Nicolas Sarkozy:" La liberté de conscience, don des protestants à la France "
Par Freddy Mulongo, lundi 12 décembre 2011 à 23:32 :: radio :: #1941 :: rss

Le Président Nicolas Sarkozy visite avec Claude Baty, le président de la Fédération protestante de France, le musée du Désert à Mialet. Photo Réveil-FM

Le président Nicolas Sarkozy devant la première chaire protestante. Photo Réveil-FM

Nicolas Sarkozy a estimé que « la liberté de conscience » était un « don des protestants à la France », lors de la visite du Musée du Désert à Mialet dans les Cévennes mardi 4 octobre. Photo Réveil-FM
Cette visite en soi "fait évènement", nous a déclaré Jean-Paul Willaime, spécialiste du protestantisme, présent auprès du président de la Fédération protestante de France, Claude Baty, pour accueillir Nicolas Sarkozy "Les protestants ne peuvent qu'être sensibles à ce geste". D'ici à la présidentielle de 2012, il y a fort à parier que le chef de l'Etat fera d'autres "gestes" envers les diverses communautés religieuses du pays.
Discours de N. Sarkozy à Alès (Gard) par elysee
Louant la résistance pour la liberté de culte des camisards cévenols face aux diktats de Louis XIV, Louis XV, puis Louis XVI, il a rappelé que c'est ici même, à Mialet, qu'un pasteur avait en 1942 appelé à «ne pas plier devant la politique de Vichy et à résister à sa politique antisémite.
En Cévennes, on plie mais on ne rompt pas (…) Résister, ce mot est à lui seul, pour une famille comme un pays, le plus bel héritage.» Mais Sarkozy a aussi renoué, comme à Vézelay, avec le thème de l'histoire de France, thème récurrent du président rassembleur. «Je veux rendre hommage à cette France des morts qui a construit la France dans laquelle nous vivons» s'est-il exclamé. Il a ensuite repris à son compte l'article 10 de la déclaration des Droits de l'homme de 1789 instaurant que «nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses.» À l'origine, il était l'œuvre de Rabaut Saint-Etienne. Un pasteur cévenol protestant. Mardi 4 octobre matin, soleil sublime au-dessus des chênes. Au mas Soubeyran, le calme règne : les pandores ont éloigné les manifestants. Les personnalités de la vie protestante arpentent les allées, sourire aux lèvres et patience assumée. Les journalistes, au contraire, n’en finissent pas de regretter d’avoir à porter un costume, une caméra, des micros. Le grillon des officiers de sécurité vole d’une oreillette à l’autre. Soudain, deux gros hélicoptères, incongrus comme des bourdons de métal, brisent l’azur et se posent à quelques mètres de là. Surgit enfin le cortège.
Le président de la République, accompagné de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, et de Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Écologie, visite le musée du Désert. Aussitôt Nicolas Sarkozy dit sa gratitude aux protestants qui, selon lui, ont fait don à la France de la liberté de conscience. Quand on lui demande quelle est la raison majeure de son voyage, il répond du tac au tac : « Pour résister, je suis venu ici pour résister. » L’aveu que les tensions de la vie politique ne le quittent jamais.
Sur le sentier qui conduit à la pierre où l’on installe chaque année la chaire démontable, Frédéric Mitterrand murmure qu’il vient ici pour la première fois : « Ce lieu m’impressionne beaucoup. Je m’intéresse beaucoup au protestantisme, aux mennonites en particulier. Il me semble ressentir la même impression que dans les monastères, territoires isolés, beaux et austères. »
Le président de la République touche la pierre – en signe de superstition ? Puis il contemple la vallée, se réjouissant qu’à chaque pas se devine la part de l’homme. Pendant ce temps, Nathalie Kosciusko-Morizet, très imprégnée de culture catholique, admet son goût pour les rituels : « Les espaces dépouillés me déconcertent un peu ; mais ce lieu permet de mesurer à la fois l’ampleur de la répression dont ont été victimes les protestants à une époque et l’espèce de puissance d’âme qu’ils ont déployée à travers les siècle pour surmonter la clandestinité à laquelle ils étaient contraints. J’aime cette idée que chacune des religions apporte, en plus de sa propre spiritualité, quelque chose à la collectivité. Si, comme l’a dit le chef de l’État, les protestants nous ont offert la liberté de conscience, alors, grâce leur en soi rendue. »
Bien vite, il faut rejoindre Alès, où Nicolas Sarkozy doit prononcer un discours. Au long de la route, quelques quidams applaudissent tandis que d’autres, avec précaution, lancent des invectives. Devant un bon millier de militants réunis dans le grand théâtre de la ville, Nicolas Sarkozy célèbre l’inscription des Causses et des Cévennes au patrimoine mondial de l’Unesco. Après avoir confirmé qu’il n’y aurait pas d’exploitation de gaz de schiste par fracturation hydraulique dans cette partie du pays, le président parle d’histoire, ignorant presque les considérations pastorales qui ont justifié la décision de l’organisation internationale, comme s’il voulait rééquilibrer ce que beaucoup ont pris pour un oubli regrettable. Ce sont les grandes heures des protestants français qui sont convoqués : le courage devant les dragonnades et le déchirement des conversions forcées, la Seconde Guerre mondiale et l’action des Justes en faveur des enfants juifs.
« Au mas Soubeyran, j’ai été profondément ému devant ces bibles de chignon que cachaient les femmes, par ces bougeoirs qui pouvaient se transformer en calice, déclare le chef de l’État.
J’aimerais tellement que les Français sachent que l’Histoire n’est pas nostalgie, que nous sommes les héritiers du travail et de la sueur de nos anciens, que nous devons les célébrer, que les oublier serait blasphémer. » Sitôt son discours achevé, saluant les militants, Nicolas Sarkozy disparaît dans un ballet de berlines.
Que retenir d’une telle escapade ? Les représentants du protestantisme ont été sensibles à cette reconnaissance, notamment après l’hommage rendu aux catholiques, au Puy-en-Velay. « Le président de la République et le gouvernement en général ont raté des rendez-vous avec le protestantisme, analyse Claude Baty, président de la Fédération protestante de France. Au moment de “Protestants en fête” ou de l’anniversaire de Calvin, cela m’a semblé tout à fait évident. Nicolas Sarkozy et ses proches collaborateurs s’en sont rendu compte et ils ont certainement voulu se rattraper. Que le chef de l’État, d’une manière que l’on peut juger démonstrative, ait rappelé ce que nous connaissons bien mais que le grand public ignore, je crois que c’est utile. »
Un point de vue partagé par Jean-Paul Willaime, sociologue des religions, pour qui cet hommage tempère le choix de l’Unesco de couronner l’agropastoralisme et souligne le fait qu’une terre peut se considérer sous un angle non matériel, spirituelle, bref, se présenter comme un patrimoine symbolique.
De son côté, Laurent Schlumberger, président de l’Église réformée de France, observe que Nicolas Sarkozy a su agglomérer plusieurs références typiquement présidentielles : prendre de la hauteur, considérer l’histoire de la longue durée, se référer aux ancêtres. Mais il redoute que cette approche ne conforte les protestants dans une conception passéiste de leur culture. « C’est bien beau d’avoir des aïeux camisards morts pour leur foi, de se situer soi-même dans une chaîne de transmission, mais que faisons-nous aujourd’hui de ce modèle ? Je crains que par paresse beaucoup de protestants en restent à une foi par procuration. »
Dans un même élan, Laurent Schlumberger s’inquiète de l’insistance présidentielle à réduire la liberté de conscience à la liberté religieuse : « Celle-ci n’est qu’une fraction de celle-là. Si le président de la République s’était abstenu de sanctuariser un aspect de la liberté de conscience, il aurait été plus crédible et plus laïc. »
À la fin de la visite, un brin songeur, un pasteur s’est inquiété de ce que les catholiques d’Alès avaient pu ressentir. Penser aux autres, un réflexe protestant.
Les Cévennes et les Causses sont à l’honneur puisqu’elles viennent d’être inscrites (depuis juin dernier) au patrimoine de l’Unesco ; avec elles, la survie du protestantisme français après les Dragonnades dirigées par Louvois (à partir de 1680) et la révocation de l’Edit de Nantes en 1685 par Louis XIV.


Commentaires
1. Le mardi 13 décembre 2011 à 11:33, par LIBERTE DE CONSCIENCE - ELECTIONS RDCONGO Ngoy Mulunda démasqué
2. Le mardi 13 décembre 2011 à 12:14, par MERCI a la tv suisse
3. Le mardi 13 décembre 2011 à 12:26, par Mosengwo 1000 fois que kabila
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