Si des connexions entre pirates et groupes politiques peuvent exister, celles-ci devraient donc toucher principalement des groupes dont le fondement est d’ordre clanique et non religieux. En Somalie, la piraterie prolonge les activités criminelles plus traditionnelles autour du trafic d’armes, de khat ou de clandestins à destination de la péninsule arabique, et qui constituent un moyen de financement pour les chefs de guerre. De ce modèle d’une criminalisation du politique découle alors un autre questionnement : l’économie est-elle un moyen de faire la guerre ou devient-elle une fin en soi ?

En d’autres termes, l’appât du gain ne devient-il pas le seul horizon d’action de ces groupes. Ce questionnement est central dans l’analyse de Paul Collier, pour qui les groupes rebelles ne sont finalement que des groupes criminels organisés. Ce questionnement ⎯ dont il est encore tôt pour apporter une réponse définitive ⎯ mérite d’être posé dès lors que l’on prend en compte le développement d’une filière véritable économique de la piraterie et l’enrichissement récent de certain groupe de pirates.

À terme, on pourrait d’ailleurs aller vers une autonomisation de certain groupe de pirates aussi bien en ce qui concerne l’organisation que l’objectif, celui-ci devenant simplement de s’enrichir par des actes criminels.