Réveil FM, la première radio libre et citoyenne de Kinshasa en République démocratique du Congo !

RDC: Le " NON " n'est-il pas salutaire ?

Jésus et Hitler ont dit " Non ". Le premier à  la haine et le second à  l'amour. Seul le diable songerait à  le faire courir dans la même catégorie. Il ya des " non " qui ne sont que des postures, des conforts ou des là¢chetés. Il suffit de se mettre à  l'écoute du discours dominant pour s'en convaincre: les lynchages à  répétition, les bouffées de nihilisme de la bourgeoisie compradore, les défis lancés à  des adversaires virtuels ou fantasmés, les assauts donnés à  des ennemis déjà  à  terre, les hallalis et les aboiements, autant d'alibis gesticulatoires destinés à  justifier l'acceptation de tout, y compris du pire. Sommes nous en tant que Congolais contraint d'accepter l'inacceptable sans aucune appréciation et récul de notre part. Inspirons -nous de ce qui se passe ailleurs, puisons nos forces dans notre histoire, prenons l'exemple de ceux qui à  un moment ou à  un autre de leur vie ont dit " Non " tout en connaissant au préalable ce que ce Non leur coà»terait.

Avec Véronique, journaliste-photographe dans une péniche sur la Seine

Un " Non " qui n'induit pas ou qui ne sous-tend pas un " Oui " n'a aucun intérêt. C'est un " Non " inconsistant parce qu'irresponsable, médiocre parce que sans danger ! La force et la richesse d'un " Non " dépend à  la fois de la nature du " Oui " qu'il implique et du risque que l'on prend en le proférant.

. Le " Non " du général de Gaulle fut un " Oui " à  la France. L'appel du général de Gaulle du 18 juin 1940 à  la radio londres de la BBC est historique. Depuis sa retraite en Angleterre, De Gaulle avait appellé les français à  la résistance contre l'occupation allemande.

. Le " Non " de Zola fut un " Oui " à  la démocratie. Le Non d'Emile Zola est cathartique- il crie dans son article "J'accuse " que le capitaine Dreyfus n'est pas coupable. Zola assène qu'il ya eu forfaiture de la part des hauts placés de l'armée. Zola dit non à  la nomenklatura sacralisée. Par son non Zola sauve la crédibilité de l'Etat, l'image de la patrie, l'à¢me de la République et peut être aussi l'honneur de l'armée.

. Le " Non " de Mirabeau à  Dreux-Brézé fut un " Oui " au droit du peuple. Le 23 juin 1789, alors que Louis XVI décide de disperser l'Assemblée. Devant le refus des députés du tiers et de quelques députés. Dreux-Brézé vient rappeler l'ordre du Roi à  Bailly, le doyen du tiers. C'est alors que Mirabeau s'avança et dit " Allez dire à  votre Maître que nous sommes ici par la volonté du peuple, et que nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes".

Il y a aussi le " Non " de ceux qui se mettent en travers d'une oppression, d'une répression ou d'une regression. Ces "Non" emblématiques comme de Galiléé: tout le monde voit bien que le soleil se lève à  l'est pour se coucher à  l'ouest, tourne autour d'une terre qui ne bouge pas, sans quoi nous nous retrouverons la tçete en bas. Qu'un kilo de plomb tombe plus vite qu'un kilo de plume, que l'immobilité est l'état naturel des choses et que seul un choc peut mettre en mouvement, avant que tout naturellement, elles s'immobilisent de nouveau. que les choses tombent parce qu'ils ont tendance à  se diriger du haut vers le bas.

Michel Servet, théologien et médecin, fut brulé vif pour ses idées non conformistes à  l'égard de l'Eglise le 27 octobre 1553 à  Champel banlieu de Genève. Sa théologie antitrinitaire fut comparée à  l'adoptianisme, au sabellianisme ou encore au modalisme qui étaient des anciennes hérésies du christianisme. Michel Servet fut victime d'un crime de la Réforme.

Plus proche de nous, la publication des "versets sataniques" de Salman Rushdie en septembre 1988 a déclenché immédiatement une vive réaction dans le monde islamique en raison de sa description jugée irrévérencieuse du prophète Mahomet. Le 14 janvier 1989, le roman a été l'objet d'un autodafé à  Bradford au Royaume Uni. Et le le 14 février 1989, une fatwa reclamant l'exécution de Rushdie a été proclamé par l'Ayatollah Khomeini sur la Radio téhéran.

Les " Non " emblématiques eurent au moins en commun de leur valoir le martyr ou la proscription dès lors que se dechainerent contre eux les foudres conjuguées de l'inquisition et de la raison d'Etat. IL faut dire non à  l'absolutisme clérical, à  la didacture militariste, à  la tyranie féodale, au fanatisme intégriste, à  l'oppression oligarchique.

Le débauchage voire le vagabondage sans complexe des acteurs politiques congolais est inquiétant. Certains sont passé sans gène du kasa-vubuisme, Lumumbisme, mulelïsme, tshombisme au mobutisme, d'autres du tshisékedisme, kibassisme au mbembisme, kabilisme sans regret. Ils ont pris l'habitude de mobiliser le négationisme formel dont ils sont issu au profit de la dynamique qu'ils ont ralliée. Combien des politiciens congolais ont deserté tous les combats positifs, renoncés à  tous les projets. Ils ont abandonné toutes leurs anciennes espérances, trahi tous leurs anciens engagements, et n'envisagent plus de pouvoir transformer, construire ou même concevoir un autre monde que celui -de la didacture- qu'ils ont intériorisé les règles en les décretant indépassables. Combien d'acteurs politiques congolais aujourd'hui s'accrochent à  des " Non" sans risque ni perspective qui nécessitent simplement que l'on gonfle ce que l'on refuse encore ou ce ce que l'on feint de refuser, pour ne point s'avouer à  soi-même qu'en réalité on ne refuse presque plus rien. Ainsi souffle-t-on sur les braises de la démocratie pour mieux s'ancrer à  une vision anti-démocratique de convenance.

Pour nous remonter le moral, nous avons choisi trois personnalités congolaises sans aucun parti pris ni étroitesse d'esprit, car nous estimons à  un moment ou un autre de l'histoire de notre pays ces personnalités ont été à  la hauteur de ce qu'on pouvait attendre d'eux. Conducteurs de masse, ils ont su canaliser les aspirations de notre peuple. Leur courage face aux dérapages d'un pouvoir colonial, autocratique et didactorial, leur vaut une reconnaissance nationale. Ces personnalités sont : papa Simon kimbangu, le cardinal Albert Malula et Etienne tshisekedi, le sphinx de limeté; Ces trois personalités ont à  un moment donné canaliser les aspirations de notre peuple, face aux différents pouvoirs qui ont oppressés notre pays: pouvoir génocidaire et colonialiste des Belges; pouvoir autocratique et didactorial de Mobutu...ils ont été des conducteurs de masse qui à  un moment de l'histoire de notre pays ont pris des positions courageuses pour défendre le peuple. Notre choix n'est pas exhaustif, il peut être compléter démocratiquement par ceux qui ont d'autres noms qui nous échappent.

1. Simon Kimbangu, l'incarnation de la résistance pacifique

Catéchiste chez les missionnaires baptistes (Baptist Missionnary Society) en 1921, Simon kimbangu prit son indépendance à  l'égard de la mission baptiste. Ses prédications acompagnées de quelques prodiges attirèrent les foules. Accusé, il fut arrêté puis déporté dans son propre pays à  plus de 2.200km au katanga par les pouvoirs colonialistes belges. Pour etouffer la foi de ses disciples, la repression coloniale exila de leur territoires respectifs 37.000 familles. Simon Kimbangu fut condamné à  mort et à  120 coups de fouet. Le prisonier n'avait pas droit à  un avocat pour sa défense, il a été à  la merci des humeurs et caprices de son juge. Sa peine fut commuée en travaux forcés à  perpetuité par le Roi Albert 1er de la Belgique. Loin de siens, après 30 ans d'emprisonement ferme et d'indicibles tortures par ses géoliers belges, simon kimbangu mourut le 12 octobre 1951. Martyr, combattant de la liberté, Kimbangu aura illuminé la conscience des congolais par sa résistance pacifique face à  aux oppresseurs coloniaux.

2. Le Cardinal Albert Malula, le roseau qui se plie mais ne rompt pas.

Le Cardinal Albert Malula fut un pasteur prophétique pour notre pays. Son charisme prophétique lui avait permis très tà´t de voir et de se prononcer ouvertement ouvertement sur le danger de la montée d'une élite politique et intellectuelle en constante décallage avec la volonté du peuple. Père du rite congolais de la messe, qui a été approuvé par Rome, dans la lithurgie: tam-tams, xylophones, likembe et autres Ngongi ont fait leur entrée dans la chorale où le rythme langoureux des chants grégoriens ont cédé la place au rytme cadencé et emballant des chansons religieuses en langues vernaculaires. Sans aucune facilité lire pour s'en convaincre l'ouvrage de Jean Mpisi, Malula et jean Paul II, dialogue difficile entre l'Eglise africaine et Saint Siège, Ed. L'Harmattan, dec.2005. Le cardinal Albert Malula fut pionner de l'africanisation de l'Eglise sur le continent noir. C'est lui qui avait lancé l'idée d'un synode africain, sa phrase est demeurée célébre " hier les missionnaires étrangers ont christianisé l'Afrique, aujourd'hui les négro-africains vont africaniser le christianisme " . Déjà  en 1956, il participa à  la conception et la rédaction du manifeste de "Conscience africaine " qui réclamait l'indépendance du Congo, document qui ébranla le colonialisme. Après l'indépendance il continua à  lutter avec acharnement pour le droit à  des conditions plus humaines d'un peuple paupérisé et réduit au silence par le pouvoir didactorial de Mobutu. Il dénoncait les injustices sociales, l'égoïsme des gouvernants. Le 12 juin 1969, les mobutistes décidèrent que le " Manifeste de la N'selé " serait enseigné dans toutes les écoles du pays. Cette décision rencontra une résistance de la part des autorités catholiques qui voyaient en cette décision une politisation du systhème éducatif. Le 30 juillet 1969, suite à  une manifestation estudiantine de l'université catholique de Lovanium, le bureau politique du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR) décida la dissolution de toutes les associations de la jeunesse au profit de la jeunesse du mouvement Populaire de la Révolution (JMPR). En février 1971, Mobutu promulgua une loi interdissant l'utilisation de prénoms occidentaux qui devaient être remplacés par des noms " authentiquement africains ". En septembre 1971, le gouvernement ordonna l'étatisation de l'université catholique Lovanium de Kinshasa, ansi que de l'université libre du Congo, l'université protestante à  kisangani.

Le 20 janvier 1972, l'hebdomadaire catholique " Afrique chrétienne " est suspendu pour 6 mois pour avoir publié dans son édition n°3 l'éditorial sur l'authenticité, qui sera attribué au Cardinal Malula dont voici un extrait: " Allons- nous exhumer de la nuit du passé une philosophie africaine originale, qui n'a pu être , si du moins elle a un jour existé, que l'expression d'une satisfaction et d'une vie sociale à  jamais périmées...il ne s'agit plus aujourd'hui de nous procurer l'ephémère satisfaction de réclamer à  grands cris qu'on reconnaisse notre droit d'être nous-mêmes et de nous amuser à  saccager notre passé de colonisés...il faut passer aux actes et imposer par des réalisations de tous ordres notre dignité d'hommes africains. la question n'est pas de brandir des slogans sur notre originalité, nos valeurs.. mais bien de mettre en oeuvre, aux yeux du monde cette originalité et ces valeurs ". La voix du Zaîre déclencha une campagne de dénigrement contre Malula qui atteignit son apothéose. Durant plusieurs heures, jours et mois, le média propagandiste de Mobutu qualifia le cardinal Malula de " Caméleon ", " rénegat ", " diabolique ". Le pouvoir sortit les griffes, le Cardinal Malula fut l'objet de brutalités avant d'être déposedé puis expulsé de sa résidence de l'avenue sendwe, qui devint le quartier général de la Jeunesse du Mouvement Populaire de la Révolution (JMPR). Toutes les écoles catholiques seront Zairianisées. Le 24 janvier 1972, le grand séminaire jean XXIII est fermé, les statues et crucifix sont détruits..

Dans sa lettre du 11 février 1972 adressé à  l'Eglise de kinshsa, le Cardinal expliqua sa décision de partir en exil en ces termes " ce vendredi 11 février à  13h15, j'ai reçu la nouvelle venant de Saint Père demandant avec inistance que j'aille à  Rome. Par obéissance au Pape, je quitte Kinshasa pour Rome, avec l'espoir de revenir parmi vous ". Le Cardinal Malula s'exila à  Rome du 11 février au 28 janvier 1972. C'est à  la faveur de l'intervention diplomatique et personnelle du Pape Paul VI que Malula revint au pays. IL mourut en 1989, officiellement de suite d'une hypertension, mais beaucoup croient qu'il a été empoisonnée par les émissaires de Mobutu.

. Etienne Tshisekedi, le sphinx de Limeté

Dans l'imaginaire collectif des congolais, Etienne Tshisekedi à¢gé de 75 ans est l'opposant qui a incarné la résistance à  Mobutu mais aussi le combat pour la démocratie. Le combat de Tshisekedi a été celui de libération d'un peuple. L'homme n'est pas bavard, il aime se faire rare et mérite bien son nom " le sphinx de limeté " nom du quartier de kinshsasa où il habite. Il s'illustre par un discours messianique et revolutionnaire marqué au coin par un populisme qui charme les deçus du système. Depuis qu'il entré dans l'opposition, Tshisekedi s'est toujours placé en marge de conquète de pouvoir politique. Il a plutà´t incarné un leadership national qui se situait au delà  des courants et des partis politiques. Son combat est toujours perçu comme le combat du peuple entier. Etienne Tshisekedi aura mené un noble combat à  mains nues. Courageux, contre la didacture mobutienne, Tshisekedi a payé de sa personne: plusieurs arrestations, bastonnades, tortures,bannissement intérieur, relégation dans son village de kabeya Kamuanga dans le kasaî...Tshisekedi a obtenu son diplà´me de droit en 1965.

C'est en 1980 qu'il a rompu avec le didacteur Mobutu, le président de l'Assemblée nationale Kalume meurt, Mobutu nomme Nzondomio Adopelingbo au lieu de son remplaçant légal Etienne Tshisekedi. En decembre 1980, il est signataire avec douze autres parlementaires de la lettre ouverte à  Mobutu de 52 pages. En 1982, l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) vit le jour.Dans notre mental nous distinguons l'Udps comme esprit de changement, de l'Udps comme structure politique. Etienne Tshisekedi est un homme de profondes convictions, qualité très rare dans notre pays,où le culte de moindre effort et de la culture de la jouissance sont erigées en vertus cardinales par l'élite congolaise ; l'opportunisme, le narcissisme se manifeste sur fond de roublardise.

En 1991, Mobutu cherche à  le compromettre en l'associant à  la gestion du pouvoir. Il lui propose la primature. Méfiant, tshisekedi impose une condition. L' président doit renoncer à  son rà´le de garant de la nation. mobutu refuse. Un an plus tard, tshisekedi devient premier ministre. mais cette fois, c'est la conférence nationale qui le désigne. Il est entré à  la primature par la " grande porte". Ses adversaires le surnomment méchamment " l'opposant pathologique ". Sa constance et ténacité l'oppose des pantalonnades de beucoup d'acteurs politiques congolais. Trois expressions incarnent son combat pour venir à  bout de toutes les didactures dans notre pays: l'endurance-la souffrance-l'effort.

Dans notre démarche nous a voulu montrer l'importance de dire " Non " dans la non-violence. Les armes n'apportent pas nécessairement la paix dans un pays. Il est étonnant alors que la constitution de la troisième République n'a même pas connue le début d'application, certains acteurs politiques en mal d'idée pensent déjà  à  son abrogation. les Congolais ont droit de dire " Non " à  cette coterie affairiste politico-politicienne.

Partager sur : Partager

Fil des commentaires de ce billet