Etat Palestinien: Mahmoud Abbas, sacré coup de maître !
Par Freddy Mulongo, dimanche 2 octobre 2011 à 13:04 :: radio :: #1768 :: rss

New York, Mahmoud Abbas, président de l'Autorité Palestinienne remet la demande de l'Etat Indépendant Palestien en mais propres de Ban Ki-moon, secrétaire Général de l'ONU.

Mahmoud Abbas, président de l'Autorité Palestinienne à la tribune des Nations Unies.

La grande salle de l'ONU.
Une surprise partagée par une grande partie de la classe politique israélienne qui ne s'attendait pas non plus à ce qu'"Abou Mazen" (le nom de guerre du président de l'AP durant la période de clandestinité) fasse des étincelles. "Au début de l'année, au centre interdisciplinaire d'Hertzlya (une institution universitaire spécialisée dans les questions de terrorisme et de renseignement), j'ai participé avec des spécialistes à un jeu de rôle évaluant les chances de voir la requête palestininenne aboutir à l'ONU", raconte la députée à la Knesset Einat Wilf (majorité). "Etant donné ce que nous connaisssions du comportement passé de Mahmoud Abbas, la partie s'est achevée par le retrait de la demande. Pour nous, il était clair que les Palestiniens n'oseraient pas aller jusqu'au bout."
A force de voir dans l'ancien haut fonctionnaire qatari un personnage falot ânonnant des allocutions sans relief, les "spécialistes" israéliens avaient oublié que l'homme était également un professionnel de la politique. Un fin connaisseur de la région et de ses dirigeants. Contesté à l'intérieur de l'Autorité Palestinienne, ébranlé par la démission de son protecteur Hosni Moubarak, il devait frapper un grand coup pour éviter d'être balayé lui aussi par le vent de renouveau qui souffle sur le monde arabe. La démarche à l'ONU lancée sans trop y croire s'est donc transformée en un coup de maître !
Etrange destinée que celle de cet homme qui apparaît désormais comme une des figures majeures du monde arabe. Né en à Safed (Galilée) en 1935, le futur président palestinien s'est enfui en Syrie en 1948 (année de la création d'Israël) pour échapper aux féroces combats entre les milices juives et palestiniennes qui se déroulaient alors dans sa ville. Soixante-quatre ans plus tard, la maison de la famille Abbas est toujours debout mais elle a changé de propriétaire puisqu'elle abrite désormais les bureaux de la section locale du Likoud, le parti nationaliste de Benyamin Netanyahou.
En Syrie, Mahmoud Abbas devient instituteur sans enthousiasme. Il entame ensuite une licence en droit à l'Université de Damas avant de poursuivre des études en Egypte et de s'installer au Qatar, où il devient rapidemnet directeur du personnel de l'administration civile.
Impliqué dans les activités des organisations palestiniennes qui pillulaient alors, il croise un jeune nationaliste venu d'Egypte. Un militant désireux de faire parler la poudre contre "l'ennemi sioniste" et qui se présentait comme le petit-neveu du grand mufti de Jérusalem, Hadj Amin el-Husseini. Cet homme, c'est Yasser Arafat, qui l'affiliera au Mouvement national palestinien de libération (Fatah), qu'il venait de cofonder en 1959 au Koweït.
Peu doué pour l'action physique, Abou Mazen se révèle un bon organisateur. C'est à lui que Yasser Arafat confie dès 1961 la gestion des réseaux clandestins du Fatah opérant dans les pays du Golfe. Et cet activisme est remarqué. Au point que l'Union soviétique l'invite à poursuivre son cursus au Centre d'études orientales de l'Université Patrice-Lumumba de Moscou.
Là, chapeauté par le futur chef du KGB Evgueni Primakov, il y présentera en 1984 une thèse de doctorat intitulée "L'envers du décor, les rélations secrètes entre le nazisme et la direction du mouvement sioniste". Un travail à prétention historique dans lequel il minimisait l'importance de l'Holocauste en s'appuyant sur les publications de plusieurs auteurs révisionnistes.
On ne connaît pas grand-chose de la vie privée de Mahmoud Abbas, sauf qu'il a épousé Amina au Qatar et qu'il a eu trois enfants, Mazen, Yasser et Tarek. Mais on en sait encore moins de ses activités clandestines dans le courant des années 1995-1985. Selon des anciens du Mossad, il se serait occupé du financement des activités du Fatah, y compris de Septembre noir, la branche clandestine du mouvement impliquée dans l'attentat des jeux olympiques de Munich, en 1972. Ce qui explique peut-être pourquoi son élimination physique a, dans la foulée de cette opération, été envisagée à plusieurs reprises par les services israéliens.
Il faudra attendre la conclusion des Accords de paix d'Oslo (1993) et la création de l'Autorité Palestinienne (AP) en (1994) pour que Mahmoud Abbas commence à prendre un peu de visibilité politique. Parce qu'il ajoué un rôle central dans les négociations secrètes avec le gouvernement d'Yitzhak Rabin et parce qu'il a, au nom de l'Organisation de libération de la Palestine (une structure regroupant la plupart des mouvements palestiniens), apporté tout son soutien au processus de paix naissant.
En fait, l'heure d'Abou Mazen à vraiment sonné en 2003, au plus fort de la Deuxième Intifada. A l'époque, on le présentait déjà comme le dauphin de Yasser Arafat mais son opposition proclamée à lalutte armée en faisait un "outsider". Simple député de Kalkilya mais disposant de quelques soutiens au sein de l'OLP.
Lorsqu'elle a décidé de couper les ponts avec le "raïs", c'est en tout cas cet homme que l'administration américaine choisit d'imposer à Yasser Arafat comme chef du gouvernement palestien. Une couleuvre que le président de l'AP a été contraint d'avaler mais qui ne l'a pas empêché de manoeuvrer en coulisses pour que son premier ministre ne jouisse d'aucun pouvoir important. Et que le contrôle des services de sécurité lui échappe complèment.
Mahmoud Abbas a mal vécu cette période de tension intense avec Yasser Arafat. Car à l'hostilité rampante du "raïs" s'ajoutaient les menaces de mort émanant des groupes radicaux lui reprochant sa modération. En outre, sa santé n'était pas brillante: il se remettait mal de la disparition de son fils Mazen (42 ans), un homme d'affaires qui avait fait fortune à Doha. Bon nombre de ceux qui le rencontraient alors le disaient "dépressif", voire "prostré". Peu efficace en tout cas.
La démission de Mahmoud Abbas le 4 septembre 2003 n'a pas surpris grand monde puisqu'il en brabdissait régulièrement la menace. Pas plus que la semi-retraite qu'il s'est ensuite imposée jusqu'à la mort du "raïs" le 11 novembre 2004. Considéré malgré tout comme son héritier naturel, donc comme le candidat logique du Fatah pour la présidentielle du 9 janvier 2005, il a été élu sans surprise, avec 62% de suffrage !
Depuis lors, Mahmoud Abbas a fait évoluer l'Autorité Palestinienne. Salam Fayyad, son premier ministre depuis 2007, a remis de l'ordre dans les finances palestiniennes et préparé l'infrastructure du futur Etat indépendant. Grâce au soutien sonnant et trébuchant de la communauté internationale, la Cisjordanie est devenue prospère. Mais pas la bande de Gaza, gouvernée par le Hamas depuis sa victoire aux législatives de 2006, suivies par le putsch de juin 2007."Cette scission est un drame qu'il n'a toujours pas digéré et qui l'obsède", disent les proches du président.
Outre les soubresauts politiques, le mandat de Mahmoud Abbas a été marqué par plusieurs "affaires". Certaines imliquant de hauts fonctionnaires soupçonnés de corruption, voire de harcèlement sexuel, et d'autres les fils du président.
En 2008, alors que les négociations entre Ehoud Olmert et Mahmoud Abbas battaient leur plein et que la paix semblait possible, la télévision de l'Etat Hébreu a égalemnet accusé le président de l'AP d'être intervenu auprès d'Israël afin de favoriser l'attribution du deuxième réseau palestinien de GSM à un opérateur dont ses deux fils auraient été actionnaires. Les frères Abbas ont déposé plante en diffamation au parquet de Jérusalem.
Sacré coup de maître, on retiendra du discours du président Mahmoud Abbas à l'ONU le 23 septembre 2011, cette phrase: "Nous réaffirmons notre engagement pour une solution à deux Etats avec un Etat d'Israël et un Etat indépendant de Palestine vivant côte à côte dans la paix et la sécurité" .


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