Paris: Photoquai, 3è Biennale des images du monde !
Par Freddy Mulongo, samedi 15 octobre 2011 à 18:06 :: radio :: #1776 :: rss
Mwanzo Millinga et les albinos tanzaniens !
Une fille albinos tanzanienne. Photo Réveil-FM, Henri Martin.

Des jeunes albinos tanzaniens. Photo Réveil-FM, Henri Martin.
Freddy Mulongo face à une planche de Mwanzo Millinga sur les albinos. Photo Réveil-FM, Henri Martin.
Né en 1967, Mwanzo Millinga pratique la photographie depuis 1994, et l’enseigne au Flame Tree Media Trust de Dar es Salaam, en Tanzanie. Admirateur de la peinture « tridimensionnelle » de Picasso, il se dit influencé par Sebastião Salgado, dont il apprécie particulièrement le travail sur les mineurs brésiliens, et par Henri Cartier-Bresson, cherchant comme lui « l’instant décisif ». Ainsi, il travaille à la lumière naturelle, pour mieux restituer l’atmosphère des scènes qu’il photographie.
« C’est l’admiration que je leur porte qui m’a conduit à photographier les personnes atteintes d’albinisme, ce défaut héréditaire de pigmentation caractérisé par des cheveux, des yeux et une peau extrêmement pâles. Leur fragilité fait qu’ils meurent généralement autour de 40 ans, principalement de cancers de la peau ou de brûlures causées par le soleil. Ils souffrent également de problèmes comme le nystagmus, une succession de petits mouvements oculaires involontaires et saccadés. En Tanzanie, où une croyance tenace leur attribue des pouvoirs magiques, les albinos sont persécutés. Dans la région des Grands Lacs, frontalière avec le Burundi, des charlatans vendent aux mineurs et aux pêcheurs amulettes et potions confectionnées à partir de morceaux de peau, de cheveux ou d’organes d’albinos, promesses de bon filon et de pêche miraculeuse. Pour se procurer la matière nécessaire à leur épouvantable commerce, les sorciers payent des tueurs qui traquent les albinos à travers tout le pays.
57 personnes atteintes d’albinisme auraient été assassinées ces dernières années en Tanzanie. Vivant dans l’insécurité permanente, les albinos de ce pays n’ont d’autre choix que de rester cloîtrés chez eux, sans pouvoir travailler pour gagner leur vie. Je suis donc allé photographier ceux qui, fuyant leur foyer, ont trouvé refuge au Centre de Kabanga, à Kasulu, dans la province de Kigoma. Je leur ai tendu un cadre, à manipuler à leur guise, comme un symbole de leur vie entre quatre murs. Je suis convaincu que la beauté résulte de deux composantes : intérieure, qui inclut la personnalité, l’intelligence, la grâce, la politesse, le charisme, l’intégrité, l’élégance, et physique, qui englobe la santé, la jeunesse, la symétrie du visage et le teint. Les albinos ne dérogent pas à ces critères et méritent d’être chéris pour ce qu’ils sont : beaux. »
Christian Tundula et son "Kin Kiese", République démocratique du Congo.

Kin Kiese ? Photo Réveil-FM, Henri Martin

Kinshasa la joie ? Photo Réveil-FM, Henri Martin.

Kin Kiese, est-elle ivre ? Du chanvre ou de l'alcool ? Photo Réveil-FM, Henri Martin.

C'est quoi comme danse ? Photo Réveil-FM, Henri Martin.

Kin Kiese ou Kin Kiadi ? Photo Réveil-FM, Henri Martin.
Né en 1978 à Kinshasa, Christian Tundula vit et travaille entre la République démocratique du Congo et Bruges, en Belgique. Il a fait des études de communication visuelle à l’Académie des beaux-arts de Kinshasa et a fréquenté l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg. En 2005, il a effectué une résidence d’artiste à la fondation Blachère (Apt). Il a également participé aux Rencontres de la photographie panafricaine de Johannesburg, en Afrique du Sud.
« Kin Kiese signifie “Kinshasa la joie”. Ce travail, réalisé dans le quartier de Ngwaka où j’ai grandi, fait allusion à la danse et à la musique, indissociables de la vie des Kinois (les habitants de Kinshasa). On dit souvent que la danse permet d’exprimer l’inexprimable, en mettant en mouvement plutôt qu’en mots une expérience vécue. C’est le cas des Fioti Fioti et des Kadogos de Kinshasa, ces danseuses enrôlées très – trop – jeunes par des orchestres de rue, qui dansent le pululu, le kila mogroso et le zembe : leurs mouvements frénétiques et saccadés s’inspirent des combats auxquels se livrent les gangs de certains quartiers de la capitale. »
Chronique expérimentale de la vie d’un quartier, Kin Kiese suit pas à pas une danseuse congolaise dansant jusqu’à la transe. Une série de vidéos reproduit les mêmes scènes, en y ajoutant la musique et les bruits de la ville. Dans un pays où l’instabilité politique a eu pour effet de limiter l’essor de la photographie – la pratique congolaise se cantonnant aux mariages, baptêmes et enterrements –, Christian Tundula s’inscrit délibérément dans une démarche de photographie d’auteur. Mais il n’est pas le seul de sa génération : comme lui, Sammy Baloji, Kiripi Siku Katex, Gulda el Magambo, Simon Tshiamala et Alain Polo ont pris conscience de la portée artistique de la photographie en RDC au cours de ces quinze dernières années.
Julián Lineros, l'entrainement d'une milice en pleine jungle colombienne
Freddy Mulongo devant une planche de Julián Lineros. Photo Réveil-FM, Henri Martin.
Les clichés sont très belles vue de près. Photo Réveil-FM, Henri Martin.

Très belle planche de de Julián Lineros. Photo Réveil-FM, Henri Martin.
Né à Bogota en 1963, Julián Lineros commence à travailler comme photographe à 28 ans. Aucune université ne proposant de cursus spécifique dans les années 90 en Colombie, il opte d’abord pour des études de cinéma. Devenu photojournaliste, il collabore aux magazines colombiens Cambio 16, Semana, Cromos, Caras, Gente, Don Juan et à la presse internationale. Accrédité par l'agence Gamma-Eyedea pour couvrir, en 2008, la libération d'Ingrid Betancourt, il voit ses photos publiées notamment dans Elle et Paris Match. Désormais free-lance, Julián Lineros enseigne aussi à l’université. En 2002, il a remporté le prix Simón Bolívar du journalisme.
La série présentée ici montre l’entraînement, en pleine jungle, des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), une milice d’extrême droite qui recrute des enfants dans le département de Choco, l’un des plus pauvres du pays. L’AUC, qui lutte contre la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), est intimement mêlée aux trafics d’armes et de drogue.
« Ma première commande a été pour un journal du département d’Arauca, à la frontière vénézuélienne. À cette époque, la lutte entre l'État et les guérillas gauchistes des FARC et de l’Armée de Libération Nationale (ELN) était tendue. Difficile de rendre compte de la guerre en Colombie : la géographie sauvage et montagneuse et l'information manipulée par les belligérants de tous bords font que, pour un conflit interne toujours d’actualité depuis quarante ans, les images ne sont guère éloquentes et restent rares.
J’ai un net penchant pour le portrait. Je privilégie la couleur, les objectifs standard 50 et 80 mm, et je porte une attention particulière à la composition. Mais je me suis toujours soucié du sens politique de mes photos. Elles doivent servir à témoigner de la vulnérabilité, en Colombie, de populations parmi lesquelles figurent paysans, ouvriers, policiers, guérilleros, groupes paramilitaires, communautés indigènes et afro-colombienne. Je considère les photos comme de l’information, mais je me plie à la règle, qui prévaut en Colombie, de n’indiquer ni nom, ni lieu, ni date, pour éviter de mettre en danger la vie des gens. J'aimerais aller voir ailleurs, car, après vingt ans de pratique dans mon pays, j’en ai assez de voir l’Histoire se répéter. Les gouvernements changent, pas la situation. C'est comme si la guerre faisait partie du patrimoine national, au même titre que le café et les reines de beauté. »
Chan-Hyo Bae, les orientaux dans les habits de l'époque du roi Henri VIII, Corée du Sud

Une corèenne dans les habits de l'époque de Shakespeare. Photo Réveil-FM, Henri Martin.

Une belle carosse de l'époque. Photo Réveil-FM, Henri Martin

Très belle coréenne, la tenue rappelle sans aucun doute, l'époque de Henri VIII en Angleterre. Photo Réveil-FM, Henri Martin.

Un couple coréen en habits du 16è siècle. Photo Réveil-FM, Henri Martin.
Chan Hyo Bae est né en 1975 à Busan, en Corée du Sud. Après un diplôme de photographie obtenu à l’université Kyung-Sung de Busan en 2003, il quitte la Corée pour l’Angleterre. Diplômé en 2007 de la Slade School of Fine Art de Londres, il part travailler un an à Toronto, au Canada. Depuis, il expose régulièrement aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Asie.
Chan Hyo Bae ne cesse d’interroger la complexité des relations entre l’Orient et l’Occident, exacerbée par l’impérialisme colonial.
« Selon moi, l’orientalisme est né du préjugé culturel des Occidentaux envers l’Asie, considérée comme un territoire conquis, la culture de l’autre est uniquement envisagée d’un point de vue ethnocentriste et nombriliste. Ce sont ces préjugés contre les Orientaux qui m’ont fait découvrir brutalement le chaos et l’aliénation de ma propre identité, un désarroi que j’essaie de montrer dans mon œuvre. Cette réflexion est mon fil rouge, déjà très perceptible dans le choix des tableaux qui ont servi de référence à mon premier travail photographique. Je suis parti de l’observation de portraits qui soulignent la force, la supériorité et l’esprit d’entreprise de l’Angleterre, comme ceux du roi Henry VIII ou de la reine Elizabeth I. Ils mettent en exergue ce qui a contribué à la construction de l’Empire britannique. Ces portraits exécutés à l’huile sont un outil d’affirmation du pouvoir des monarques et sont très différents des portraits asiatiques, réalisés à l’eau, et dont se dégage une plus grande impression de douceur. Pour mes photographies, j’ai donc décidé d’utiliser le même langage que les peintres occidentaux d’autrefois : des couleurs contrastées et une composition affirmée. Mon dernier travail sur les contes de fées décrit encore plus précisément ces sentiments d’aliénation et de préjugés qui sont pour moi au cœur de la culture occidentale. Pour ce faire, j’ai étudié et interprété les contes les plus représentatifs : Cendrillon, Blanche-Neige, Raiponce, La Belle et la Bête. J’y ai retrouvé une organisation sociale à base de classes et, surtout, retenu le message tacite qui affirme que, pour être heureux, les faibles doivent suivre l’ordre instauré par les dominants. Ce qui va dans le sens de l’Histoire, car les Occidentaux conquérants ont toujours renforcé leur pouvoir en instillant leurs idéologies sur les peuples conquis… » ..
Hassan Hajjaj, les cultures urbaines, Maroc

Les femmes voilées avec des lunettes extravagantes. photo Réveil-FM, Henri Martin
Freddy Mulongo devant le portrait de Hassan Hajjaj. Photo Réveil-FM, Henri Martin
Hassan Hajjaj est né en 1961, à Larache, au Nord du Maroc, et vit actuellement entre Londres et Marrakech. Son univers artistique témoigne de sa fascination pour les cultures urbaines, les produits de grande consommation, l’imagerie populaire et le pop art américain. Repéré en 2006 par la critique d’art, Rose Issa, il participe à de nombreuses expositions solo et collectives au Maroc, à Londres (Leighton house museum, 2008), à Bamako (Rencontres photographiques, 2010) et au Moyen-orient. En 2009, il figure parmi les huit finalistes en lice pour le Jameel Prize for Islamic art lancé par le Victoria and Albert Museum à Londres.
L’univers photographique de Hassan Hajjaj puise sa force et sa vitalité dans son histoire personnelle. Enfant des années 60, il grandit au Maroc, avant de découvrir, ébloui, Londres et sa scène artistique. Il va tour à tour y promouvoir des musiciens, produire des vidéoclips, créer une ligne d’accessoires et ouvrir une boutique de prêt-à-porter, RAP, qui devient un des hauts lieux de la mode des années 80. Riche de ces expériences, il crée dans les années 2000 des installations/décors qui témoignent de sa fascination pour le chaos flamboyant et organisé des souks. En détournant la fonction des objets et en amplifiant certains motifs, il crée des univers ludiques et conviviaux qui transcendent les codes et les usages du salon, espace social, par excellence au Maroc, interrogeant ainsi différents aspects de la société marocaine.


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