Chuck Fager: La roue de la paix opposée à la roue de la guerre !
Par Freddy Mulongo, jeudi 9 décembre 2010 à 18:31 :: radio :: #1165 :: rss

Chuck Fager.
Chuck Fager parle beaucoup, donne de nombreux détails et cite constamment la Bible, sans même forcément s’en rendre compte. Elle fait partie de sa façon de penser, de son vocabulaire. Il se l’est appropriée tout au long de son parcours atypique, qui l’a vu grandir dans une famille blanche américaine, catholique et militaire, pour devenir un quaker non-violent engagé, ayant servi dans les rangs des partisans de Martin Luther King.
Aujourd’hui, il parle des soldats américains qui désertent l’Irak, de la torture pratiquée par l’armée américaine, de ses souvenirs de Luther King, des forces et des faiblesses des mouvements non-violents.
Il revient de loin. Né en 1942, dans l’Etat du Kansas, dans une famille de onze enfants, le jeune Chuck se destine à une carrière militaire, à laquelle il renonce vite car, à l’armée, « il s’ennuyait ».
Il fait alors des études de lettres et, à vingt-deux ans, décide de rejoindre le mouvement des droits civiques de Martin Luther King.
C’est le choc, pour ce jeune Blanc qui découvre le Sud profond et ce que sont vraiment les descendants des esclaves. Embauché comme rédacteur par la Southern Christian Leadership Conference, le mouvement dirigé par le pasteur noir, il sombre dans le mutisme : « Comme Paul sur la route de Damas, j’ai été frappé à terre. Je ne pouvais pas écrire un seul mot. Je me sentais si indigne, arrogant et présomptueux. Ce fut une grande leçon d’humilité. »
Il rejoint alors les marches des Noirs, sur le terrain, et devient l’un des gardes du corps de Martin Luther King. Bien sûr, il n’était pas armé, non-violence oblige. « Nous nous demandions souvent ce qui se passerait si nous étions tués à sa place, se souvient-il. On se disait, en plaisantant, que Martin Luther King ferait un très beau prêche à notre enterrement ! » Il passe une nuit en prison, dans la même cellule que le pasteur charismatique.
« A Selma, j’ai appris la non-violence et j’ai vu son efficacité : l’année d’après était promulguée la loi sur les droits civiques. » Le jeune Chuck commence également à réfléchir « à la guerre au Vietnam et à la guerre en général », Martin Luther King ayant pris position contre. En 1973, le service militaire est aboli et, deux ans plus tard, la guerre au Vietnam prend fin. « Nous pensions qu’en nous débarrassant du service militaire, nous en aurions fini avec les guerres absurdes ! Eh bien, non… »
Objecteur de conscience
A la fin de ses marches à Selma, Chuck décide de devenir objecteur de conscience, un statut qui lui est accordé à sa grande surprise, malgré le passé militaire de sa famille. C’est à ce moment-là qu’il rencontre des quakers et découvre ce mouvement non-violent, qui deviendra bientôt sa nouvelle famille spirituelle. Il travaille alors comme « chauffeur de camionnettes » sur le campus de l’université quaker de New York. Puis il multiplie les petits boulots, écrit de nombreux livres et devient le rédacteur en chef d’un journal d’investigation quaker. Comme il y révèle des scandales internes, il ne se fait pas que des amis…
Mais c’est tout récemment, à presque soixante ans, que sa vie et son engagement non-violent prennent un tournant décisif. Dès le 11 septembre 2001, une conviction le taraude : « Je savais que nous ferions bientôt la guerre, et je savais que je serai contre. » Au même moment, la « Maison quaker » de Fort Bragg, en Caroline du Nord, cherche un directeur. Fort Bragg est l’une des bases militaires américaines les plus actives, avec 40 000 soldats de l’armée de l’air et des forces spéciales.
Les quakers y ont installé une « Maison » pendant la guerre au Vietnam pour venir en aide aux déserteurs. Quarante ans plus tard, la mission n’a pas changé. Pourtant, tout en Caroline du Nord semble répugnant à Chuck Fager : « La chaleur, l’humidité, les tornades et le sénateur républicain Jesse Helms. Là bas, vous travaillez soit pour l’armée, soit pour quelqu’un qui travaille pour l’armée, soit pour quelqu’un qui vend quelque chose à l’armée. » Mais une amie insiste : « La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers (Luc 10,2). » Ce fut pour Chuck comme « la voix de Dieu qui me disait : “Ceci est ta mission” ».
Une hotline pour soldats
La « Maison » gère une « hotline » pour soldats : les déserteurs, ceux qui se rendent compte qu’on leur a menti pour les enrôler, les familles. Chuck Fager suit également le déplacement d’avions secrets, soupçonnés de participer à des actes de torture en Europe et au Moyen-Orient (notamment en Afghanistan). Il s’inquiète de la tournure que prend la guerre en Irak. « Pour y faire ce que les Etats-Unis souhaitent, il faudrait quatre à cinq fois plus de soldats.
Or, nous n’avons plus de service militaire. C’est pourquoi je pense qu’il va être réinstauré. » Pour l’instant, la stratégie est de renvoyer les hommes en Irak juste après en être revenus. « Au Vietnam, les gars y allaient pendant un an, une seule fois », se souvient Chuck Fager.
Les conséquences sont désastreuses. « Il existe un “syndrome du stress post-traumatique” dont les symptômes sont très reconnaissables : paranoïa, violence domestique, addictions diverses, dépression, suicide. » Sans mentionner les morts et blessés en Irak même : « 4 100 morts, seize fois plus de blessés graves, plus les millions de morts irakiens ! Contre 2 500 morts le 11 septembre. » Résultat, la hotline des quakers à Fort Bragg reçoit 10 000 appels par an. « Nous conseillons aux déserteurs de retourner à l’armée : ils en seront renvoyés avec une petite pénalité, quelque temps en prison, mais pas très longtemps. » Quant aux personnes démarchées par l’armée pour s’enrôler : « Qu’elles soient attentives à leur conscience avant de faire la guerre : elles y feront des choses qui vont les hanter par la suite. »
Contre toute attente, Chuck Fager déclare : « Ne vous confiez pas aux grands (psaume 146,3). La roue de la violence tourne d’elle-même : notre complexe militaro-industriel a besoin de la guerre pour vivre et s’élargir. Ce n’est pas un problème politique. Nous avons affaire à des “dominations et autorités” (Ephésiens 6,10), à ces démons dont parle Jacques Ellul. Il s’agit de forces démoniaques avec un grand “D”. » La roue de la violence est un tourniquet qui a plusieurs bras: Washington DC, les industries d'armements, les multinationales, les religions, les Universités où l'on formatent les esprits des étudiants pour la guerre,...
Et pourtant Chuck Fager garde espoir : « La roue de la paix existe aussi. Nous avons nos propres forces : la persévérance et la persistance. Nous sommes comme la veuve de Luc 15, qui a utilisé les armes des faibles. » Et qui a obtenu gain de cause.
Chuck Fager a mis en exergue l'ouvrage: "L'Art de la guerre" (en chinois : 孙子兵法, pinyin : sūn zǐ bīng fǎ, littéralement : « Stratégie militaire de maître Sun ») est le premier traité de stratégie militaire écrit au monde (VIe siècle av. J.-C. – Ve siècle av. J.-C.). Son auteur, Sun Zi (孙子, sūn zǐ), y développe des thèses originales qui s'inspirent de la philosophie chinoise ancienne.
C'est l'essence de la guerre psychologique illustrée notamment par la guerre d'Indochine, la guerre du Viêt Nam et la guerre sino-vietnamienne.
Les chrétiens ne doivent pas demeurer naïfs, s'ils veulent la paix, ils doivent connaitre la guerre, ses enjeux et conséquences. Quelques citations:
"Jamais guerre prolongée ne profita a aucun pays"
"L'Art Supreme de la Guerre c'est de soumettre sans combattre"
« Toute guerre est fondée sur la tromperie. »
« Qui connaît son ennemi comme il se connaît, en cent combats ne sera point défait. Qui se connaît mais ne connaît pas l'ennemi sera victorieux une fois sur deux. Que dire de ceux qui ne se connaissent pas plus que leurs ennemis ? »
« Ne laissez pas vos ennemis s'unir. »
« Soumettre l'ennemi par la force n'est pas le summum de l'art de la guerre, le summum de cet art est de soumettre l'ennemi sans verser une seule goutte de sang. »
« En tuer un pour en terrifier un millier »
Le système militaire américain contrôle tout aujourd'hui. C'est sans doute la priorité du gouvernement d'ailleurs. " L'effet 11 septembre 2001 Encore plus depuis le 11 septembre 2001. Toutes les branches de la société ont quasiment un rapport avec le système militaire. " Des campagnes de communication de l'armée entre l'été 2005 et 2007 étaient notamment financées par des banques ! Le patriotisme en est arrivé jusqu'à un point ridicule.
Et pendant ce temps, avec une concentration des médias et un débat public qui se rétrécit, la population est tirée continuellement vers le bas. " Et cette omniprésence militaire s'accompagne d'une diminution des droits civiques.
"Aujourd'hui, nous sommes dans un état de guerre ! Vous pouvez être arrêté et emprisonné sans aucune charge, juste sur des suspicions, au nom de la lutte contre le terrorisme.
Les camps de torture, avec le plus célèbre, Guantanamo, sont présents partout.
Aux Etats-Unis, vous pouvez en trouver plusieurs, en Caroline du Nord, cachés sous des entreprises-bidons.
Mais il y en a aussi en Syrie, en Afghanistan, en Europe de l'Est..." L'Europe, concernée par la torture Il cite l'exemple, parmi tant d'autres, d'un citoyen allemand qui, partant en vacances en Europe de l'Est, s'est retrouvé arrêté et kidnappé, a été envoyé en Afghanistan, torturé, durant cinq mois avant que les Américains ne se rendent compte qu'ils s'étaient trompés de personne.
"Il a été finalement renvoyé par avion, toujours dans des conditions de détention horribles, et on l'a descendu d'un bus en pleine nuit quelque part en Albanie !" L'affaire qui n'a jamais été ébruitée en France a, en tout cas, trouvé écho Outre-Rhin, puisqu'un juge a ouvert une enquête et lancé un mandat d'arrêt international contre treize agents américains. Évidemment les Etats-Unis ont refusé de collaborer...
Mais pourquoi n'y-a-t-il pas plus d'échos médiatiques si ces faits sont avérés alors ? " On essaie pourtant de médiatiser cela, insiste Chuck Fager.
Mais tant qu'il n'y aura pas un cas réel en France, vous n'en entendrez pas ou peu parler. Et puis dans votre pays, il y a depuis longtemps beaucoup de gens qui vont en prison. Et les médias n'en parlent pas forcément.
Il y a des millions de choses à dire. Et pourtant ce système existe..." A l'heure actuelle, un juge italien a également lancé des poursuites contre des Américains, dans un cas similaire.
" En tout cas, nous continuerons à en parler et à militer, en espérant qu'il y ait de plus en plus de juges à ouvrir des enquêtes. Regardez Pinochet, il a fallu dix ans avant qu'il soit arrêté, grâce aux mandats d'arrêt internationaux. Quoi qu'il en soit, notre objectif aujourd'hui est donc de trouver de l'aide en Europe, grâce à des citoyens qui pourront faire bouger les choses. "
Chuck Fager révèle aussi que c'est grâce aux cotisations des Quakers américains que le pasteur Martin Luther King Jr a pu se rendre en Inde en en 1959. « C'était merveilleux d'être dans le pays de Gandhi », a écrit le pasteur Martin Luther King en 1959, quelques mois après être rentré d'un séjour d'un mois en Inde. « J'ai quitté l'Inde plus convaincu que jamais que la résistance non violente était l'arme la plus puissante dont disposent les peuples opprimés dans leur lutte pour la liberté. »
Dans son autobiographie, le pasteur King a écrit qu'en 1956, lors du boycott des bus de la ville de Montgomery (Alabama) visant à mettre fin à la ségrégation dans les transports en commun de cette ville, Gandhi avait été « l'inspiration de nos techniques de changement social non violent ».
Il a ensuite désiré constater par lui-même les effets de la campagne de non-violence orchestrée par Gandhi pour mettre fin au régime colonial britannique et améliorer les conditions de vies des intouchables (les membres de la classe sociale la plus basse de l'Inde).
Sur invitation du Premier ministre indien Jawaharlal Nehru, le pasteur King, son épouse Coretta et le biographe Lawrence Reddick sont arrivés à Bombay le 9 février 1959.
Au cours des quatre semaines suivantes, ils se sont rendus à New Delhi et dans plusieurs autres villes.
1942 : naissance dans l’Etat du Kansas.
1964-1965 : participe aux marches pour les droits civiques des Noirs.
1967 : diplômé de théologie à Harvard.
1981 : dirige un journal d’investigation quaker.
2001 : directeur de la « Maison quaker » de Fort Bragg.
2010: 5 décembre, il fait une conférence au Centre Quaker International à Paris.


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