Joseph kabila tient-il parole ? Six mois à peine, il vient déjà de lever la mesure sur l'exploitation des minerais de l'Est
Par Freddy Mulongo, jeudi 17 mars 2011 à 14:43 :: radio :: #1350 :: rss

Père fouettard, roi du Congo, l'impéritie de Joseph Kabila n'est plus à démontrer. La remise en cause d'un décret sur l'exploitation minière de l'Est est un exemple parmi d'autres. Dessin BALEKI
La majorité des Congolais le savent. A l'Est de la République démocratique du Congo, des milices s'affrontent pour le contrôle des mines d'or, de coltan ou d'étain, ressources indispensables à l'approvisionnement en vivres et en armes de plusieurs groupes rebelles en territoire congolais. En septembre 2010, sous l'impulsion d'une communauté internationale préoccupée par l'intensification des violences au Nord et au Sud-Kivu, Joseph Kabila, avait décidé l'arrêt temporaire des extractions minières. Dans certains pays occidentaux et au sein de la Conférence Internationale sur la Région des Grands lacs (CIRGL) plusieurs initiatives ont été mises en place afin d'assurer la traçabilité des matières premières et le contrôle par l'Etat de l'exploitation des mines. La disparition des "minerais du sang" se trouve ainsi aujourd'hui au cœur de nombreux débats.
Sur le terrain pourtant, plusieurs témoignages ont fait état de la poursuite des extractions depuis septembre et du contrôle de certains territoires par les rebelles du Kivu. En réalité, les miliciens-issus de groupes armés congolais, rwandais et ougandais-se sont alliés à des membres des FARDC (Forces Armées de la RDC) pour le contrôle des mines ou la même en place dont le franchissement est soumis au versement d'une somme d'argent. En effet, de nombreux anciens miliciens dont ceux du CNDP de Laurent Nkundabatwaré ayant soit disant déposé les armes ont été intégrés aux FARDC tout en continuant à faire allégeance à leurs anciens chefs rebelles. En outre, du fait des dysfonctionnements au sein de la fonction publique congolaise, la participation de militaires corrompus aux activités illicites des milices est relativement fréquente.
Un nouvel accord relatif à l'extraction des minerais dans les régions du Kivu et de Maniema a donc été approuvée début mars 2011 par Martin Kabwelulu ministre des Mines et les gouverneurs des provinces concernées. Le décret d'interdiction de Joseph Kabila n'ayant pas permis une prise de contrôle étatique sur l'exploitation des ressources, la légalisation de l'extraction et le déploiement d'agents chargés de la traçabilité des minerais sont apparus inévitables. Toutes fois, en raison de l'implication de réseaux internationaux dans le trafic des ressources congolaises, la RDC doit d'abord recouvrer sa vraie souveraineté sur tout ton territoire, aucune partie du Congo ne doit être une zone sans contrôle. Une coopération inter-étatique peut aider à contrer la montée en puissance des mouvances rebelles dans l'Est du pays. Souvenons-nous, le 3 février 2011 à Goma dans le Nord-Kivu, deux occidentaux ont été arrêtés par les autorités congolaises alors qu'ils s'apprêtaient à rapatrier illégalement un chargement d'or. Quelques semaines plus tard, deux tonnes d'or volées en République démocratique du Congo ont été retrouvées sur le sol Kenyan; la cargaison était en partance pour les Émirats Arabes Unis. Le fonctionnaire Kenyan en charge de l'enquête a par la suite été retrouvé mort à proximité de son domicile. Ces récents événements soulignent la montée en puissance d'un réseau de contrebande international dont les enjeux dépassent largement le cadre de la RDC. Au regard des difficultés d'accès rencontrées par les autorités congolaises dans les régions de l'Est du pays et des multiples complicités au sein des forces de l'ordre congolaises et la main mise du Rwanda sur le Congo, une disparition des "minerais du sang" semble peu envisageable à court terme. En effet, les autorités rwandaises exploiteraient les ressources congolaises en tant que production locale, déjouant ainsi les contrôles internationaux sur l'origine des minerais. Ainsi l'or,le coltan et la cassitérite ont représenté 30 % des exportations rwandaises en 2010, alors que leur production demeure très faible au Rwanda. L'impéritie du régime des Joséphistes ventripotents et corrompus n'est pas à démontrer dans cette remise en cause d'un décret qui devrait être maintenu pour sauver le Congo. Malgré de nombreux crach d'avions dans le ciel congolais, on continue à autoriser aux Antonov de voler au risque et péril des passagers qui s'embarquent !
La pacification de l'Est de la RDC passe par un contrôle systématique de l'exploitation des matières précieuses. Les ressources générées par l'exploitation illicite servent à l'approvisionnement en armes et munitions. Quelles ont été les vraies mesures d'accompagnement ?
Lorsque Martin Kabwelulu parle de:«la publication d'un manuel des procédures de traçabilité des produits miniers, de l'extraction à l'exportation, validé par un arrêté interministériel Mines et Finances. La poursuite de construction des centres de négoce pilotes au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. L'établissement d'un schéma de traçabilité et d'évacuation des produits miniers en province. La création de trois sociétés minières sur les cendres de Sakima. L'instruction adressée à tous les gouverneurs de provinces d'élaborer un document cadre pour la réalisation des projets sociaux à proximité des sites miniers en vue d'améliorer les conditions de vie des populations affectées par l'exploitation minière. L'élaboration d'un autre document cadre relatif à la réhabilitation des voies de communication servant des voies d'évacuation des produits miniers. L'assainissement du fichier minier cadastral par la déchéance d'office de 58 permis de recherches au Maniema, 21 au Nord-Kivu et 24 au Sud-Kivu. La création d'une commission nationale de coordination de lutte contre la fraude et la contrebande minières». Ces mesures sont-elles vraiment suffisantes ? Ne fallait-il pas commencer le plus simple: donner un pouvoir d'achat aux parents et renforcer l'autorité parentale des enfants creuseurs; créer des infrastructures: écoles, dispensaires...; élever le niveau de vie des fonctionnaires qui résident dans ces coins et recoins de la République en les payant régulièrement des salaires décents...A Joseph Kabila, il ne suffit pas de signer un décret sans mesure d'accompagnement efficace.


Commentaires
1. Le jeudi 17 mars 2011 à 15:39, par Gaston Médard
2. Le jeudi 17 mars 2011 à 17:11, par J.C. Tuvugishukuri
3. Le jeudi 17 mars 2011 à 20:34, par Kasongo muteba
4. Le vendredi 18 mars 2011 à 12:09, par Patrick
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