Agression de Roger Bongos à la gare du Nord, l'APPA réagit !
Par Freddy Mulongo, jeudi 24 février 2011 à 21:36 :: radio :: #1307 :: rss
James Ngumbu, Secrétaire Général de l'APPA
1. Réveil-FM: Les journalistes congolais sont très souvent violentés à l'ambassade de la République Démocratique du Congo à Paris. Le cas de notre confrère Roger Bongos qui a été martyrisé à la Gare du Nord, lors de la venue de Mme Olive Kabila, est un exemple flagrant. Curieusement, l’APPA est restée inaudible. Pourquoi ce silence?
James Ngumbu:Je voudrais tout d’abord vous rappeler que les journalistes africains enregistrés en France auprès du Centre d'Accueil de la Presse Étrangère (CAPE), sont constitués en Association de la Presse Panafricaine (APPA) et les confrères congolais sont parmi les plus actifs de notre structure. L'Association de la Presse Panafricaine (APPA) est membre du Conseil d'Administration du Centre d'Accueil de la Presse Étrangère (CAPE).Ce dernier dépend du Quai d’Orsay. C’est une précision très utile qui mérite d’être relevée. Pour revenir à votre question, elle me paraît vitale car nous ne pouvons pas restés inaudibles sur les violences dont sont souvent victimes, nos confrères congolais au niveau de leur Ambassade en France. La position de l’APPA est claire là-dessus, aucun journaliste ne peut-être menacé à cause de ses écrits. L’une de nos missions d’ailleurs consiste à les défendre et quel que soit leur nationalité. En ce qui concerne notre ami Roger Bongos, nous avons effectivement été informés de sa situation et avons pris le temps de vérifier ces faits pour ne pas être contredits et surtout ne pas agir dans la précipitation. Après avoir identifié les auteurs de cette agression qui n’honore pas la nation congolaise, nous avons instruit un dossier ensemble avec nos partenaires, notamment Reporters Sans Frontières et bien d’autres. Comme vous pouvez le remarquer, nous n’avons pas gardé silence dans cette affaire. L’agression de Roger Bongos a eu lieu à la Gare du Nord et celle-ci n’est pas un lieu privé encore moins, une mission diplomatique où les fréquentations sont réglementées. C’est pourquoi nous sommes résolus à condamner fermement ces barbaries. Donc, nous ne nous engageons jamais à la légère dans une affaire cruciale comme celle qui concerne la vie d’un confrère. L’essentiel est de garder la tête froide et de toujours bien agir.
2. Réveil-FM: Faudrait-il qu'il y ait assassinat d'un journaliste congolais à Paris pour qu'il y ait des réactions ?
James Ngumbu: Comme je viens de l’évoquer, la situation est très grave pour les journalistes congolais tant au pays qu’ici en France. C’est la seule ambassade qui se distingue dans cette pratique. Je vous rappelle que ce n’est pas pour la première fois que nous assistons à ce genre de comportements exécrables qui illustrent une haine manifestée par l’ambassadeur congolais à l’endroit de la de la presse privée. Plusieurs confrères ont subit des dégâts corporels et certains ont vu leurs outils de travail confisqués ou endommagés par les vigiles qui agissent sur l’ordre de l’Ambassadeur. Je pense à nos confrères Gali Mukania et Germain Olembe. Le premier a été menacé à l’aide d’un revolver, battu et séquestré pendant 8h à l’ambassade de la RDC à Paris, le 19 août 2010. Le second a subit le même sort le 9 septembre dernier. D’autres se sont vu refuser des documents administratifs au motif qu’ils dérangent l’Etat congolais. Voyez-vous, la liste est longue. Cela constitue un danger permanent pour la liberté de la presse. C’est regrettable que ce qui se passe en RDC, notamment en matière de la liberté de la presse soit exporté en France, pays où la liberté d’expression et celle d’opinions sont garanties par la loi.
L’Ambassadeur Myra Ndjoko est passé maître dans l’art de réprimer tous ceux qui ne pensent pas comme lui, mais nous voulons mettre fin à cette répression. A cet effet, l’APPA vient de saisir le Quai d'Orsay pour protester vigoureusement contre ces méthodes barbares. Et croyez-moi, nous y arriverons car les démarches sont très méticuleuses. A quelque chose malheur est bon dit-on, Roger Bongos peut déjà s’estimer heureux parce qu’il est la goûte d’eau qui fait déborder le vase.
3. Réveil-FM: On peut ne pas être d'accord avec un journaliste, mais on ne peut jamais l'empêcher d'exercer librement son travail, quelles sont les mesures que vous préconisez pour la protection des journalistes et de l'information?
James Ngumbu: La liberté d’expression est un droit fondamental et celui-ci doit être protégé par tout le monde. Il n’appartient pas à un individu, à un régime ou pire encore à un diplomate d’entraver le travail des journalistes. Certes, on peut récuser les analyses ou les opinions des médias et dans ce cas, ceux qui se sentent lésés ont la possibilité de saisir la justice pour diffamation ou autres tares car nous sommes dans un Etat de droit. On ne s’attribue pas le pouvoir d’agir en potentat comme si l’on vivait dans une jungle. Ensemble avec nos partenaires tels que RSF et plusieurs organisations que je ne citerai pas ici, nous nous sommes concertés pour trouver des voies et moyens qui nous permettront de protéger les journalistes africains, singulièrement nos confrères congolais d’autant plus que c’est la seule communauté qui subit ces affres. J’en profite pour vous signaler que l’APPA a signé des accords des partenariats avec des autorités françaises et africaines, mais également avec les institutions internationales comme l’Unesco, l’Organisation internationale de la Francophonie etc.…. Et la protection des journalistes figure parmi ces derniers points. Nous utiliserons tout ce qui est de notre ressort pour défendre et protéger les victimes de ces agressions.
4. Réveil-FM: Il y a quelques temps vous aviez promis d'écrire officiellement au Ministère des Affaires étrangères en planchant sur les exactions et menaces qui pèsent sur les journalistes africains, où en est-on avec cette lettre ?
James Ngumbu: Vous avez raison d’évoquer cette question, nous avons effectivement saisi le Quai d’Orsay en collaboration avec RSF parce que nos confrères sont agressés par les responsables d’une mission diplomatique. Il s’agit d’un ambassadeur et en tant que Chef de Mission diplomatique, il bénéficie d’une immunité diplomatique dues à ses fonctions consulaires. Cependant, les immunités dont bénéficie Monsieur Myra Ndjoku ne l’exempte pas de la juridiction de l’Etat d’accueil (voire l’article 31-4 de la convention de Vienne). N’oublions pas que le but de ces privilèges n’est pas d’avantager des individus ou de les soustraire de la justice, mais surtout de leur permettre d’assurer l’accomplissement efficace des fonctions diplomatiques. Lorsqu’un diplomate commet des actes incompatibles avec ses fonctions ou qu’il se rend coupable des crimes et délits condamnables en droit interne, l’Etat d’accueil peut le juger ou le sanctionner. Il peut également exiger à l’Etat d’envoi, c’est-à-dire la RDC, de mettre fin à ses fonctions et demander qu’il soit rappelé dans son pays d’origine. Dans ce cas, il est déclaré « persona non grata ». Menacer un journaliste à l’aide d’un revolver ou séquestrer quelqu’un pendant plusieurs heures, sont des infractions graves en France. Voilà pourquoi nous avons saisi le Quai d’Orsay pour s’assurer d’un bon résultat. Dans cette démarche, nous bénéficierons également le soutien de l’ONG, « Avocats Sans Frontières». L’ambassadeur congolais risque gros si les faits énumérés s’avéraient incontestables. La République démocratique du Congo est un grand pays, elle ne mérite pas ces genres d’humiliation. Dommage !
5. Réveil-FM: Que pouvez-vous dire aux journalistes congolais et africains qui souffrent les martyrs ?
James Ngumbu: Votre question est intéressante et je vois l’intérêt que cela peut susciter dans le milieu de la presse. Je n’ai aucune prétention de donner des leçons à mes confrères, peut-être il faut prodiguer quelques conseils. Et dans ce cas, je pense que le respect de la déontologie professionnelle et l’objectivité doivent être les deux principes que nous devons privilégier dans notre métier. Certains de nos confrères font un bon travail et respectent la déontologie professionnelle, nonobstant les conditions dans lesquelles ils exercent leur métier. Néanmoins, il me semble que comme dans tous les métiers, il existe aussi des dérapages dans notre corporation. C’est à nous d’être rigoureux et inventifs pour ne pas donner l’occasion aux prédateurs de la presse. Plus nous ferons du bon boulot moins nous serons vilipendés par nos détracteurs. Je sais que la RDC regorge des confrères qui font la fierté de ce métier en France et même en Afrique. Il faut conserver cet acquis. 6. Réveil-FM: Monsieur le secrétaire général, certes l’APPA fait du bon travail et la presse panafricaine peut-elle s’enorgueillir ?
James Ngumbu: Nous ferons tout pour ne pas laisser la porte ouverte aux meurtriers et assassins de nos confrères. L’immense potentiel de ces hommes et femmes des médias ne peut être réduit à la médiocrité. Je le répète, nous sommes décidés de valoriser le journaliste africain en France. Et avec ce genre de comportement infâme, nous serons poussé d’aller jusqu’au bout. Il faut que les responsables de la mission diplomatique de la RDC en France se ressaisissent avant que les choses ne s’empirent. On ne peut pas tolérer une telle attitude qui traduit l’expression abjecte d’une dictature.
James Ngumbu: Ma modeste fonction me permet d’être en adéquation avec tout le monde, malgré nos différences. Ce n’est pas ma personne qui compte au contraire je m’efface et fais tout pour rendre service à tout le monde. Il n’ y a pas que des Congolais, nous sommes également sollicités par les leaders des autres pays africains. Et avec mes collègues de l’APPA, nous faisons tout pour avoir une relation de confiance avec tous ces hommes politiques et même les acteurs de la société civile. Cette proximité est réelle et il suffit seulement de voir la qualité des nos conférences de presse et actions de communication pour comprendre notre contribution en faveur des uns et des autres. Quant à la politique, elle ne m’intéresse pas trop. Je crois avoir fait preuve d’une certaine neutralité dans mes actes.


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