Un G20 sur fond de déssaccords
Par Freddy Mulongo, jeudi 17 février 2011 à 18:27 :: radio :: #1289 :: rss
Christine Lagarde, ministre de l'Economie française lors de la conférence de presse le lundi 14 février au CAPE. Photo Réveil-FM
Parmi ceux déjà abordés lors des précédents G20 et repris par la France figurent l'approfondissement de la régulation financière (normes comptables, réglementation applicable aux banques...), la définition d'un cadre pour une croissance "forte, durable et équilibrée" et les questions de développement. La France va aussi faire avancer son propre agenda, fixé par le président de la République française fin janvier : la réforme du système monétaire international et la lutte contre la volatilité des prix des matières premières. Sur tous ces sujets, la France entend pratiquer la politique des petits pas en impliquant plusieurs pays dans la conduite de chaque débat.

Christine Lagarde répondant aux questions des journalistes au CAPE
Divergences sur le rôle de la monnaie chinoise
Au vu des récents déséquilibres sur les marchés des changes, des voix plaident en faveur d'une entrée de la monnaie chinoise dans le panier de dévises servant de référence au FMI. Pour cela, il faut que Pékin mette fin à sa politique de taux de change fixe (le yuan est indexé sur le dollar et l'euro), qui aujourd'hui, pousse à une sous-évaluation du yuan. Les Américains, eux, craignent une remise en cause du dollar comme monnaie de référence mondiale.
Paradis fiscaux: la France isolée
En avril 2009, le G20 de Londres avait décidé de sanctionner les paradis fiscaux. Depuis, un certain nombre de pays jugés non coopératifs ont signé des accords d'échange d'informations avec la France ou l'Allemagne, notamment. "Mais il n'ya que la France que cela intéresse, déplore une source proche du dossier. Une majorité de pays du G20 souhaite attendre une évaluation de l'Organisation de coopération et de développement économique." Le Hic, c'est que l'OCDE n'aura pas terminé ses travaux avant le sommet de Cannes, en novembre 2011.Depuis la crise financière de 2008, les membres du G20 sont censés réfléchir aux moyens permettant d'éviter un nouveau déséquilibre économique mondial. Encore faut-il, pour cela, s'entendre sur les indicateurs devant être pris en compte pour mesurer la santé économique d'un pays (dette, déficit ou excédent commercial, balance des paiements...). Lors de la conférence de presse au CAPE, Christine Lagarde, la ministre de l'Economie, a précisé que la France voulait parvenir à un accord "accord sur ce thème. Nous proposerons un certain nombre d'indicateurs aux pays du G20, plus larges que la seule mesure de la balance courante ". Des pays comme la Chine, le Brésil ou l'Inde, réputés pour leurs explortations massives, leur politique protectionniste et leur forte pollution, accusent les pays "riches" de vouloir brider leur développement.

Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France et Christine Lagarde , ministre de l'Economie
Un accord sur les indicateurs en vue
Le premier d'entre eux devrait intervenir dès samedi, veut croire Christine Lagarde. La France a bon espoir de parvenir à "trouver un accord sur les indicateurs de performances économiques". L'idée consiste à s'entendre sur une batterie d'indicateurs permettant de mesurer l'ampleur des déséquilibres entre les pays qui accumulent des excédents et ceux qui enregistrent des déficits extérieurs. Ces indicateurs seront plus larges que les seuls déficits ou excédents courants d'un pays, paramètre trop sensible pour servir seul de baromètre des déséquilibres de l'économie mondiale.
Derrière ces considérations techniques se cachent des enjeux économiques forts. Aujourd'hui, l'économie mondiale est déséquilibrée, a rappelé Christine Lagarde : "La Chine exporte, l'Europe consomme, les États-Unis consomment et empruntent." Ces déséquilibres existent à l'intérieur même de l'Union européenne. Christine Lagarde avait d'ailleurs mis les pieds dans le plat en mars dernier en critiquant la stratégie économique de l'Allemagne trop axée sur les exportations et pas assez sur la consommation intérieure. "Je ne suis pas sûre que ce soit un modèle durable à long terme et valable pour les autres pays de la zone euro", avait-elle déclaré dans une interview au Financial Times.
Coordonner les politiques économiques
Depuis, ses critiques ont été mises en sourdine : l'Allemagne est devenue le modèle de référence des réformes économiques du gouvernement. La France veut d'ailleurs tout faire pour empêcher de donner la sensation de pointer du doigt les mauvais élèves de l'économie mondiale. Il ne s'agit pas d'empêcher certains pays "d'être compétitifs", a tenu à rassurer la ministre française. Mais elle espère bien arriver à terme à coordonner un minimum les politiques économiques pour réduire les écarts qui seraient trop importants. Pour cela, il faudra aboutir à "des limites chiffrées" qui ne seront définies qu'une fois l'accord validé sur les indicateurs pertinents.
Sur les autres sujets, comme la réforme du système monétaire international (SMI), Christine Lagarde s'est voulue plus prudente. Elle a rappelé ses objectifs tout en précisant que la France utiliserait toute la durée de sa présidence du G20, jusqu'à la fin de l'année 2011, pour parvenir à des résultats tangibles.

Les journalistes lors de la conférence de presse.


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