Pas facile de s'appeler "Journaliste en Danger" (JED), d'exister depuis 12 ans, de se définir comme une organistaion indépendante et non partisane de défense de la liberté de la presse en République Démocratique du Congo et de faire partie du réseau d'alertes de l'Organisation des médias d'Afrique centrale (OMAC). L'expertise du travil de JED est connu hors de nos frontières, il a reçu le 15e Prix Reporters sans frontières-Fondation de France en mai 2006.

Donat Mbaya, Président de JED
Donat Mbaya, Tshivis Tshivuadi et toute l'équipe de JED abattent un travail louable dans un pays comme la République Démocratique du Congo où le pluralisme médiatique est frelaté voire altéré.
Contraiment à Silvio Berlusconi qui a acquis des médias avant d'arriver à la politique, en République Démocratique du Congo, ce sont les Sénateurs, Députés, ministres et Apparatchiks du pouvoir qui créent leurs journaux, les radios et télévisions. Caporalisés, les médias congolais sont tenus en grappe par les politiciens.
Sans gêne malgré une conscience lourde et pesante, certains Sénateurs, députés signent allégrement les éditoriaux de leurs propres journaux.
On avait espéré que la Haute Autorité des Médias (HAM), institution citoyenne d'appui à la démocratie issue du dialogue intercongolais de Sun-City, dans son rôle de régulation serait indépendante, impartiale et neutre.
Grave erreur, Modeste Mutinga s'est octroyé Radio 7 et Télé 7, tout en continuant à présider l'instance de régulation. Pire, les prédateurs de la liberté de presse de la HAM ont été récompensés: comme parachute doré, Modeste Mutinga jouit de l'immunité, il est Rapporteur au Sénat pour le compte de l'Alliance de la majorité Présidentielle (AMP), parti-Etat. Esdras Kambalé, Ier Vice-président de la HAM vient d'être maintenu comme Ministre de la culture et des Arts dans le gouvernement Muzito II. Manque de bol, Dominique Sakombi Inongo, IIè Vice-président de la HAM, l'ex-Goebbels de Mobutu, devenu depuis Frère Jacob Dominique Sakombi a été contraint, en mai 2008, de poser l'acte de Zachée en restituant 47 000 dollars américains, salaires de membres du Centre de monitoring des médias congolais (CMMC) avant d'être viré.
Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel et de communication (CSAC) risque si l'on en prend garde d'être le clone de l'agonisante HAM qui refuse toujours de mourrir.
Si la Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC) n'était pas transformée en la voix de son maître et l'AMP, parti-Etat, les autorités congolaises n'auraient pas si peur de la RFI et la contraindre au silence dns toute la République Démocratique du Congo.
RFI pose problème aux autorités congolaises.
Quotidiennement, à chaque heure, les Congolais ont droit à des publicités de boissons alcooliques qui durent 8 à 11 minutes, qui abrutissent les esprits mais ils n'ont pas droit à d'autres sons de cloche.
Donat Mbaya, président de JED a répondu à nos questions, comme à l'accoutumée, Réveil-FM n'a pas saucissonneé ses réponses. Nous publions aussi la réponse de JED à Monsieur Konde Nzuka.
1. Réveil-FM: Qu’est-ce que les autorités congolaises reprochent exactement à RFI ? Pourquoi RFI a été fermé à Kinshasa et Bukavu pas à Kisangani, Matadi ou Lubumbashi ?
Donat Mbaya: D'abord une correction. RFI est interdite sur l'ensemble du territoire congolais depuis mai et juin pour l'est de la République Démocratique du Congo et le 24 juillet 2009 sur le reste du territoire.
Selon le ministre de la communication et des médias et porte-parole du gouvernement M. Lambert Mende,
cette décision était justifiée pour « des raisons de sécurité nationales ».
« Nous reprochons essentiellement à RFI des tentatives de provoquer des mutineries au sein des FARDC (Forces armées de la RD Congo) dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu et dans la province orientale. Aussi de créer des conflits interethniques là où nous sommes laborieusement entrain de pacifier le pays », avait-il déclaré en substance.
Dans une autre conférence de presse tenue le 28 juillet 2009 au Grand Hôtel de Kinshasa, le ministre de la communication et des médias avait accusé RFI, citant particulièrement la journaliste Ghislaine Dupont, de « participer à une campagne de démoralisation des FARDC » avant d’ajouter que « la République Démocratique du Congo n’a pas de problème avec la France. Nous n’avons pas de problème avec RFI mais avec une employée de RFI ».

Kinshasa, Marche des professionnels des médias contre l' assassinat des journalistes
2. Réveil-FM: Pourquoi cette campagne « libérez l’info, ouvrez RFI » débute seulement maintenant ? La liberté d’expression ne mérite-telle pas d’être défendue dès l’instant qu’elle est menacée, pourquoi avoir pris du temps avant de vous lancer dans cette campagne ?
Donat Mbaya:
Le travail de JED pour défendre RFI n' a pas commencé aujourd'hui avec la campagne de cette pétition. Nous l'avons commencé dès l'instant où ce média a été intérrompu. Il se fait qu'aujourd'hui, cela fait 9 mois pour l'est de la République Démocratique du Congo et 10 mois pour les autres parties du pays.
JED a estimé que neuf mois c'est trop et cette affaire est entrain d'être entouré d'un silence bizarre alors qu'il s'agit du droit du public à l'information.
C'est pourquoi nous avons revisité notre constitution qui, à son article 27, autorise tout citoyen, individuellement ou collectivement à adresser une pétition aux autorités publiques.
Nous avons saisi cette opportunité pour lancer la pétition dénommée "Libérez l'info, ouvrez RFI". La pétition n'est qu'une suite de tout ce qui a été fait, sur le plan public ou privé, pour que RFI soit de nouveau captée en Fréquence Modulée (FM).
Des sources fiables nous avaient même dit qu'au 31 décembre ce sera chose faite. Malheureusement, rien n'a été fait. Et le public qui n'a pas accès aux bouquets satellitaire ou à Internet est de plus en plus impatient. Il nous le dit tous les jours qui passent.
3. Réveil-FM: Au-delà de RFI, est-ce que ce n’est pas l’essence même de l’information alternative, différente non partisane qui est mise ne cause par la fermeture de la radio mondiale ?
Donat Mbaya: J'ai lu sur le site de Réveil-FM, la réaction d'un compatriote basé certainement en Europe qui se scandalise faussement que JED défende RFI.
Le problème n'est ni RFI, ni Ghislaine Dupond comme il veut le réduire. Il s' agit du débat même sur le droit d'informer et d'être informer.
Ca aurait pu être un média congolais ou chinois, JED aurait réagit de la même manière.
Dans une démocratie toutes les voix ont le droit de s'exprimer, même minoritaire. Le pluralisme ce n'est pas la multiplicité des médias disant quasi la même chose.
C'est justement ces voix discordantes qui peuvent nous heurter mais qui contibuent à la richesse du débat démocratique.
Tous les sondages menés en République Démocratique du Congo ont démontré que RFI était l'une des radios préférées des congolais. Alors, personne n'a le droit, pour son confort personnel ou pour des questions d'humeur décider à la place du public qui est souverain.
Par le passé, JED s'est mobilisée pour la réouverture de Radio Maendeleo à Bukavu. Nous avons même été en tête d'une marche en Afrique du Sud devant l'hôtel des responsables du RCD pour manifester; il y a eu Global TV, CCTV et CKTV et bien d'autres cas pour lesquels JED s'est mobilisée avec la même vigueur ces 12 dernières années.
Dans une démocratie, on interdit pas un média sauf pour des incitations à la haine ethnique, à la violence ou au crime.
Les questions de sécurité qui sont légitimes pour l'existence même d'un Etat ne sauraient se confondre avec des infos qui dérangent qu'on veut cacher au public.
4. Réveil-FM: D’après certaines sources, les autorités congolaises réclament pour la réouverture de RFI au Congo : le départ de Ghislaine Dupont de RFI, que la radio mondiale encense les autorités etc…Etes-vous au courant des clauses qui sont imposées pour son fonctionnement en République Démocratique du Congo ? RFI doit-elle se conformer à ces clauses ?
Donat Mbaya: De part les récriminations du gouvernement, il apparait clairement que la pomme de discorde est Ghislaine Dupond. M. Mende l'a dit au mois de juillet 2009. Vous êtes en occident, vous savez mieux que moi qu'on ne badine pas avec l'indépendance du journaliste. Les syndicats des journalistes ne cèdent pas à ce genre de chantage qui risquent de créer des précedents facheux.
Nous savons que Kinshasa a fait des démarches dans ce sens auprès du Quai d'Orsay sans succès car ce serait un scandale pour l'homme politique français qui oserait. Si les Etats doivent se prononcer avant accréditation des journalistes, l'indépendance des médias et la liberté disparaissent. Les journalistes ne sont pas des ambassadeurs ou des plenipotentiaires.
Par contre, nous savons également qu'il est question que RFI ouvre un bureau à Kinshasa pour dégéler la situation. A part ça, on n'en sait pas plus.
5. Réveil-FM: Pourquoi JED ne s’appuie pas à tous les médias (presse écrite, audiovisuels) existant au Congo pour la campagne « Libérez l’info, ouvrez RFI » en faisant prendre conscience à tous qu’à chaque fois qu’un média est fermé on prive l’info aux lecteurs, auditeurs et téléspectateurs et qu’à la place de RFI on peut y mettre le nom de n’importe quel média …
Donat Mbaya: La campagne a été lancée et est soutenue par les médias congolais à l'execption d'un ou deux journaux qui n'ont jamais vu du bien nulle part que chez eux. C'est leur liberté.
Quand quelqu'un ment, c'est à la limite comprehensible mais quand il croit en son propre mensonge, il devient dangereux pour lui-même et pour tous. Ce sont les mêmes qui ne voulaient jamais du Rwanda mais qui ont applaudi lorsque Kabila a compris qu'on ne peut pas faire la paix à l'est sans le Rwanda. Le jour où Kabila ouvrira RFI, ils changeront de discours pour applaudir plus fort que tout le monde. Le chien aboie mais la caravane passe, dit-on.
6. Réveil-FM: La majorité des médias au Congo appartiennent aux apparatchiks du pouvoir, le pluralisme médiatique est-il vraiment garanti ?
Donat Mbaya: En démocratie, tout le monde a le droit d'investir dans le secteur des médias. C'est la liberté d'entreprise. Mais là où le bas blesse c'est quand les hommes politiques contrôlent l'information et considèrent que leurs entreprises sont là pour les accompagner dans leurs démarches politiques.
Il ya comme une tricherie quelque part car ils sont à la fois juge et partie. Là, le pluralisme est un peu biaisé.
Mais qu'il y ait des médias de gauche, de droite ou du centre, c'est une bonne chose pour le débat démocratique à condition que le jeu soit loyal, que les faits soient sacrés et le commentaire libre.
Mais quand on déforme les faits, on cesse d'être journaliste. Pour créer un média, il faut de l'argent. Or, les fortunes congolaises sont à ce jour, dans leur majorité, d'origine politique. En plus, les relations entre le monde des affaires et la politique ne se cachent pas en République Démocratique du Congo.
7. Réveil-FM: Quel est l’état de la liberté d’expression en République Démocratique du Congo ? Quels les enjeux actuels pour cette même liberté d’expression au Congo ?
Donat Mbaya: La liberté d'expression reste une quête assez difficile. Il y a encore des gens qui vont en prison pour leurs opinions.
Sur le plan stricte de la liberté de la presse, les attaques brutales ont diminué en 2009 par rapport à l'année 2008.
Mais la qualité du contenu des médias posent encore des problèmes sérieux.
JED y a trouvé deux raisons majeures: la peur et l'instinct de survie. Il y a plus de communication que d'information.
La publicité clandestine a de beaux jours dans notre presse. Les questions d'intérêts général ne trouve pas beaucoup d'espace de manière générale.
Le plus grand défi des médias c'est l'argent à même de leur permettre de gagner en indépendance. Comment gagner de l'argent en restant professionnel, comment permettre aux vraies entreprises de presse de bien payer les journalistes car le premier garant de l'indépendance du journaliste, c'est son employeur.
8. Réveil-FM: A quand la mise en place du Conseil supérieur de l’audiovisuel et communication (Csac) ? Avez-vous les garanties qu’il ne sera pas le clone de la Haute Autorité des Médias (HAM) ?
Donat Mbaya: La loi sur le CSAC a été promulguée le 31 décembre 2009 et lue entierement à la RTNC le 2 janvier 2010. Ensuite, nous avons appris que cette loi a été renvoyée à la Cours suprême de justice qui l'a, à son tour, renvoyée à l'Assemblée Nationale parce qu'un article viole l'article 12 de la constitution. En clair, le président a promulgué la loi sans l'arrêt de constitutionnalité de la Cour Suprême de Justice.
Les institutions sont ce que valent leurs animateurs. Ma peur c'est que le CSAC soit pire que la HAM si on ne met pas un point d'honneur sur les hommes appelés à l'animer.
La HAM a eu ses faiblesses que JED avait dénoncées en son temps. Mais elle a aussi fait du beau travail surtout lorsque certains médias ont commencé à faire des répétitions générales des scènes de violence. C'était un mal nécessaire à mon point de vue.
9. Réveil-FM: Le fait que la majorité les journalistes congolais soit des attachés de presse des ministres, gouverneurs cela ne pose-t-il problème à la profession ?
Donat Mbaya: C'est un débat que les journalistes ou la société congolaise refuse encore de faire. Pourtant, cette situation pollue la profession.
Les mêmes sont la journée dans les cabinets ou officines politiques et le soir ils sont à la rédaction ou présentent les news. Quelqu'un est dupé, c'est le public.
Tout le monde reconnait la nuisance de ces pratiques mais personnes ne veut en parler publiquement et trouver des solutions. Il y a un vrai problème de crédibilité qui se pose.
10. Réveil-FM: JED fait un travail formidable dans lutte pour la liberté d’expression au Congo, avez-vous le sentiment d’être d’incompris par la contre campagne de Konde Nzuka ?
Donat Mbaya: M. Konde Nzuka, que je ne connais pas, est libre de penser ce qu'il veut au nom des intérêts qui sont les siens et qui ne sont pas ceux des congolais que moi je rencontre dans les rues du pays tous les jours. Sa campagne, si campagne il y a, ne m'effraie pas du tout et personne ne peut admettre aujourd'hui qu'en démocratie il appartient à un gouvernement de choisir le média qui est bon pour le peuple. La période de l'orientation nationale est révolue. Il ne va pas nous remettre ça. La pensée unique, c'est fini et constitue même un crime selon la constitution de la RDC. Il est facile d'être en occident, de manger le pain des autres, de jouir de la stabilité politique et économique des autres alors que son propre peuple au pays peine à manger, à soigner ses enfants comme des être chers... bref à vivre.
Cher Monsieur Konde Nzuka
Bien chers tous,
Au nom de Journaliste en danger (JED), je tiens à vous remercier pour votre réaction à la pétition lancée par JED pour la réouverture du signal FM de RFI en république démocratique du Congo. Cette réaction, vous l'avez mise en copie à plusieurs personnes auxquelles je fais la politesse de mettre en copie de notre réponse.
Votre réaction qui exprime votre opinion sur la liberté d'expression de laquelle découle celle de la presse n'aurait appelé de notre part aucune réaction s'il n' y vait pas tant d'amalgames, de confusion de genre et de rôle, de jugements de valeurs sans fondement et gratuits ainsi que des contre-vérités scandaleuses.
Par ailleurs, votre réaction a un grand mérite pour nous: celui de lancer un débat sur la liberté de la presse dans notre pays. Et, notre souhait le plus ardent est que toutes les personnes qui nous lisent en copie puissent y prendre part. Il y va de l'intérêt, j'imagine bien, de notre démocratie en construction.
Votre réaction appelle de notre part les commentaires et observations suivantes:
1. JED ne soutient pas une pétition. Elle en est l'initiateur conformément à l'article 27 de la constitution de la RDC qui reconnaît à chaque citoyen, individuellement ou collectivement, le droit de soumettre à l'autorité publique une pétition. Et le même article dit que l'autorité doit y répondre dans les trois mois. Donc, la démarche de JED est tout à fait légale;
2. "Libérez l'info, ouvrez RFI" est un slogan que JED a choisi en toute liberté et responsabilité pour guider sa démarche. L'interruption du signal FM de RFI depuis 9 mois pour les provinces de l'est de la RDC et 7 mois pour le reste du pays a privé le grand public d'une source d'information et de culture parmi tant d'autres captées dans notre pays. Que vous estimiez que RFI "a démontré sa partialité dans le traitement et la divulgation des informations en provenance de mon cher pays en lieu et place du leitmotiv sécuritaire" est votre droit le plus légitime. Mais de là, à estimer que cette radio doit être réduite à jamais au silence, vous avez franchit un pas que ne vous autorise aucune démocratie. Pas même en Amérique où un média comme Al Jazeera a un correspondant permanent.
3. Par conséquent, que JED reclame que RFI puisse être captée à nouveau en FM en RDC ne devait pas donner froid au dos à tout démocrate. C'est le silence de JED face à une violation du droit du public à l'information garantit par l'article 24 de la constitution de la RDC qui aurait inquiété plus d'un. Le problème n'est pas parce qu'il s'agit de RFI. c'est fausser le débat volontairement. JED s'est toujours levée et battue chaque fois que des médias ou journalistes ont été réduits au silence. Ce fut le cas pour Radio Maendeleo à Bukavu, Global TV, CCTV, CKTV, Raga? Molière TV et bien d'autres dans la capitale congolaise depuis 12 ans. Comme dit notre devise chaque média reduit au silence est un coup contre la démocratie.
4. JED est abasourdie de lire que vous reduisez RFI et le droit du public congolais à suivre tous les médias possible à la personne d'une employée de RFI qu'est Ghislaine Dupond qui peut disparaître sans que cela n'enlève rien à RFI. Nous savons que cette journaliste est la bête noire de tous ceux qui, comme vous, estime que le Congo a des choses à cacher particulièrement sur l'imbroglio de l'est de la RDC. Mais vous ignorez que les journalistes ne sont pas des plénipotentiaires de leurs pays. Ils ne sont que journalistes et répondent de leur rédaction qui les mandate pour couvrir tel ou tel évènement ou aire géographique. Si on devait demander à chaque Etat son avis sur la tête du journaliste à accréditer, alors adieu la liberté de la presse.
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