Congolais, à vos plumes !
Par Pierre Yambuya Lotika Kibesi, vendredi 18 février 2011 à 17:14 :: liens :: #1295 :: rss

Me Jean Paul Mopo Kobanda, M'zée Pierre Yambuya Kibesi Lotika et Jean Jacques Ngangueshe au CAPE. Photo Réveil-FM, archives
Je vous envoie cette lettre publiée dans la Nouvelle Afrique-Asie N° 69 de Juin 1995, pour republication, ceci pour assurer à nos compatriotes Africains en général et Congolais en particulier, que notre douleur pour le bien-être de l’Afrique ou du Congo n’est pas cette déroute politique actuelle qui étouffe le peuple africain de la réalité de leur combat pour la reconquête de leur souveraineté confisquée au lendemain des indépendances par des néocolonialistes (blancs et noirs).
La Nouvelle Afrique-Asie fut la plus crédible revue née des cendres de son aînée Afrique-Asie, qui a été combattue par tous les impérialistes qui se disent défenseurs de la liberté d’expression, de la presse et des droits de l’homme. Pourquoi luttaient-ils alors contre cette revue de la vérité et plus particulièrement ici à Paris au pays d’esplanade des droits de l’homme (Trocadéro) ?
Personnellement je n’ai jamais été un caméléon et je ne le serai jamais pour me retrouver dans la mangeoire financière égoïste contre le bonheur de l’humanité sans distinction raciale, bien que j’ai beaucoup d’amis parmi les plus grandes personnalités (de droite et de gauche) de ce monde, qui connaissent ma franchise avec étonnement plus que mes compatriotes, qui me traitent d’opportuniste pour chercher un poste de mangeoire au Congo.
Je ne servirai jamais le néocolonialisme même si je marcherai pied nu en plein hiver pour manque des moyens de survie en exil, car je suis fidèle au triomphe de la cause juste de l’humanité.
Voilà pourquoi, je veux que ma lettre ouverte à Michel Roussin en octobre 1994 soit republiée dans Réveil-FM avec cette note d’accompagnement.
N.B : c’est cette lettre qui a été à la base de la rubrique dans la Nouvelle Afrique-Asie : LECTEURS A VOS PLUMES.
Je suggère à Réveil-FM International d’ouvrir une rubrique historique de la lutte africaine en général et congolaise en particulier, pour que chacun reproduise librement ses preuves écrites contre ou pour les dictatures qui ont vendu notre continent avant la disparition progressive de chaque dictateur néocolonial, car il y a beaucoup des compatriotes qui ont vécue cette tragédie jusqu’à ce jour.
Lettre ouverte à Mr. Roussin
Je vous envoie cette lettre, destinée à Mr. Michel Roussin, ex-ministre français de la Coopération, pour publication dans votre revue, dont je suis un lecteur assidu. « Ancien officier pilote de l’armée de Mobutu, réfugié politique en Italie depuis 1984, je suis très heureux d’avoir l’occasion de vous écrire après avoir entendu votre déclaration dans la nuit de ce dimanche 30 octobre 1994 à l’émission Géopolis sur France 2 ».
Je sais bien que les grands hommes politiques occidentaux ne disent pas toujours la vérité sur l’Afrique et qu’ils n’éprouvent aucun intérêt pour le bien-être des Africains ; mais ce jour-là, permettez-moi de vous le dire, vous avez dépassé les bornes en affirmant devant tout le monde, contre toute vérité, que Mobutu était le sauveur de l’humanité au Rwanda.
Cet acte de bravoure de la démocratie réhabilite en fait sur la scène politique internationale Mobutu et sa bande, que tous les gouvernements français ont d’ailleurs défendus en Afrique.
Cela est la preuve que la France, loin d’être une école de la liberté pour les Africains, n’est, bien au contraire, qu’un centre supérieur de formation à la violence. La responsabilité de la France et de Mobutu dans le génocide du peuple rwandais est tellement grande qu’on n’a pas besoin de microscope pour découvrir la vérité. Un médecin du Monde présent au Rwanda affirme : « Le moment viendra où la France devra rendre compte à l’opinion internationale de ses graves responsabilités dans la tragédie que connaissent les sept millions de Rwandais (Nouvelle Afrique-Asie, n° 60, septembre 1994) ».
Vous dites que Mobutu a beaucoup évolué et qu’il partage donc pacifiquement la démocratie et la liberté avec son Premier ministre, Kengo. Mais, Monsieur Roussin, Kengo n’est pas le Premier ministre des Zaïrois, il n’a reçu aucun mandat de notre peuple. Kengo est un bandit de haut niveau, un tueur à gages, un voleur à main armée qui n’a pas de place dans la société occidentale.
Votre façon de reconnaître l’élection d’Eyadema et d’affirmer que l’opposition togolaise n’a pas voulu exploiter sa victoire aux élections législatives montre clairement que, pour votre centre de formation à la violence, la démocratie et la liberté que vous prônez en Afrique sont en fait une « cohabitation pacifique » entre les dictatures tyranniques que vous soutenez et les légalités que veulent les Africains.
Votre déclaration à Géopolis est la preuve que les dictatures sanguinaires en Afrique font partie d’un dessein international visant le pillage systématique de toutes les ressources africaines, et les deux mille entreprises françaises présentes sur le sol noir ne font que nous rendre de plus en plus malheureux, tandis qu’elles vous rendent de plus en plus riches avec vos complices africains.
Mon espoir pour l’Afrique est infini, car chaque jour, ici à Rome, je vois les ruines de la puissance romaine dont, mieux que moi, vous connaissez l’histoire. Où est-elle aujourd’hui ? De même, au plus profond de moi, votre affirmation ne me fait pas peur, ni perdre l’espoir dans les siècles à venir. Je suis confiant dans le fait que vos canons, avions de guerre, engins blindés, sous-marins atomiques et autres qui terrorisent l’Afrique aujourd’hui, demain resteront dans l’histoire comme les ruines romaines. Demain, de nombreux touristes noirs sillonneront l’Occident sans besoin de visa, dans l’unique souhait de voir un monde plus juste, où il n’y aura plus ni discrimination ni considérations technologiques.
En revanche, si l’enseignement chrétien est une vérité, peut-être nous rencontrerons-nous devant Dieu après la mort et lui seul saura juger où est la vérité et quelle est la responsabilité de chacun dans la misère de l’Afrique et l’injustice qui l’opprime aujourd’hui.
Pierre Yambuya Lotika Kibesi, Rome.
Nouvelle Afrique-Asie N° 69 JUIN 1995
AFRIQUE ASIE, UN MAGAZINE MENSUEL

Créé il y a plus de quarante ans par Simon Malley, Afrique Asie est avant tout un magazine mensuel d’analyse politique et d’information économique, sociale et culturelle ayant pour premiers centres d’intérêt le continent africain et l’Asie dans son ensemble. Afrique Asie est régulièrement diffusé dans plus de cinquante pays d’Europe, d’Afrique, du Proche et du Moyen-Orient ainsi qu’en Amérique latine et en Amérique du Nord (Etats-Unis, Canada). Son titre est fortement lié à l’histoire politique des pays du Sud, et inséparable de leur chemin parcouru.


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