Obasanjo verrait bien Kagame diriger la République démocratique du Congo
Par Freddy Mulongo, mercredi 7 septembre 2011 à 23:40 :: radio :: #1714 :: rss

Olusegun Obasanjo et Laurent Nkunda à Jomba dans l'est de la République démocratique du Congo, le dimanche 16 novembre 2008
Ce dernier est décrit par Obasanjo comme étant un homme providentiel ayant « un leadership et connaissances requises pour diriger un pays aussi complexe tel que le Congo ». En comparant Kabila et Kagame, Obasanjo avoue trouver Kabila « très sensible et peu sûr de lui ». Il est vrai que l’ancien homme fort du Nigéria connait très bien la région des Grands Lacs puisqu’il a été émissaire des Nations –Unies en République Démocratique du Congo en 2008 durant la crise liée aux hostilités entre le gouvernement congolais et la rébellion de CNDP dirigé par Laurent Nkunda. C’est pourquoi son point de vue ne saurait être interprété comme un simple fait du hasard.
Le président rwandais, Paul Kagame
En effet, pourquoi Obasanjo souhaite-t-il voir Paul Kagame, pourtant fort contesté, prendre les commandes de l’État congolais? Et qu’à maintes reprises, Kigali s’est déclarée en faveur de la révision des frontières pour rattacher l’Est de la RDC au Rwanda. Rappelons-nous qu’en 1994 au lendemain de la victoire militaire du FPR, l’ancien président Rwandais, Pasteur Bizimungu, déclara ouvertement que les frontières des actuels États africains étaient des purs produits du fait colonial et donc arbitraires. Bizimungu en déclarant cela avait en tête les frontières tracées entre la RDC et le Rwanda. L’intéressé s’était convaincu que la première devait céder ses territoires de l’Est aux populations rwandaises. Des déclaration à ne point négliger quand on sait que le Rwanda souffre de surpeuplement. Rappelons-nous aussi que le défunt président Rwandais, Juvénal Habyarimana, avait lui aussi refusé le retour des milliers de réfugiés Tutsi qui avaient fui le Rwanda depuis les années soixante, prétextant un manque d’espace. Quand ces derniers ont conquis le pouvoir en 1994, ils furent confrontés au même problème, légitimant ainsi les discours présents. Donc il y a d’une part le refoulement vers l’Ouest d’un surplus des populations rwandaises et d’autre part, l’attrait des richesses minières que regorgent cette région.
Cet appétit des richesses minières de la RDC que le régime de Kigali affiche coïncide avec les intérêts des puissances occidentales et nombreuses multinationales.
Le président congolais, Joseph Kabila
Une attitude néo-coloniale qu’est celle de l’exploitation massive des ressources africaines en vue de répondre aux besoins créés par l’ouverture de nouveaux marchés. Face à cette exigence de garantir l’accès aux ressources, certaines puissances du nord compteraient ainsi sur des régimes sans scrupules, comme celui de Paul Kagame, pour débroussailler le chemin, rendant de facto l’homme fort de Kigali et sa clique les véritables « sous traitants officiels d’une mondialisation sanguinaire en Afrique noire » – selon les dires du spécialiste de la région des Grands Lacs, Charles Onana. L’invasion et la déstabilisation de la RDC ont exposé ce nouveau rôle que les puissances du nord ont assigné à ces régimes, celui de servir de police transcontinentale en Afrique: en garantissant l’accès aux ressources minières, de même qu’une influence et hégémonie totales. Et cela passe par la déstabilisation des régimes en place pour créer un climat de chaos et d’anarchie qui emboîtent les pas aux aspirations de l’impérialisme occidental, notamment.
L’idée d’Obasanjo, fuitée par Wikileaks peut être interprétée comme un message d’alerte face à une incontestable balkanisation avec l’aval des « grands » de la planète. Si Obasanjo voit en Paul Kagame un homme providentiel, taillé pour diriger le Congo, c’est surtout que le premier voit dans le second le « pion » idéal servant au mieux les intérêts des nouvelles puissances. Ainsi, avoir à entendre de tels propos de la bouche d’un leader africain, ne devrait en rien nous surprendre quand on sait que la majorité des élites africains s’est purement résignée aux volontés des puissants de ce monde.

Jomba, dimanche 16 novembre 2008, la danse macabre entre Obasanjo et Nkundabatwaré, un criminel au Congo.
Nous reproduisons la réaction de novembre 2008 sur notre site d'un congolais de face à cette danse des sorciers:
Aux images inhumaines et insupportables que nous avons pu voir ces derniers jours de ces longues colonnes de déplacés du Kivu, dépourvus de tout et jetés sur les routes comme de chiens galeux, il faudrait désormais ajouter cette image intolérable, insultante, révoltante et inacceptable, cette image inqualifiable et abjecte de cette danse qu' Obasanjo et Nkunda nous ont offerte lors de leur rencontre à Jomba. Alors que le sang de congolais versé à Kiwanja par les assassins à la solde de Nkunda est encore frais, Obasanjo n’a pas hésité, sans la moindre once de respectabilité ni de compassion pour ces victimes innocentes congolaises, à danser sur leur cadavre, après nous avoir gratifié d’un ignoble spectacle de chaleureuses et amicales accolades avec un chef rebelle. Ce comportement indigne semble être la marque de fabrique de représentants de l’Onu au congo, on a encore tous en mémoire les révérences de ce colonel indien de la Monuc, qui avait tenu, avant son départ, à déclamer toute son admiration et tout son amour à Nkunda, son frère d’armes. A voir danser Obasanjo et Nkunda, nul doute qu’ils venaient de sceller, sur le sang de congolais, un pacte tel que seul Satan et ses serviteurs en ont le secret mais il n’est pas difficile d’imaginer que les congolais en seront, une fois de plus, les victimes, les nouvelles revendications de Nkunda nous en donnant déjà un aperçu. En effet, après nous avoir bassiné pendant plus de quatre ans et fait de la protection de la « minorité tutsi congolaise » son cheval de bataille number one , Laurent Nkunda vient de changer son ordre de priorités en s’inventant une nouvelle raison pour justifier son combat : Les contrats chinois. Tout comme les européens, Nkunda exige la renégociation de tous les contrats signés par le gouvernement congolais avec des entreprises chinoises. Curieuse coïncidence n’est-il pas ? Cette revendication sur les contrats chinois, loin d’être du populisme dans le chef de Nkunda devrait être considérée comme une indication, une constante de ce que l’Europe veut donner comme orientation à la gestion du Congo. Cette revendication ne constitue, ni plus ni moins qu’une menace supplémentaire hypothéquant davantage notre avenir.


Commentaires
1. Le jeudi 8 septembre 2011 à 07:34, par pasteur Jean Paul BWANA
2. Le jeudi 8 septembre 2011 à 11:24, par KUM
3. Le jeudi 8 septembre 2011 à 12:57, par Gaston Médard
4. Le jeudi 8 septembre 2011 à 18:54, par Maxime
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