mais j’assistais à des réunions régulières avec les instances de Bruxelles pour vérifier que nous étions compétents et cohérents. En cela je participais aux activités européennes sans contrôle sur le contenu du programme mais sur la manière dont il était négocié.
Le programme Médias étant financé par les Etats membres, la somme accordée par la France à ce programme était décidée en amont lors de réunions auxquelles j’étais associé sur la négociation donc et par définition sur les utilisations et pour information. Ma fonction était opérationnelle quant au montage financier avec les Etats conjoints.
Au CNC, par contre je possédais un pouvoir de véto sur les aides octroyées.
Marie Cornet : A votre avis la communication sur les subventions octroyées par les régions et pour des financements liés à des œuvres audiovisuelles est-elle suffisamment claire ?
Jean Castarède : Pas assez. Cela vient d’un fait simple. Autrefois les régions n’avaient pas ce droit de subventions. Ce droit étant nouveau, il est possible que les gens ne soient pas encore parfaitement informés. Néanmoins, cela se met en place. Chaque région d’ailleurs a son rythme. Il faut mettre des moyens logistiques en place et les présidents de régions s’organisent pour cela.
Si vous allez au Festival de Cannes, vous trouvez un stand des régions et elles sont pratiquement toutes représentées…et ouvertes aux professionnels et à la presse.
Les régions ont un intérêt simple dans ces subventions : des emplois, une mise en valeur de la région, des implantations donc des investissements.
La France regorge d’endroits merveilleux et qui méritent d’être mis en valeur par tous les moyens pour les professionnels français et aussi internationaux. Paris est notre meilleure carte de visite et phare pour accueillir les films étrangers. Je pense que les producteurs qui sont aussi des hommes d’argent sont à ce jour informés concernant ces subventions et ils savent aussi s’entourer de sponsors qui apparaissent sous formes de marques de différente façon.
Marie Cornet : Une différence entre une marque et une Maison ?
Jean Castarède : Une Maison doit avoir une histoire, un patrimoine et une tradition donc je dirais une authenticité. Une marque peut devenir une Maison et acquérir ce statut à condition que la qualité de ses produits soit légitimée. L’esprit, la qualité et le talent me semblent plus nécessaires sur ce point que le quantitatif. C’est mon point de vue.
Marie Cornet : Revenons aux régions...la vôtre, le Sud-Ouest ?
Jean Castarède : Le Sud-Ouest est mon terroir, c’est pour cela que je m’intéresse tant à Henri IV. Quant à l’Armagnac c’est une AOC. Donc un produit à appellation d’origine contrôlée. C’est un produit qui ne peut qu’être fait dans cette petite région de Gascogne. A cet effet, il est distribué à Paris.
C’est grâce au Baron Haussmann que nous avons été la première Maison d’Armagnac inscrite au registre du commerce donc autorisée à faire du commerce d’Armagnac.
Marie Cornet : Le luxe et l'excellence, des mots qui vous parlent donc ?
Jean Castarède : Le luxe est effectivement l’un de mes sujets favoris, pour deux raisons. La première car il y a 21 ans aujourd’hui j’ai créé avec Alain-Dominique Perrin qui était président de Cartier à l’époque l’école du marketing du luxe. J’ai proposé à Alain-Dominique de créer à l’extérieur des grandes écoles une école qui s’intéressait aux métiers à proprement parler.
Il s’est montré intéressé et a créé au sein de Cartier une formation qui est devenue la première formation du luxe dans le monde.
D’ailleurs la décoration des téléphones portables, le spa et la thalassothérapie ont été développés par des étudiants de cette école Sup de Luxe.
La deuxième raison est que suite à cette école, j’ai créé des œuvres écrites sur le luxe. D’abord un "Que sais-je » sur le luxe".
L’avantage est qu’il doit être réactualisé tous les ans et l’évolution sur les ans est notoire…Et puis deux ouvrages mondialement connus sur «L’histoire du luxe en France» et «L’histoire du luxe dans le monde» aux Éditions Eyrolles.
Marie Cornet : Quels sont vos prochains projets au sein de France-Empire ?
Jean Castarède : En janvier, Gustave Le Bon de Michel Korpa et Alexandra Feodorovna, La dernière tsarine de Paul Mourousy. En février Flash Back de François Moreuil et Que reste-t-il de nos divorces ? de Valérie Pineau Valencienne et Corinne Bellie. En mars Brigitte Lahaie répond aux cent questions que vous vous posez sur l’amour.
Mon ouvrage sur Louis XIII et Richelieu sort en mars.
Marie Cornet : Quelques qualités essentielles pour réussir à parvenir au niveau d'excellence ?
Jean Castarède : C’est assez simple, du travail, de l’énergie et encore du travail.
Marie Cornet : En deux mots, en terme de conseils avez- vous les règles de bases et les limites à ne pas franchir ?
Jean Castarède : Le conseil c’est l’honnêteté vis-à-vis de soi, ses projets et collaborateurs et cela n’exclut pas la stratégie mais avec une éthique.
Marie Cornet : L'élégance ou le luxe pour vous en six mots c'est possible ? ...
Jean Castarède : Écoutez, là un mot suffit pour moi et qui vous parle : la qualité de l’âme…morale et esthétique et je dirais pour finir que l’ostentation ne fait absolument pas partie de cette sphère !


Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire