Extrait du témoignage de Raymond Depardon

Mon premier souvenir concret, c’est le tremblement de terre du Pérou en mai 1970. J’étais photographe à l’agence Gamma, qui avait trois ans d’existence. Gilles Caron venait de disparaître au Cambodge (4 avril 1970). J’ai dû partir très vite sur cette histoire, sans rien en connaître. J’ai rencontré David. On a dû se parler en français. Il était tout jeune. A l’époque, j’avais 28 ans, j’étais déjà un "vieux routier", un "expérimenté". Chacun a sa manière de faire. David, comme Gilles, avait une certaine façon de se tenir. Et puis, ses appareils, sa légèreté, son petit sac, sa bonne humeur, sa gentillesse. C’était assez étonnant de voir un Américain qui parle le français et qui est aussi ouvert sur les photographes européens. (...)

À cette époque-là, nous étions peu de photographes à voyager à travers le monde. Lui travaillait pour un grand groupe de presse américain, moi pour une petite agence. C’était une période incroyable. Les événements majeurs se sont succédés au moment de la fondation de Gamma, ce qui a fait la clé de son succès. En 1967, la guerre des six-jours en Israël a permis à l’agence de décoller grâce à la couverture de Gilles Caron. Ensuite, il y a eu ce soixante-huit mondial. Une révolution étudiante qui s’allumait de pays en pays. Et puis de nombreux conflits. Au Viêt-nam, à Beyrouth, des enchaînements extrêmement violents. (...)

Ce que j’ai tout de suite aimé chez David c’est qu’il se donnait les moyens (nous avons travaillé ensemble sur la campagne présidentielle de Valéry Giscard d’Estaing en 1974) : il opérait avec un Hologon (un appareil Zeiss Ikon muni d’un objectif fixe grandangulaire sans déformation) et beaucoup d’autres objectifs. Peu importe la situation dans laquelle il se trouvait, à un mètre du candidat ou à vingt mètres, il prenait une photo qui constituait une bonne réponse technique. (...)

Dans un certain sens, en tant que photographe de presse, je suis un peu un Américain. Et lui, Burnett, c’est un Français. Il a sa méthode, il écoute, plaisante avec les autres. (...) C’est un photographe américain qui travaille à la manière européenne. Ces deux casquettes, c’est sa force.

Raymond Depardon

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