Lettre ouverte aux délégations participant à la Conférence de Londres sur la Somalie, le 23 février 2012
Par Freddy Mulongo, mercredi 22 février 2012 à 23:53 :: radio :: #2241 :: rss


Lettre ouverte aux délégations participant à la Conférence de Londres sur la Somalie, le 23 février 2012.
Paris, le 21 février 2012.
Objet : Appel à la création d’une commission d’enquête internationale indépendante chargée d’étudier les meurtres de journalistes, et à la mise en place de mécanismes de prévention contre les violences perpétrées à leur encontre
Chers participants,
Reporters sans frontières, organisation internationale de défense de la liberté de l’information, souhaite tout d’abord saluer l’initiative de cette conférence et ses objectifs. Nous nous réjouissons de voir que la communauté internationale essaie d’apporter des réponses à la crise que connaît le pays depuis de nombreuses années et prend ses responsabilités à l’égard de la Somalie, alors que le gouvernement fédéral de transition prendra fin en août 2012.
Notre organisation suit depuis plusieurs années les dangers auxquels font face les journalistes et n’a pu que constater l’impossibilité, pour l’heure, d’établir une liberté de l’information viable.
Reporters sans frontières profite de cette conférence pour vous alerter sur deux points essentiels à l’amélioration de la situation somalienne : lutter contre l’impunité totale qui persiste sur le territoire concernant les violences et assassinats perpétrés contre les journalistes ; mettre en place les mécanismes et institutions nécessaires pour protéger l’intégrité physique des professionnels de l’information, ainsi que leur sécurité personnelle et leurs droits fondamentaux.
La Somalie est depuis plusieurs années le pays le plus meurtrier d’Afrique pour les journalistes. Reporters sans frontières et son association partenaire, la National Union of Somali Journalists (NUSOJ), ont recensé 4 journalistes tués en 2011, 3 en 2010 et 9 en 2009.
L’année 2012 a également commencé sous de tristes auspices puisque le 28 janvier, Hassan Osman Abdi, directeur du Shabelle Media Network, a été assassiné devant son domicile par cinq hommes armés non identifiés. Après Bashir Nur Gedi en 2007 et Mukhtar Mohamed Hirabe en 2009, ce journaliste est le troisième directeur du Shabelle Media Network à avoir été tué à cause du poste qu’il occupait.
L’assassinat d’un journaliste n’est pas un simple crime parmi d’autres violences liées au contexte régional, il ne constitue pas un aléa du conflit mais bien un acte ciblé à forte teneur politique dont les auteurs doivent être jugés sous peine de voir toute la population privée d’information. Or, aucune enquête sur les assassinats perpétrés ces dernières années n’a abouti à l’inculpation et l’incarcération de leurs auteurs, témoignant d’un appareil pénal incapable de rendre justice aux victimes et à leurs familles.
Si la difficulté est grande de retrouver les auteurs de tous ces crimes, une commission d’enquête internationale indépendante serait seule capable dans le contexte politique actuel de mener les enquêtes nécessaires. Une telle commission, dont le projet est soutenu par de nombreuses personnalités politiques et organisations, jouirait de toute l’indépendance indispensable à la manifestation de la vérité sur les violences subies par la presse. C’est dans cette optique que nous nous tournons vers vous afin de vous demander d’étudier la question des violences contre les journalistes et la possibilité de créer une telle commission.
Alors que les discussions sur la succession du gouvernement fédéral de transition en août 2012 prennent un nouveau tournant, nous vous invitons également à étudier la possibilité de mettre en place, dès la création du nouveau système politique, des institutions capables d’assurer une sécurité et une protection optimales des journalistes exerçant sur le territoire somalien.
Depuis le début de l’année nous avons pu constater 27 arrestations de journalistes dont 2 sont toujours en détention à Hargeysa, 9 ont été menacés, et un média a été censuré. Les journalistes risquent au quotidien les conséquences des applications détournées de lois pénales et antiterroristes. En 2011 déjà, la NUSOJ avait recensé, dans son rapport annuel 7 journalistes blessés, 19 arrestations arbitraires, 7 medias attaqués et au moins 5 journaux poursuivis pour des cas de "diffamation".
Nous sommes conscients de l’agenda politique déjà chargé de cette conférence, mais il est de notre devoir de rappeler l’espoir véhiculé par ces discussions auprès de la population et des journalistes somaliens. Il en va de la responsabilité de chacun des acteurs présents à cette rencontre d’apporter des solutions concrètes aux victimes de ces violences quotidiennes.
Nous restons à votre entière disposition si vous souhaitez obtenir davantage de détails sur la situation de chacun des journalistes et des médias inquiétés dans le pays.
Olivier Basille
Secrétaire général de Reporters sans frontières


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