Aigues mortes, une ville fortifiée !
Par Freddy Mulongo, mercredi 16 mars 2011 à 20:29 :: radio :: #1328 :: rss

Aigues-Mortes est une commune française, située dans le département du Gard et la région Languedoc-Roussillon. Ses habitants s'appellent les Aigues-Mortais et Aigues-Mortaises. Par le réseau routier, Aigues-Mortes est située à 35 km environ de Nîmes (Préfecture du Gard) et 30 km de Montpellier (Hérault). À vol d'oiseau : 32,5 km de Nîmes et 26 km de Montpellier.

Le territoire communal est composé d'une partie de la plaine humide et des étangs de Petite Camargue. Il est séparé du golfe du Lion (mer Méditerranée) par la commune du Grau-du-Roi. Aigues-Mortes est cependant reliée à la mer par le canal du Grau-du-Roi.
1240 Saint Louis décide la construction d’une ville aux portes de son royaume afin de s’ouvrir un accès sur la Méditerranée. Ce sera ici, à Aigues-Mortes, dans un pays fait de marais, de sable et d’eau. Sept siècles plus tard, les fortifications dominent toujours la Camargue, offrant un des ensembles d’architecture médiévale les mieux conservés de France.
Le nom d’Aigues-Mortes provient des marais et des étangs qui s'étendaient autour du village : Aquae Mortuae (1248) en latin, Aigas Mòrtas en occitan), qui signifie eaux mortes, c'est-à-dire stagnantes et vient aussi du fait qu'il n'y a jamais de vives eaux à Aigues-Mortes.
De même en Occitan, "Grau" signifie un "étang avec bief". Ainsi "Grau du Roy" signifie en français "L'étang du Roi".
Un Romain du nom de Peccius aménage les premiers marais salins et donne son nom au marais du Peccais.
En 791, Charlemagne fait ériger la tour Matafère, au milieu des marécages, pour la sûreté des pêcheurs et des ouvriers des salins. Certains avancent que la signalisation et la transmission des nouvelles n’étaient pas étrangères à l’édification de cette tour destinée à donner l’alerte, en cas d’arrivée d’une flotte, à la tour Magne, à Nîmes.
La vocation de cette tour passe du plan guerrier au plan spirituel quand Charlemagne l’octroie à l’abbaye de Bénédictins, consacrés à l’Opus Dei (l'œuvre de Dieu) et dont les incessantes psalmodies, de jour comme de nuit, font désigner leur couvent du titre de Psalmody ou Psalmodi. Ce couvent existe en 812, comme le confirme un acte de dotation faite par le Nîmois Badila à l’abbaye.
À cette époque, les habitants, qui vivent dans des cabanes en roseau, tirent leur subsistance de la pêche, de la chasse et de la production du sel produit dans différents petits marais salants en bordure de mer. La région est alors sous la domination des moines de l'abbaye de Psalmodie.
En 1240, Louis IX s'intéresse à la position stratégique que représente ce lieu pour son royaume. À cette époque, Marseille appartient à son frère Charles d'Anjou, roi de Naples, Agde au Comte de Toulouse et Montpellier au roi d'Aragon. Louis IX souhaite un accès direct à la mer Méditerranée. Il obtint des moines de l'Abbaye la ville et les terres alentours par échange de propriétés. Les habitants sont exemptés de la gabelle, impôt prélevé sur le sel qu'ils peuvent prendre sans contrainte.
Il construit une route entre les marais et y bâtit la tour Carbonnière pour servir de tour de guet et ainsi protéger l'accès à la ville. Il construit ensuite la tour de Constance pour abriter sa garnison. En 1272, le fils et successeur de Louis IX, Philippe le Hardi, ordonne la poursuite de la construction de remparts pour ceinturer complètement la petite ville. Les travaux ne s’achèveront que 30 ans plus tard.
C'est de cette ville que Louis IX part par deux fois pour les Croisades : la septième croisade en 1248 et la huitième croisade en 1270 pour Tunis, où il meurt de dysenterie.

La ville d'Aigues-Mortes
voulant perpétuer
le plus glorieux souvenir
de ses annales
a élevé cette statue
dans le lieu
témoin de l'embarquement
de ce héros chrétien
pour la VI et VIII croisade. En 1849 : la statue de St Louis, oeuvre du sculpteur Pradier, est inaugurée.
A cette époque la statue est entourée de grilles . La ville n'a pas de fontaine et les habitants doivent aller chercher l'eau à l'extérieur des remparts.
1896 sera l'année de l'adduction d'eau. En effet, cette année là, la ville obtient enfin sa fontaine. Quatre dauphins et vasques seront ajoutés au socle de la statue. Les habitants n'auront plus besoin d'aller remplir les cruches à l'extérieur de la ville. 1975 : Les grilles autour de la statue sont enlevées et servent désormais de clôture chez un particulier. Pour les retrouver, faites donc un petit tour du côté du boulevard intérieur ouest ...
Tous les ans, la ville fête le printemps en fleurissant la place Saint Louis
1270 constitue à tort, pour beaucoup d'historiens, la dernière étape d'un processus engagé à la fin du XIe siècle. Le jugement est hâtif car le transfert de croisés ou de mercenaires à partir du port d'Aigues-Mortes a continué. L'ordonnance donnée en 1275 au chevalier Guillaume de Roussillon par Philippe III le Hardi et le pape Grégoire X après le concile de Lyon de 1274 en guise de renfort à Saint-Jean d'Acre en Orient, démontre que l'activité maritime y perdure toujours en vue d'une neuvième croisade qui n'aura jamais lieu (ordonnance de Guillaume de Roussillon en 1275 - (Roger, La noblesse de France aux croisades, p 158; C. Rollat L'Affaire Guillaume de Roussillon dans la Tragédie Templière du Pilat à Aigues Mortes)1274/1312.
De ce fait de 1270 découle la croyance populaire voulant que la mer atteigne Aigues-Mortes à cette époque.
En fait, comme le confirment les études de l'ingénieur Charles Léon Dombre, l'ensemble du port d'Aigues-Mortes comprenait le port proprement dit, qui se trouvait dans l'étang de la Marette, le Canal-Viel et le Grau-Louis, le Canal-Viel étant le chenal d'accès à la mer.
Pendant la Révolution française la ville fut appelée Port-Pelletier. La Compagnie des Salins du Midi lance à l'été 1893 le recrutement des ouvriers pour le battage et le levage du sel. L'embauche est en réduction en raison de la crise économique que connait l'Europe alors que la perspective de trouver un emploi saisonnier a attiré, cette année là, un plus grand nombre d'ouvriers.
Ceux-ci se partagent en trois catégories surnommées les « Ardéchois », paysans, pas forcément originaire d'Ardèche, qui laissent leur terre le temps de la saison, les « Piémontais » composés d'Italiens originaires de tout le nord de l'Italie et recrutés sur place par des chefs d'équipe, les chefs de colle, et les « trimards » composés en partie de vagabonds.
En raison du recrutement opéré par la Compagnie des Salins du Midi, les chefs de colle sont contraints de composer des équipes comprenant des Français et des Italiens.
Dès le début de la matinée du 16 août, une rixe éclate entre les deux communautés qui se transforme rapidement en lutte d'honneur.
Malgré l'intervention du juge de paix et des gendarmes, la situation va rapidement dégénérer.
Certains trimards rejoignent Aigues-Mortes et y affirment que des Italiens ont tués des Aiguemortais, ce qui fait grossir leurs rangs de la population et des personnes qui n'ont pas réussi à se faire embaucher.
Un groupe d'Italiens est alors attaqué et doit se réfugier dans une boulangerie que les émeutiers veulent incendier. Le préfet fait appel à la troupe vers 4 heures du matin, elle n'arrivera sur les lieux qu'à 18 heures, après le drame.
Dès le début de la matinée, la situation s'envenime, les émeutiers se rendent dans les salins de Peccais où se trouvent le plus grand nombre d'Italiens que le capitaine des gendarmes Cabley essaie de protéger en promettant aux émeutiers de chasser les Italiens une fois raccompagnés à la gare d'Aigues-Mortes.
C'est durant le trajet que les Italiens assaillis par les émeutiers sont massacrés par une foule que les gendarmes ne réussissent pas à contenir. Il y a sept morts et une cinquantaine de blessés dont certains conserveront des séquelles à vie, ce qui constitue le plus grand massacre d'immigrés de l'histoire contemporaine de la France mais aussi l'un des plus grands scandales de son histoire judiciaire puisque aucune condamnation ne sera jamais prononcée.
L'affaire devient un enjeu diplomatique et la presse étrangère dont celle transalpine prend fait et cause pour les Italiens. Des émeutes anti-françaises éclatent en Italie. Un règlement diplomatique est trouvé et les partis sont indemnisés alors que le maire nationaliste Marius Terras doit démissionner.


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