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Russie: Anna Politkovskaïa, une journaliste libre à  en mourir

Environ 200 personnes ont organisé un rassemblement à  Moscou, dimanche, pour souligner le sixième anniversaire du meurtre non résolu de la journaliste engagée Anna Politkovskaya. Les participants ont brandi des chandelles et des photos de la journaliste, avant de se remémorer la vie de Mme Politkovskaya. Cette dernière, qui a sévèrement critiqué les politiques du Kremlin en Tchétchénie, a été abattue dans l'immeuble où elle demeurait à  Moscou, en 2006. La réunion, à  laquelle ont assisté plusieurs membres importants de l'opposition, avait reçu l'approbation préalable des autorités municipales, un phénomène inhabituel. Cet anniversaire de faible importance a eu lieu sur fond de célébrations nationales pour le 60e anniversaire de naissance du président Vladimir Poutine, qui tombe la même journée.

La Russie commémore l'assassinat de la journaliste Anna Politkovskaya

Le département américain d'État a indiqué samedi qu'il ``continuerait d'attirer l'attention sur l'affaire Politkovskaya, et a appelé à  des protections plus importantes pour les journalistes de partout dans le monde qui dénoncent des abus».

L'organisation de défense des droits de la personne RAW in WAR, qui souligne chaque année les accomplissements des femmes journalistes en zones de conflit, a demandé à  la Russie de traduire en justice les assassins de Mme Politkovskaya et de Natalia Estemirova, une militante des droits de la personne en Tchétchénie qui a été tuée en 2009.

``Nous demandons à  nouveau au gouvernement russe de mettre fin aux meurtres et à  la persécution de journalistes et de défenseurs des droits de la personne au sein de la Fédération de Russie», mentionne la déclaration du groupe, qui a été signée par un comité comprenant des dizaines de militants et de personnalités publiques.

Anna Politkovskaya, la journaliste russe assassinée


Anna Politkovskaïa sera absente aux 50 ans... par AmnestyBE

Difficile, voire impossible, d`être une journaliste `` honnête » en Russie sous Vladimir Poutine. Pari relevé par Anna Politkovskaïa, engagée pour le respect des droits de l`homme, qui n`a jamais hésité à  dénoncer les atrocités de son gouvernement, quitte à  recevoir des menaces, et finalement à  en perdre la vie.

D`où vient la liberté de penser d`Anna Politkovskaïa ? Peut-être de ses parents, tous deux diplomates, et de sa culture américano-russe, qui lui a sans doute permis une ouverture d`esprit que ses compatriotes ont peu la possibilité de développer sous Vladimir Poutine.

Un journalisme droit


Anna Politkovskaïa au sujet de Poutine et la... par Mrkavkaz

Mais c`est bien elle qui décide d`entamer des études de journalisme à  Moscou et de rejoindre, une fois diplà´mée, le journal Izvestia. Depuis toujours, elle tient à  exposer les faits et rien que les faits, qu`ils plaisent ou non, qu`ils donnent une bonne image de la Russie, son pays… ou non.

Novaïa Gazeta, ou la lutte pour la vérité

En 1999, elle décide d`écrire pour le journal en ligne Novaïa Gazeta. Créé en 1993, le tabloïd trihebdomadaire a pour vocation de dénoncer les problèmes de la société russe. Un objectif qui colle à  la perfection à  ceux de la journaliste, engagée dans une lutte acharnée pour le respect des droits de l`homme.

La Tchétchénie, son combat


Anna Politkovskaïa, une femme en guerre pour la... par LeNouvelObservateur


Russie : tueur présumé de Politkovskaïa arrêté par BFMTV

Son principal combat : la Tchétchénie, où elle enchaîne les reportages pour montrer l`horreur de la situation. Consciente que c`est un sujet tabou sous Vladimir Poutine, elle n`hésite pourtant pas aller au fond du problème. Elle explique ainsi : `` Plus d`un million de troupes russes ont été envoyées en Tchétchénie. Ils ont pris de très mauvaises habitudes : "Je vole si je veux. Je tue si je veux, je viole si je veux". » Honteuse que de telles exactions soient commises avec le soutien des contribuables russes (dont elle fait partie), elle s`attache à  filmer les horreurs sur le terrain pour rendre une forme de justice et de visibilité à  ce peuple maltraité.

Anna Politkovskaïa a pleinement conscience de la gravité de la situation tchétchène. Elle tente, par sa voix journalistique, de montrer à  ceux qui la lisent, que ces personnes, `` qui vivent dans des conditions drastiquement différentes », qui `` survivent à  peine », sont en fait des Russes au même titre que les autres. Pourtant, elle dénonce un génocide et insiste sur le caractère xénophobe de la décision de Vladimir Poutine d`y faire la guerre et d`y décimer la population.

Elle sait que ses opinions la placent dans une situation très risquée. Mais si elle dit essayer de ne pas y penser, les menaces de mort qui lui sont adressées sont nombreuses, et elle sait que chacune de ses prises de parole attise un peu plus la colère du gouvernement à  son égard. Elle s`estime même `` miraculée » de ne pas avoir été tuée dès ses premiers reportages.

Cet état de grà¢ce ne dure malheureusement pas, et Anna Politkovskaïa est assassinée dans la cage d`escalier de son immeuble le 7 octobre 2006. Partout, les témoignages de tristesse se font entendre, et tous regrettent la flamme de liberté qui s`éteint dans la nuit noire russe. La presse s`indigne, le meurtre de la journaliste a clairement été commandité par le Kremlin . Mais celui-ci dément toute implication dans l`affaire. Vladimir Poutine appellera même à  trouver les coupables.

Un enquête qui traîne

L`enquête patauge pourtant et, trois ans après sa mort, les coupables présumés sont acquittés, et le vrai meurtrier court toujours. Son nom serait Roustam Makhmoudov, enfui à  l`étranger pour éviter toute sanction - aidé par des complices au sein du gouvernement, selon certains. Le journal Novaïa Gazeta relance sans cesse l`enquête pour que justice soit faite, mais rien ne bouge, et le sentiment d`impunité est total.

En 2011 pourtant, le présumé coupable est arrêté.

Le 7 octobre 2011, Lom-Ali Gaïtoukaïev, originaire de Tchétchénie, est inculpé pour avoir reçu l`ordre de tuer la journaliste. Il aurait contacté un lieutenant-colonel de la police de Moscou, Dmitri Pavlioutchenkov, pour assurer la logistique de l'assassinat, et l'ex policier Sergueï Khadjikourbanov ainsi que les frères tchétchènes Roustam, Djabraïl et Ibraguim Makhmoudov, pour procéder au meurtre. Mais les commanditaires restent inconnus.

En matière de justice ou de journalisme, personne n`est libre de faire son travail en toute objectivité en Russie, comme l`explique Anna Politkovskaïa elle-même.

En l`espace de neuf ans, Novaïa Gazeta a subi de multiples pertes parmi ses rangs. En 2000, l`assassinat d`Igor Domnikov, en 2003, celui de Iouri Chtchekotchikhine. En 2009, trois journalistes sont tués la même année : Stanislav Markelov, Anastasia Babourova et Natalia Estemirova.

La mort d`Anna Politkovskaïa est le symbole d`une presse qu`on fait taire lorsqu`elle dérange. Reporters Sans Frontières dénonce encore aujourd`hui, en 2012, des assassinats de journalistes à  travers le monde. A croire que les hommes Anna Politkovskaya n`accepteront jamais d`être placés face aux atrocités dont ils sont responsables.

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