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10 Questions à  Jean de Dieu Moleka du MLC !

Jean de Dieu MOLEKA est d'abord un penseur, un intellectuel, un philosophe. Son nom se retrouve dans le " Who's Who in France ", le dictionnaire biographique de ceux qui comptent en France. Il fut ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République démocratique du Congo en France durant la transition sous l'étiquette du Mouvement de Libération du Congo (MLC). Jean de Dieu MOLEKA n'a été ambassadeur y compris le représentant de la délégation permanente de la RDC auprès de l'Unesco que du 09 décembre 2005-14 mars 2007. Victime d'une cabale ourdie par ses détracteurs sur sa gestion de l'ambassade de Paris, l'ancien conseiller des analyses politiques de Jean Pierre Bemba, tiendra grà¢ce à  sa foi. En effet, Jean de Dieu MOLEKA est un ancien religieux qui a participé à  la marche des chrétiens à  Kinshasa `` C`était le 16 février 1992, je participais à  la Marche des chrétiens pour la démocratie, déclenchée à  la suite de la suspension de la Conférence nationale souveraine. L`armée a tiré sur la foule au niveau de la place Kauka. J`ai porté secours à  l`un des manifestants blessés, ma soutane était pleine de sang. J`ai été profondément marqué par cet événement ». Ancien assistant aux Facultés catholiques de Kinshasa, professeur à  l`Université pédagogique nationale (Upn) Jean de Dieu Moleka est détenteur de deux diplà´mes de doctorat, respectivement de l`Université catholique de Paris et de l`Université Paris-Est, Marne-La Vallée. En 2002, il avait soutenu sa thèse sur `` La poétique de la liberté dans la réflexion éthique de Paul Ricœ“ur ». Thèse qui sera publiée en janvier 2007 aux Editions de l'Harmattan. Paul Ricoeur, ce grand philosophe protestant qui fut également mon professeur à  la Sorbonne. "Promesse de liberté et pratique politique en République Démocratique du Congo" est son dernier ouvrage qui vient d'être publié aux Editions de l'Harmattan (mars 2008). Méticuleux dans son travail, Jean de Dieu MOLEKA a répondu sans complaisance à  nos questions.

`` Réconciliation » est le maître mot de l'ancien l`ambassadeur

1. Réveil FM: Conseiller politique de Jean-Pierre Bemba, vous avez été coopté par le MLC comme ambassadeur de la République Démocratique du Congo en France. Beaucoup des Congolais ignorent qui vous êtes. Quel a été votre parcours ? Comment avez-vous atterri au MLC ? Quel a été votre apport dans ce parti politico-militaire ?

Jean de Dieu MOLEKA: Le MLC est un parti politique républicain qui s`emploie depuis la transition politique de 2003, en lien avec les autres mouvements politiques de la RDC à  la refondation intégrale de notre pays.

Originaire de Bumba, au Nord-ouest de la République Démocratique du Congo, j`y suis né le 5 février 1967. J`ai suivi une scolarité classique marquée très tà´t par un engagement religieux dans la Congrégation des missionnaires de Scheut. Après deux ans de pré-noviciat, j`ai passé un an de noviciat à  Mbudi, dans la banlieue Ouest de Kinshasa avant d`entreprendre mon premier cycle universitaire de philosophie à  la Faculté Jésuite Saint Pierre Canisius de Kimwenza, dans une Cité proche de Kinshasa.

Mes trois années de Canisius furent à  tous égards lumineuses et régulatrices de mes plans de vie ultérieurs. J`y ai acquis un bagage philosophique considérable qui a décidé de ma consécration irréversible à  la réflexion philosophique. L`art des questions disputées légué par les pères médiévaux (Saint Augustin, Saint Bonaventure, Saint Anselme, Saint Thomas d`Aquin, etc.) m`enchantait comme l`interrogation sur la destinée humaine que nous approfondissions à  travers l`étude des textes fondateurs et novateurs de la tradition philosophique.

Ma dernière année d`étudiant religieux à  Canisius est celle de ma naissance à  la politique comme la plupart des Zaïrois aujourd`hui quadragénaires. C`était l`année de la conférence nationale souveraine et de la marche des chrétiens du 16 février. J`y ai participé à  un double titre, comme citoyen et comme religieux. La conférence nationale souveraine représentait le lieu par excellence pour refonder démocratiquement la nation et l`Etat zaïrois, en fécondant l`émergence de pouvoir des égaux et de coopération en lieu et place du pouvoir de domination. Avec de nombreux confrères tous vêtus de soutane blanche, Jean-Claude Kanku, aujourd`hui Père maître au noviciat de Mbudi, Jean-Germain Nshuo, mon ami de toujours, Liévin Mukenge, d`heureuse mémoire décédé en Asie en mission d`évangélisation, etc., nous avions marché depuis notre point de ralliement, la paroisse universitaire Notre Dame de la Sagesse jusqu`à  la station service de Kauka, non loin de l`archevêché de Kinshasa et de l`église Saint Joseph de Matonge que nous étions sur le point de rejoindre, d`où nous avons été brutalement dispersés, et où certains confrères furent arrêtés puis relà¢chés dans la soirée. Des lectures qui m`ont accompagné à  cette époque n`ont jamais cessé d`inspirer mon propre engagement politique comme ma propre réflexion. Je pense notamment aux textes d`Emmanuel Kant sur la liberté, la loi et le mal et au livre du Père Paul Valadier, L`inévitable morale, Paris, Seuil, 1990. J`ai lu ce texte pour la première fois quelques jours après le 16 février 1992, à  la bibliothèque de Saint Pierre Canisius. Je fus frappé par la fraternité silencieuse qui règne entre les divers humains, tant l`intuition exprimée par l`auteur était précisément celle qui avait mobilisé et galvanisé les manifestants du 16 février 1992.

Mon premier travail universitaire fut rédigé sous la direction structurante et exigeante du Père Théoneste Nkeramihigo, un de mes peu nombreux maîtres en philosophie. Il eut comme titre "De la loi morale dans la philosophie pratique d`Emmanuel Kant. Significations et implications anthropologiques ", Kimwenza, Canisius, 1992, 74p. Tout un programme de pensée et d`action…

Lorsque j`ai quitté la vie religieuse pour des raisons personnelles, j`ai poursuivi mon cursus académique aux Facultés catholiques de Kinshasa jusqu`au Diplà´me d`Etudes Supérieures en philosophie (1996) après y avoir obtenu une Licence en philosophie en 1994. J`y ai presté pendant un temps comme assistant à  la Faculté de philosophie après un court passage à  la présidence de la République dans le cabinet d`un conseiller personnel du chef de l`Etat. Grà¢ce à  la bourse d`un organisme allemand basé à  Aachen (Aix la chapelle), j`ai rejoint à  la rentrée de septembre 1999 l`Institut catholique de Paris et l`Université de Paris-Est Marne-la-Vallée pour y préparer mon doctorat. J`ai été reçu docteur en philosophie de ces deux Universités en 2002 au terme de la soutenance publique d`une thèse consacrée à  la philosophie du philosophe français Paul Ricœ“ur (1913-2005). Les principaux résultats de ces recherches sont publiés sous le titre " La poétique de la liberté dans la réflexion éthique de Paul Ricœ“ur", Paris, L`Harmattan, 2007, 458p.

J`ai adhéré au MLC à  mon retour au pays en 2002. Dans le contexte politique et social du moment, les buts poursuivis par ce parti correspondaient le mieux à  mes convictions politiques. Après la mise en place du gouvernement de transition, j`ai intégré le cabinet du vice-président en charge de la commission économique et financière comme conseiller chargé d`analyses politiques jusqu`à  ma nomination comme ambassadeur à  Paris. J`ai occupé ce poste durant la dernière année de la transition, soit du 09 décembre 2005 au 14 mars 2007.

J`ai continué le travail de réflexion et d`écriture à  travers la publication de la " Promesse de liberté et pratique politique en RDC ", Paris, L`Harmattan, 2008, 226p. Il s`agit des premiers éléments d`une vaste recherche qui s`attache aux conditions éthiques et politiques d`une reconnaissance humaine susceptible de porter la reconstruction d`un pays déstructuré, où les blessures de la guerre passée sont très présentes dans la politique et la vie sociale. Je suis l`auteur de nombreux articles de philosophie politique, morale et culturelle accueillis dans des ouvrages collectifs et des revues spécialisées. Entre 2003-2004, au tout début du lancement de la rubrique " Forum et Analyse " du quotidien Le Potentiel de Kinshasa, j`ai publié quelques écrits de conscientisation et de vulgarisation des valeurs républicaines. Marié et père de trois enfants, je suis professeur de philosophie et de structures politiques à  Kinshasa. Voilà  quelques unes de mes identités structurelles qui se donnent également comme des talents multiples : universitaire, chercheur, professeur, analyste politique.... Il faudra sans doute aussi ajouter acteur politique.

Le lien entre réflexion et pratique politique est essentiel. L`acte de penser et l`engagement politique se font, l`un et l`autre, dans le maquis de la vie. Tandis que la pratique politique provoque la réflexion par sa fluctuation et sa dissémination, cette dernière la clarifie en lui donnant sens et cohérence, en préparant les décisions qui conviennent, bénéfiques pour les citoyens et l`Etat. Tel a été mon rà´le dans le MLC Parti Politique. Un rà´le modeste, car les décisions se prennent au niveau du Bureau Politique que je n'ai pas encore intégré. Je placerai donc notre entretien au niveau de ma compétence basique, celle d`un philosophe dans la Cité. Interpellé par la situation critique de son pays, le penseur ne se contente plus de clarifier les concepts emblématiques et à  forte charge émotionnelle de la vie publique tels que la démocratie et le changement, la libération et l`Etat de droit, la bonne gouvernance et la souveraineté, la liberté et l`égalité, la justice et la fraternité etc. Son analyse s`accompagne nécessairement d`un choix intime où il s`engage à  titre personnel. Cette préférence singulière se propose comme une conviction offerte au débat public, dans l`amitié et le respect réciproques.

2.Réveil FM: Ambassadeur de la République Démocratique du Congo à  Paris jusqu`au 14 mars 2007, comment expliquez vous l`impopularité du MLC en France ? Que par exemple l`Apareco soit si populaire en France et dans l`espace Schengen alors même qu`elle n`a pas été aux affaires, le MLC s`est-il fait griller durant la transition ?

En vérité, j`ai un autre constat quant à  l`envergure politique du MLC. Il dispose d`un capital de confiance immense aussi bien dans la diaspora qu`à  l`intérieur du pays qui résulte de son engagement effectif en vue de l`instauration d`un Etat de droit au Congo. La participation du MLC à  la transition politique de 2003-2006 n`était ni une faiblesse ni une faute. Elle était l`expression d`une adhésion irrévocable à  la refondation démocratique de la nation. Les congolais le lui ont d`ailleurs bien rendu, au regard du score important de 42 pour cent réalisé par Jean-Pierre Bemba à  l`élection présidentielle et du nombre des parlementaires élus sous son label. Le MLC est le deuxième parti national ayant obtenu le plus des députés. Il est le premier parti d`opposition républicaine.

Les élections ne constituent pas une fin en elles-mêmes. On a gagné la bataille de la légitimation du pouvoir politique, il faut relever le défi crucial de la légitimation du lien social apaisé, au sein d`un Etat structuré et impartial. Le MLC dit à  temps et à  contretemps aux gouvernants pourquoi ils doivent, en toute conscience et responsabilité, travailler dans cette direction.

3. Réveil FM: Pourquoi le visa de la République Démocratique du Congo est le plus cher au monde ? Comment faire pour que nos diplomates soient bien payés ? Vous avez connu des ennuis dans la gestion de l`ambassade de Paris, pourquoi ?

Jean de Dieu MOLEKA: C`est vrai, notre visa est cher. Mais il s`agit d`un choix stratégique fait depuis une dizaine d`années pour suppléer la défaillance de l`Etat. Les produits du visa garantissent le fonctionnement de l`ambassade, notamment les rémunérations des engagés locaux, la couverture des frais de représentation, les primes de motivation versées aux diplomates.

L`ambassadeur a la responsabilité des salaires des engagés locaux. J`ai été le premier à  rendre conforme à  la législation salariale française la rémunération d`une quinzaine d`engagés locaux que compte notre ambassade à  Paris. Tous les salaires étaient au-dessus du SMIG français et payés régulièrement. L`histoire retiendra aussi que la réhabilitation du chauffage central de l`immeuble a eu lieu, après des décennies d`arrêt et d`abandon, sous mon bref mandat, grà¢ce aux ressources locales. Des travaux importants de rénovation, d`équipements et de modernisation des bureaux ont été également réalisés grà¢ce aux mêmes ressources.

Les diplomates et ceux qui en font fonction reçoivent leurs émoluments de Kinshasa. Lorsqu`ils sont allés en grève le 12 mars 2007 pour en revendiquer l`amélioration, ils ont mis à  nu la démission de l`Etat congolais, employeur des agents et fonctionnaires de l`administration publique. Dans les coulisses, cet incident a servi de prétexte politique pour mon rappel à  Kinshasa le 14 mars 2007. Pour conserver la métaphore commerciale que vous utilisez dans votre question, j`ai soldé - au sens comptable de clà´turer - ce compte dans un texte de dix-huit pages placé en avant-propos du livre qui nous concerne aujourd`hui. Je m`y emploie à  isoler avec netteté le noyau de motivations politiques ayant milité pour mon départ de toutes les stratégies de ruse et de manipulation utilisées comme un leurre pour en justifier la précipitation.

Au demeurant, il faut reconnaître un lien essentiel entre rayonnement diplomatique et Etat organisé et impartial. Dans le cas contraire, se développe, outre des mécanismes conjoncturels de survie pour les agents et les fonctionnaires de l`Etat, une diplomatie parallèle à  variables multiples. La diplomatie parallèle menée dans ce contexte s`exonère de la défense des intérêts vitaux de la nation, parfaitement identifiables et transmissibles d`une génération à  une autre, d`un gouvernement à  un autre. Elle repose sur les relations personnelles de courtisanerie mais aussi et surtout sur un art consommé du business et d`intérêt financier privé. La modernisation de notre diplomatie passe par la modernisation de l`Etat congolais. Il s`agit de se donner les moyens humains et logistiques ajustés aux ambitions républicaines du pays.

4.Réveil FM: Yves Kisombe a nié le massacre des adeptes de BDK dans le Bas-Congo, alors même qu`on a découvert cinq fosses communes qui ont été profanées. Olivier Kamitatu, président de l`assemblée nationale sous la transition a avalisé la constitution de Liège qui comporte beaucoup de lois scélérates, en prenant soin d`offrir à  chaque député une jeep X-trail. Antoine Ghonda fut le premier débauché du MLC pour le PPRD. On a parfois le sentiment que le MLC est un parti ou le débauchage se fait si facilement. Pour qui roulent les députés du MLC ?

Jean de Dieu MOLEKA: Permettez-moi d`abord de joindre ma voix à  toutes celles qui se sont déjà  exprimées pour dire ma douleur et mon trouble à  la suite de la répression aveugle abattue une fois de plus sur nos compatriotes du Bas-Congo. Je joins à  ces voix l`expression de mes condoléances les plus sincères aux familles endeuillées. Il est vital que ceux qui nous gouvernent rectifient rapidement le tir et cessent d`appliquer des vieilles recettes de l`époque `` mobutienne » et `` afdlienne » à  des problèmes anciens et nouveaux qui se posent dans notre existence commune. La violence meurtrière n`est pas génératrice du pouvoir. Elle altère le lien social et volatilise le pouvoir.

Premier parti d`opposition institutionnelle, le MLC a une responsabilité historique à  l`endroit du peuple congolais. Comme force de proposition et de construction d`un avenir radieux, le MLC doit se prononcer avec conviction et clarté sur tous les choix politiques qui bradent les intérêts vitaux du pays, oppriment le peuple congolais, hypothèquent l`instauration d`un Etat structuré et impartial et compromettent le développement bien compris de la nation. Le MLC défend les idéaux qui ont décidé de l`adhésion de ses membres et d`une large partie de l`opinion congolaise au moment des dernières élections. Il est sage, voire honnête que ceux qui ne les partagent plus quittent le parti.

Le MLC fait continuellement l`objet de débauchage parce qu`il représente une alternative probable et crédible au pouvoir. Le débauchage est une des nombreuses armes utilisées pour l`affaiblir politiquement et le disqualifier émotionnellement. Non seulement l`opinion congolaise perçoit très exactement la malice des adversaires, le parti dispose aussi et surtout d`une formidable capacité de régénérescence grà¢ce à  la motivation de ses cadres aux compétences diverses et avérées. Tous les OPA lancés sur les cadres du parti n`aboutissent pas. Il existe aussi des hommes et des femmes des convictions qui ne considèrent pas que tout se vaut et rien ne vaut la peine de continuer à  combattre dans le rang de l`opposition.

La Constitution de la troisième République a été approuvée par voie référendaire et promulguée par le chef de l`Etat en mars 2006. Par sa participation massive au référendum constitutionnel et aux élections qui s`en suivirent, le peuple congolais s`est positionné comme un acteur politique à  part entière dans le processus politique de restauration de la nation. L`enjeu décisif réside aujourd`hui à  un double niveau : celui du respect de la Constitution et des lois de la République d`une part, et, celui du respect des règles du jeu démocratique, dans la reconnaissance permanente de l`initiative civique et politique des gouvernés, d`autre part. Les électeurs d`hier continuent-ils d`exercer librement leur capacité d`indignation et de contestation, d`approbation ou de désapprobation sur le destin des institutions républicaines ?

5. Réveil FM: Vous êtes clair dans votre livre, vous êtes pour la double nationalité et pourtant la Constitution dans son article 10 adoptée sous votre présidence proclame que la nationalité congolaise est une. Et que la motion Makila qui a poussé au moratoire de trois mois n`a jamais été appliquée. Pourquoi défendez-vous la double nationalité alors que la constitution que vous avez fait voter aux Congolais dit le Contraire ?

Jean de Dieu MOLEKA: Oui, mon livre est innovant sur de nombreux points touchant à  la construction d`un Etat structuré et juste, d`une nation moderne et fraternelle. Ces innovations ne découlent pas d`un décret arbitraire venu de nulle part. Elles sont les résultats d`une évaluation critique menée sur les différents régimes politiques qui se sont succédé en RDC depuis le 30 juin 1960. J`ai voulu démontrer la nécessité de comprendre le présent et de construire un avenir radieux au moyen d`un dialogue critique avec le passé. Il ne s`agit pas de répéter simplement le passé ni d`en faire une lecture sélective ou stratégique pour opposer les communautés ethniques les unes aux autres, mais de s`y enraciner fermement en vue d`inventer un avenir commun, beaucoup plus heureux, dans une compréhension de moins en moins ambiguà« du vécu actuel. C`est alors que j`ai été amené à  affronter la question de la nationalité congolaise dans son état natif, si j`ose dire. Une analyse serrée de l`article 6 de la première Constitution de la RDC datée du 1er aoà»t 1964 m`a permis de dégager les ressources de sens de la nationalité congolaise étouffées par la violence des systèmes politiques, la faiblesse de la pensée et l`absence d`un grande ambition politique pour la RDC. Grà¢ce aux principaux résultats de l`analyse élaborée en écho et en extension aux intuitions des pères fondateurs de la RDC, je voudrais que l`Etat congolais lève enfin l`option de la double nationalité pour les Congolais d`origine et d`adoption.

La Constitution de 2006 est comme toutes les Constitutions du monde le produit d`une histoire humaine indissociable à  une conjoncture politique et économique, sociale et culturelle, géographique et régionale déterminée. Elle n`interdit donc en rien le travail de recherche et de réflexion susceptible d`en améliorer le contenu pour le bien vivre des citoyens.

6. Réveil FM: Avec les élections Louis Michel de 2006, la République Démocratique du Congo a été divisé en deux l`Ouest pour Jean-Pierre Bemba et l`Est pour Joseph Kabila. Comment expliquer avoir perdu les gouvernorats du Bas-Congo et de la Capitale Kinshasa alors qu`ils sont à  l`Ouest ?

Jean de Dieu MOLEKA: Reconnaissons au Royaume de Belgique en général et au commissaire européen au développement et à  l'aide humanitaire en particulier ce qui leur est dà». Sous l`impulsion de Louis Michel, alors ministre des affaires étrangères de son pays, la Belgique a réussi à  placer la RDC au cœ“ur des préoccupations des Nations Unies. Depuis, la Communauté Internationale est à  nos cà´tés et aide activement à  la renaissance intégrale de notre pays. La conjugaison des efforts de l`une et de l`autre, de la Communauté Internationale et de la partie congolaise dans sa diversité politique, est la condition sans laquelle nous ne pourrons atteindre les résultats escomptés, à  peine entrevus.

La bipolarisation que vous évoquez est interne à  la pratique politique congolaise. Les causes décisives de la scission électorale de 2006 sont à  chercher dans la gestion du pouvoir issu de l`AFDL. Contre toute attente collective et légitime, le régime de Laurent-Désiré Kabila n`a institué ni un Etat structuré ni une nation fraternelle. Il a organisé la division des Congolais en deux groupes rivaux dès lors qu`il a fait de l`exclusion et de la négation de l`autre, sur des bases essentiellement sociologiques et régionales, le principe structurant du nouveau pouvoir. Le `` kabilisme » a ordonné l`histoire congolaise ouverte le 17 mai 1997 à  partir des nouveaux rapports de force largement dominés par l`AFDL. D`un cà´té, il existe les affidés du régime auxquels tout est permis et offert et, de l`autre, les ennemis imaginaires ou réels du pouvoir auxquels tout est interdit et refusé. Loin de retisser le lien social profondément perturbé par le pouvoir chancelant de Mobutu, le régime de l`AFDL l`a simplement fracturé par le traitement ségrégationniste infligé aux Congolais selon qu`ils sont originaires de l`Est ou de l`Ouest. Il s`en est suivi l`installation d`un pouvoir à  la fois arbitraire et népotique, et la liquidation des valeurs fondatrices de la nation congolaise et de l`Etat de droit. La réaction politique des ébranlés du régime de l`AFDL s`est exprimée avec véhémence au moment de l`élection présidentielle, malgré les alliances opportunément nouées par les uns et par les autres à  la veille du second tour. Le choix des électeurs traduit parfaitement la perception que les Congolais renvoient comme en reflet à  la vision manichéenne de la société imposée par le pouvoir de l`AFDL. Les autorités publiques actuelles ont-elles suffisamment entendu, discerné et identifié ce message ? Si la réponse est positive, comment l`ont-elles traduit au plan de l`administration des hommes et des affaires politiques ? Sinon, qu`est-ce qui justifie à  la fois leur cécité et leur surdité politique ? N`était-il pas singulièrement salutaire, dans une réelle volonté politique de retissage du lien social longtemps brisé, de transcender les clivages antagonistes exprimés avec force pendant les élections en jetant par-dessus bord, les échelles de corde d`une nation rassemblée et remodelée autour des requêtes communes de liberté et d`égalité et ainsi juguler les conséquences destructrices léguées par une histoire qui a visiblement du mal à  passer ?

Au plan de la réflexion fondamentale sur la théorie et la pratique démocratique, il se pose la question critique suivante : que vaut une volonté générale essentiellement issue d`une seule aire culturelle ? Que vaut-elle dans un Etat-Nation en instance de reconstitution difficile ? Que devient le destin de l`idée d`intérêt commun et de celle d`égalité des contractants que Jean-Jacques Rousseau considérait comme le pivot de la théorie de la volonté générale ? Ces interrogations ne touchent pas seulement à  l`édifice de la fiction rousseauiste de la volonté générale fondée par ailleurs sur la démocratie algébrique (majoritaire). Elles requièrent aussi et surtout de prendre à  bras-le-corps les pièges et les risques de perversion d`une démocratie algébrique en contexte de cohésion sociale lézardée par les épreuves de la vie et les violences des systèmes politiques peu recommandables en articulant la démocratie algébrique sur les vertus d`une démocratie délibérative et constructive. Il s`agit de démontrer la fécondité d`une approche garante d`une reconstruction apaisée du tissu social. Cette approche observe que des possibilités d`intercommunication existent vitalement entre des individus ou des groupes qui sont certes distants, mais pas incomparables. Elle procède par l`accueil de la différence et de la proximité des protagonistes. Elle se fait le héraut de la pratique et du dialogue constructif tout en refusant de se soumettre à  cette forme de dialectique réduisant l`Autre au Même et privant la communauté nationale de toute idée de pluralisme démocratique, et donc de toute possibilité de débat contradictoire et créatif sur le devenir réussi de la nation.

Sur la dernière partie de votre question. Nous avons perdu la direction des gouvernorats de l`Ouest à  l`exception de celle de l`Equateur parce que les grands électeurs n`ont pas appliqué les directives du parti édictées du reste conformément au choix des électeurs de base. Les convictions riment avec la conscience. Dès lors qu`elles convolent avec les finances, il en résulte la corruption de l'action publique et la désorientation du peuple. La perversité ayant entaché l`élection des gouverneurs est publique, notamment dans le Bas-Congo où une violence vindicative s`était abattue en janvier 2007 sur les populations locales qui protestaient contre le détournement par les grands électeurs de leur choix initial porté sur le MLC et l`Union pou la Nation (UN) au profit du PPRD et de l`AMP. Une comptabilité macabre a été établie par la MONUC : plus de cent personnes tuées…Même si elle vise l`efficacité, la politique doit aller de pair avec l`éthique des vertus pour préserver les valeurs essentielles de la vie commune.

7.Réveil FM:Contre espèces sonnantes et trébuchantes 250.000 $, avec promesse d`un siège au sénat pour le compte de l`AMP, Modeste Mutinga président de la HAM n`a jamais voulu qu`il y ait débat entre les deux candidats arrivés en lice au premier tour de l`élection présidentielle. Pensez-vous que le débat aurait permis à  Jean-Pierre Bemba de faire la différence ?

Jean de Dieu MOLEKA: Je vous laisse assumer la paternité de vos affirmations. Je ne suis pas partisan de procès d`intention, je conduis une analyse politique. Fondée sur la pluralité d`opinions, la démocratie s`exerce dans le respect des valeurs communes fondamentales telles que le respect de la vie et de l`autorité publique légitime et crédible, la liberté et l`égalité, l`impartialité et l`équité. Elle est un art pragmatique de la négociation des conflits, et donc du compromis politique. Le débat public organisé lui est consubstantiel, parce que lui seul rend possible, en articulant l`idée d`une destinée commune à  façonner avec un agir politique responsable ancré sur le présent, la construction d`une ligne politique qui puisse porter à  un moment historique donné, une nation, un pays, une génération. La vitalité d`une vie démocratique est réglée sur la capacité des acteurs politiques et des citoyens à  débattre publiquement, selon les règles du jeu admises par tous, de leurs convictions sur la meilleure manière d`organiser la vie publique.

L`absence de débat contradictoire dénature la démocratie d`opinions. D`aucuns ont agité à  l`époque de l`élection présidentielle de 2006 le risque de pugilat pour justifier le refus d`organiser le débat entre les deux candidats arrivés au second tour. Ils ont péché par la personnalisation du combat politique et violé les lois en la matière. Ils ont privé les électeurs congolais de l`occasion ultime de se décider en à¢me et conscience après avoir été éclairés directement par les arguments de l`un et de l`autre. Par leur fébrilité, les défenseurs de cette thèse appréhendaient-ils sans aucun doute que l`issue du débat soit en leur défaveur. Je dis mon attachement au droit de chacun a exprimé son opinion dans le respect des personnes et des procédures reconnues. Toutefois, lorsqu`on occupe des hautes fonctions, on relative sa propre vision, on se met au-dessus de la mêlée, on se voue à  la construction d`un socle commun de l`existence apaisé et juste.

8. Réveil FM. Pourquoi l`opposition républicaine dont fait partie les députés du MLC ne réclame-t-elle pas à  cor et à  cri le retour de Jean-Pierre Bemba ? On a l`impression que l`exil forcé de Jean Pierre Bemba profite à  beaucoup de monde y compris à  certains députés du MLC ?

Jean de Dieu MOLEKA: Une fois de plus, vous instruisez un procès d`intention que je n`avalise pas. C`est trop facile, ne transformez pas les victimes en bourreaux ! Le retour de Jean-Pierre Bemba ne dépend pas des députés du MLC dont la solidarité agissante à  son égard n`est pas à  démontrer. L`issue de la question Bemba est politique. Elle est liée à  la capacité du gouvernement congolais à  vouloir triompher l`esprit démocratique au Congo.

9. Réveil FM: A livre votre livre on a l`impression que vous êtes beaucoup plus un homme de réflexion que de terrain ?

Jean de Dieu MOLEKA: Permettez-moi d`abord de rendre un hommage reconnaissant au professeur Auguste Mampuya de l`Université de Kinshasa et de Nancy II en France qui a parfaitement saisi la quintessence de ma réflexion dans la préface critique qu`il a bien voulu consacrer à  mon livre. Pour revenir à  votre question : est-ce un compliment ou un reproche ? Je vous laisse assumer la responsabilité de vos opinions. Je ne suis ni un prophète de l`à¢ge de la déraison ni un adepte de la défaite de la pensée. Je récuse fermement toute pratique politique qui navigue à  vue. Je n`ai pas écrit un livre de militant au sens partisan du terme. Assurément. J`y développe néanmoins une pensée combattante singulièrement mobilisatrice et efficiente. Cette pensée peut entraîner quiconque, car elle s`attache aux conditions effectives de l`exercice réussi de la démocratie et de la liberté individuelle et publique dans notre pays.

Ma réflexion prépare et informe une action sensée au bénéfice de la communauté nationale tout entière. Je souhaite que ce livre soit reçu pour ce qu`il est et comme il se donne dans son autonomie indépendamment de ma personne. Je n`ajouterai pas de canons d`interprétation supplémentaires. Une fois l`ouvrage publié, l`interprétation de l`auteur ne vaut pas plus que celle d`un lecteur assidu et attentif. J`insiste sur ces deux adjectifs. Je crois à  l`autonomie de l`œ“uvre et à  sa capacité intrinsèque à  nous instruire, comme dans un miroir réfléchissant, sur notre propre vie, sur notre engagement politique individuel et collectif. La communication entre les lecteurs devient la justification de l`œ“uvre dans son existence autonome.

10.Réveil FM: Comment voyez-vous l`avenir du MLC avec ou sans Bemba ?

Jean de Dieu MOLEKA: Laissez-moi M. Mulongo dire combien j`ai été frappé par la malice de vos questions qui apparaît dans toute sa nudité à  ce stade ultime de notre échange.

Le MLC est un parti politique structuré, respectueux des textes qui le régissent. Lors du premier congrès du parti tenu à  Kinshasa en début 2006, dans la perspective des élections générales de la même année, Jean-Pierre Bemba a été désigné président national pour cinq ans. Les résultats électoraux réalisés par le MLC sous son leadership sont spectaculaires au regard des pronostics pessimistes de l`époque. Le prochain congrès est prévu en 2011. Nous sommes en 2008. Son mandat continue…


Il est à  espérer que le MLC survivra non seulement à  son fondateur originel mais aussi et surtout à  la génération des responsables politiques actuels. Les idéaux d`unité et de réconciliation, de démocratie et d'équité, de liberté et d`égalité, de justice et de fraternité , de prospérité et de solidarité poursuivis par le MLC méritent de l`être au-delà  de nos existences singulières pour le bien de notre pays et de nos concitoyens.

Je vous remercie.

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