La Grande Marche "Ni Violées, Ni Persecutées" contre le féminicide au Congo
Par Freddy Mulongo, mardi 5 juillet 2011 à 11:15 :: radio :: #1565 :: rss
Le long des 309 km qui séparent Paris de Bruxelles, des voix s’élevent énergiquement en faveur des femmes congolaises dans les 14 villes dans lesquelles la marche passe. Ce, avec des slogans du genre «8 million de morts au Congo !», «Kabila dégage !», «Kabila doit partir !», «Kagame assassin au Congo!», pour s’attaquer à l’immobilisme de Joseph Kabila, sa dictature totalitaire et son mentor Paul Kagame, potentat du Rwanda face à cette odieuse réalité, qui est le viol en toute impunité des femmes congolaises. La plainte contre le viol qui sera déposé à Bruxelles le 14 juillet 2011 aura pour motivation l'instauration d'un « Tribunal Pénal International en RDC », inspirée des institutions judicaires mises en place pour juger les graves crimes de guerre commis dans d’autres pays à l’instar du Rwanda ou de l’ex-Yougoslavie.
A Nakiele, à l'Est de la République démocratique du Congo, des femmes victimes de viol sont rejetées par leur mari
A Nakiele, un village de 12.300 habitants perché sur la crète d'une colline dans les moyens plateaux du territoire de Fizi, dans la province du Sud-Kivu (est), 121 femmes ont déclaré au médecin de l'hôpital avoir été victimes de viols commis dans la nuit du 11 au 12 juin par des soldats ayant fui un centre militaire.
Mon mari n'accepte plus de partager le lit avec moi. Je dors par terre: comme Adèle, des femmes sont rejetées par leur époux depuis qu'elles ont dit avoir été violées début juin par des soldats à Nakiele, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC).
Mon mari refuse aussi les repas que je lui prépare. Il mange ce que mes soeurs lui font. Je ne comprends pas pourquoi on doit m'abandonner, poursuit la jeune femme âgée de 19 ans, mère d'un enfant de 6 mois.
Plus d'une dizaine des femmes congolaises violées sont rejetées par leur mari.
Le 11 juin 2011 en fin de matinée dans ce village isolé - la piste étroite qui y mène s'arrête 2 km plus loin -, à l'arrivée de plus de 150 soldats déserteurs commandés par un colonel, ancien membre d'une milice CNDP, les hommes ont fui dans la brousse.
Ils ont abandonné femmes et enfants par peur d'être utilisés comme porteur par les militaires qui les frappent s'ils refusent. Seuls une poignée sont restés, dont le chef du village et le médecin de l'hôpital avec ses infirmiers.
Lors des opérations militaires successives menées depuis 2009 contre les groupes armés dans la région, les soldats passent dans les villages et demandent des rations, une chèvre, et les femmes restent en toute quiétude. Mais cette fois ça a tourné mal, explique le chef de la localité de Nakiele, Losema Etamo Ngoma.
Quand son mari est revenu chez lui le matin du 12 juin 2011 après le départ des soldats, Sifa, 20 ans lui a dit avoir été violée.
Il m'a dit que maintenant j'étais une femme de militaire, que je devais suivre les soldats et ne pas rester ici. Mais il ne m'a pas encore chassée. Je ne comprends pas pourquoi il dit ça, dit-elle en nouant et dénouant machinalement le noeud de l'étoffe qui enserre dans son dos son enfant d'un an.
Souvent en RDC le viol reste un tabou. Les victimes se taisent par crainte d'être rejetées par leur mari, leur famille et aussi leur communauté.
A Nakiele, les femmes ont eu le courage de le dire, il y a eu un phénomène collectif, et la sensibilisation d'ONG pour qu'elles se déclarent, relève Eugène Byamoni, un psychologue qui a entendu une cinquantaine d'entre elles les 16 et 17 juin 2011.
J'ai honte de passer dans le village. Je suis l'objet de critiques, de moqueries, on dit que je suis une femme de militaire, porteuse de maladie (ndlr: le Sida), dit d'une voix faible Dekila, 28 ans. Son mari lui a dit de partir et de laisser le lit.
Il faut réunir les hommes et les femmes, les sensibiliser, expliquer que le malheur qui est arrivé n'est pas de la faute des femmes, ajoute-elle.
Depuis que ce problème a éclaté, j'ai réuni un groupe de dix sages pour parler avec ces hommes, pour qu'ils puissent encore vivre avec ces femmes, leur dire que ce qui est arrivé aux femmes l'a été par la force, contre leur gré, et qu'ils doivent supporter cela, se désole le chef du village.
Dans deux autres villages proches, 127 femmes ont aussi dit avoir été violées par les soldats miliciens.



Commentaires
1. Le mardi 5 juillet 2011 à 17:46, par Nsusu kasubi
2. Le mardi 5 juillet 2011 à 18:58, par Wende
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