Célébration des journées William Penn à Saumur les 20 et 21 mai 2011
Par Freddy Mulongo, dimanche 3 avril 2011 à 13:53 :: radio :: #1374 :: rss
Jeanne-Henriette Louis au Centre Quaker international à Paris
Qui était William Penn ? un noble anglais qui fut étudiant à Saumur de 1662 à 1664, et rejoignit le groupe des quakers en 1667 alors qu’il était en Irlande.
Mais qui étaient les quakers ?
Dans les îles britanniques, au milieu du XVIIème siècle, des « chercheurs » (seekers), peu satisfaits par la Réforme protestante, et en particulier par l’Eglise anglicane, aspiraient à une Eglise dépouillée de rites et de liturgie. Ils recherchaient un contact direct avec la divinité, et une grande simplicité.
Ils créaient une « réforme radicale », en quelque sorte, comme l’avaient fait, par exemple, les mennonites sur le continent européen.
Un guide charismatique malgré lui, Georges Fox, se détacha parmi eux, et le mouvement quaker naquit officiellement en 1652, dans la région des Lacs, et dans le Centre, du côté de Birmingham. Ils s’appelaient « Amis » entre eux, mais on les désigna sous le nom de Quakers, qui veut dire « trembleurs ».
Le jeune noble William Penn rencontra des quakers en Irlande, où sa famille possédait des terres. Impressionné par le quaker Thomas Loe, il rejoignit ce groupe, et connut la persécution, comme ses coreligionnaires. Avant cela il avait fréquenté des puritains, suivi des cours à Saumur avec Moïse Amyraut entre 1662 et 1664, et il termina ses études par le droit, cette fois, à Lincoln’ Inn.
Le roi Stuart Charles II, ami de son père, avait contracté une dette importante auprès de ce dernier. Au décès de l’Amiral Penn, il proposa au jeune homme un territoire en Amérique du Nord pour le dédommager.
William souhaitait justement disposer d’un « laboratoire » où appliquer les principes quakers de simplicité et de fraternité. Le nouveau territoire représentait une chance inespérée de le faire. Le nom de ce territoire situé aux côtés du New Jersey et du Delaware, fut « Pennsylvanie », en mémoire de l’Amiral Penn.
C’est ainsi que naquit Philadelphie à partir de 1683, et que fut lancée the « Holy Experiment » que l’on a souvent traduite en français par « La sainte Expérience », mais qu’on peut aussi appeler l’ « Expérience sacrée », selon la terminologie de l’historien Claude Fohlen.
Au cours des années 1680, le laboratoire fonctionna malgré l’absence de William Penn, retenu en Angleterre, justement pour protéger la Pennsylvanie. La Charte des Privilèges et des Libertés (1701) garantissait l’obéissance à la conscience personnelle.
Pendant ce temps la Pennsylvanie, gouvernée par les quakers, résistait aux tentatives de la couronne britannique de l’entraîner dans les guerres contre les Indiens e t les Français. Cette lutte non-violente avait été voulue par William Penn depuis l’Angleterre, mais le propriétaire et gouverneur mourut en 1718. Sous l’influence des nouveaux immigrants, heureux d’habiter une province prospère, la Pennsylvanie dériva progressivement vers une colonie de type courant.
Les engagements envers les Indiens n’étaient plus respectés lors des achats de terre. L’Expérience sacrée se délitait.
Pourtant la population de la Pennsylvanie était encore attachée à la Charte des privilèges et des Libertés, qui leur assurait un statut à part parmi les colonies britanniques. Sa fidélité envers William Penn amena le gouvernement à commander à Londres une cloche pour célébrer le cinquantième anniversaire de cette Charte, en 1751.
La Pennsylvanie était encore une colonie quaker (gouvernée majoritairement par des quakers), mais plus pour longtemps.
Le parti quaker, né au début des années 1740, domina la politique de la province jusqu’à la fin des années 1760.
De 1741 à 1751, les quatre cinquièmes de l’Assemblée de l a Pennsylvanie étaient constitués par les quakers.
Avec la Charte des Libertés de William Penn, la Pennsylvanie avait atteint un degré de gouvernement autonome qui faisait l’envie de la plupart des autres colons.
Benjamin Franklin, qui n’était pas quaker, devint membre de l’Assemblée de la Pennsylvanie en 1751, et son poids au sein du parti quaker augmenta à partir de cette année-là, mais c’est en 1755 que son influence devint prépondérante au sein de ce parti. En 8 mois, il avait réussi à en changer fondamentalement les orientations.
Des immigrants récents, harcelés par les Indiens spoliés lors des achats de terre, souhaitaient de plus en plus se battre contre les Français et les Indiens, de l’autre côté de la frontière. On trouve à leur tête Benjamin Franklin, devenu très influent à Philadelphie.
Le glas de l’Expérience sacrée sonna le 12 avril 1756 lorsque le gouverneur et le conseil déclarèrent la guerre aux Delaware et aux Shawnees.
Les membres quakers du gouvernement de la Pennsylvanie démissionnèrent les uns après les autres. Le Parti quaker, lui, survécut pendant une douzaine d’années après la crise de 1756, et cessa d’exister aux alentours de 1770.
En 1776, sous l’influence de Franklin, la Charte des Privilèges et des libertés de William Penn était remplacée par une nouvelle constitution pour la Pennsylvanie, qui fut très bien accueillie en France et dans d’autres pays d’Europe, mais qui accordait de facto moins de garanties aux objecteurs de conscience que la Charte.
Et la cloche de 1751, qui avait été commandée pour célébrer la liberté de conscience, devenait l’emblème de la Guerre d’indépendance des Etats-Unis. Ce retournement de situation a échappé à bien des observateurs.
Mais l’esprit de la Charte n’était pas mort. On le retrouve dans des initiatives discrètes et peu connues.
A la fin de 1757, des quakers aisés de Philadelphie qui refusaient la guerre contre les Indiens, créèrent l’Association amicale pour regagner et préserver la paix avec les Indiens.
Cette Association fit graver des médailles d’argent qu’ils offrirent aux Indiens en gage de paix. Elle dura huit ans, mais elle resta marginale, et ne put empêcher la guerre qui sévit entre la Pennsylvanie et les Français et les Indiens.
On retrouve l’esprit de la Charte de 1701 dans les marges, tout au long de l’histoire des Etats-Unis et jusqu’à nos jours. Mais ce serait une autre histoire.
Benjamin Franklin, qui a apporté beaucoup à son pays, méritait d’être connu et reconnu, comme il l’a été. Mais à Philadelphie, il s’est en quelque sorte substitué dans le conscient collectif à l’image de William Penn, le fondateur.
Il est peut-être temps de revenir aux sources, et de rendre hommage à celui dont le nom est inscrit en filigrane dans l’histoire de Philadelphie.
Repères de Jeanne-Henriette Louis
Professeur de civilisation des États-Unis à l’Université d’Orléans.
Bibliographie très sommaire :
BROCK Peter, The Quaker Peace testimony, 1660 to 1914, Sessions, York, 1990.
COMFORT, William, William Penn and our liberties, the Penn Mutual Life insurance Company, 1947.
DOMMEN Edouard, Les quakers, Editions du cerf, 1990.
FOHLEN, Claude, Benjamin Franklin, l’Américain des Lumières,Payot et Rivages, 2000.
LOUIS Jeanne-Henriette, et Jean-Olivier HERON, William Penn et les quakers, ils inventèrent un nouveau monde, collection découvertes n°90, Gallimard, 1990.
LOUIS Jeanne-Henriette, Les quakers. La société religieuse des Amis, Brepols, Turnout, Belgique, 2005.
Journées d’étude à Saumur (49) ouvertes à tous les vendredi et samedi 20 et 21 mai 2011 : « William PENN (1644-1718) : de l’Académie de Saumur à la Pennsylvanie »
Il fut un chrétien quaker engagé, dont l’action est empreinte des idées de liberté et de tolérance. Qu’est-ce que ce futur chef d’un Etat « démocratique » avant l’heure pourrait bien avoir appris à l’Académie protestante de Saumur ?
Plusieurs orateurs venus de Pennsylvanie, de Chine, d’Angleterre, de Suisse et de France tenteront de répondre à la question de cet héritage méconnu du célèbre personnage dont l’actualité la pensée est exceptionnellement actuelle.
Vendredi 20 mai de 14 à 17h . Mairie de Saumur ( pl. de la République, sur les quais ,rive g.)
14h. Introduction générale, prof. Didier POTON
14h30 « les débuts du quakerisme » par Mme J-H. LOUIS , prof er.
15h. prof. Jerry Frost « W.Penn, un humaniste quaker
16h. « Deux des enseignants de W.Penn : John Owen à Oxford et Moïse Amyraut à Saumur » prof. St.W. Egell
16h30 Feng Chuan Tao doctorant « La tolérance religieuse dans la pensée de W.Penn »
17h. Débat général et conclusion
17h30 Visite du quartier ancien de Saumur
18h. Inauguration d’une place W.Penn et réception en Mairie. Repas ( s’inscrire )
Samedi 21 mai de 10h à 17h.
Salle Beaurepaire 25 rue Beaurepaire (centre-ville) parkings proches.
10h. Prof. B. Van Ruymbecke « Les liens de W PENN et le futur roi Jacques II et la spécificité de la Charte de Pennsylvanie au regard des autres colonies fondées au 17è s. »
10h30 « La Charte des Privilèges et des Libertés de W.Penn » Mme J-H LOUIS prof. Er.
11h. « Le roman de W.Penn à Saumur » prof. E.Dommen
Lecture d’un texte de W.Penn par Mme A.Herrmann
11h30 Discussion générale
12h15 repas sur place ( s’inscrire)
14h30 La Fondation W.Penn aujourd’hui à Pennsbury , en Pennsylvanie
15h. Débat
15h30 « Des projets de paix perpétuelle pour l’Europe » prof. P. van Dungen
16h . Lecture de textes de W.Penn
16h15 « Les Quakers et la tradition réformée aujourd’hui. Prof. E. Dommen
16h30 Discussion générale et conclusion du colloque.
Dîner ( s’inscrire).
Ces journées de vulgarisation organisées conjointement par « Saumur et son histoire » et l’Eglise réformée de Saumur sont ouvertes à tous.
Conférences –débat d’une demi-heure chacune.
Stand de librairie
Entrée libre.
Pour renseignements et inscriptions au repas : musee@ville-saumur.fr
williampenn@erfsaumur.org
ou tél. 02 41 51 85 32 et 02 41 89 68 04 .


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