Cyber-Censure: La France placée "sous surveillance" par Reporters Sans Frontières !
Par Freddy Mulongo, mardi 15 mars 2011 à 14:29 :: radio :: #1355 :: rss
Jean François Julliard, Secrétaire Général de Reporters Sans Frontières. Photo Réveil-FM, Henri Martin

Freddy Mulongo, Réveil-FM International et Bernard Kouchner, ex-Ministre des Affaires étrangères et homme politique français.Photo Réveil-FM
16 autres pays sont "sous surveillance". Pour la première fois, la France et l'Australie entrent dans cette catégorie. Dans ces deux pays, c'est d'abord le filtrage d'Internet qui inquiète RSF. En France, la loi Hadopi contre le téléchargement illégal est montrée du doigt, ainsi que la Loppsi 2 et son principe institué de filtrage du Web sans décision de justice. Les difficultés de certains journaux en ligne, victimes de pressions, de convocations judiciaires et de cambriolages, sont aussi évoquées

Roger Bongos-Afrique Rédaction et François Zimmeray, ambassadeur de France chargé des droits de l'homme.Photo Réveil-FM

Freddy Mulongo et François Zimmeray, ambassadeur de France chargé des droits de l'homme.Photo Réveil-FM

Freddy Mulongo, Réveil-FM International et Roger Bongos, Afrique Rédaction. Photo Réveil-FM
Sécuritaire et droits d'auteur au détriment de la liberté d'expression
Cette peu valorisante distinction décernée à la France par RSF n'est pas une surprise. L'ONG s'était à plusieurs reprises inquiétée des projets de loi du gouvernement, en particulier la Loppsi 2 et Hadopi. Or ces deux textes ont été votés.
« Le gouvernement français semble privilégier une approche avant tout sécuritaire et liée à la protection des droits d'auteur, et au détriment de la liberté d'expression et de l'accès à l'information »explique RSF pour justifier cette vigilance à l'égard de la France.
L'association reproche notamment au pouvoir politique une implication présumée dans des vols d'ordinateurs appartenant à des groupes de presse en ligne et les déclarations de certains membres de l'exécutif.
En 2010, Mediapart a par exemple été accusé par Xavier Bertrand d'utiliser des méthodes « fascistes ». Nadine Morano et Christian Estrosi avaient surenchéri...
Mais le gouvernement est également critiqué pour ses positions à l'égard de WikiLeaks, dont la volonté déclarée d'Eric Besson de faire interdire l'hébergement du site en France. L'ancien ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, avait lui qualifié l'action du site de « totalitariste.»
La Loppsi pour préparer une extension du filtrage à d'autres domaines
Les évolutions législatives en France sont également jugées inquiétantes par RSF. L'association dénonce plusieurs dispositions de la loi Hadopi, dont l'application est susceptible de se traduire par une coupure d'Internet.
Or pour l'ONG, « l'intervention du juge ne fournit pas suffisamment de garanties judiciaires » et l'internaute est présumé coupable, introduisant ainsi une inversion de la charge de la preuve. Est aussi pointé du doigt le vote le 2 février 2011 d'un amendement à Hadopi et permettant « le financement d'entreprises privées pour des actions de surveillance et de filtrage. »
Mais RSF estime que la liberté d'expression est victime du débat sécuritaire, qui s'est traduit par le vote de la Loppsi 2. Est dénoncée la possibilité pour une autorité administrative d'imposer le filtrage de contenus sur Internet.
2011, une opération politique de séduction, sans réel changement de cap
Si la mesure doit s'appliquer exclusivement à la lutte contre la pédophilie, l'association estime qu'elle « donne la possibilité de censurer des contenus considérés comme gênants ». Un risque renforcé par le « caractère arbitraire et opaque de la procédure choisie, qui exclut tout contrôle par un juge indépendant. »
Mais RSF craint également, comme d'autres organismes, qu'une « fois passé le cap psychologique » le filtrage soit étendu à d'autres domaines : lutte contre la contrefaçon, la diffamation, l'offense au chef de l'Etat, etc.
Le gouvernement entend-t-il corriger le tir en 2011 ? RSF reste sceptique, et voit dans les dernières déclarations de Nicolas Sarkozy (Hadopi 3, Conseil national du numérique) avant tout une stratégie de séduction dans la perspective des présidentielles de 2012.
Une stratégie peu compatible selon l'ONG avec les positions défendues par Eric Besson et le gouvernement à l'égard de la neutralité du Net et du projet PS dans ce domaine, ou encore la volonté renouvelée de Nicolas Sarkozy d'associer « Internet civilisé » à la politique française en matière de numérique et de promotion de la liberté d'expression en ligne.


Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire