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Liban: Profession reporter, destination l'enfer !

Qu'il faille montrer patte blanche quand on est journaliste, a fortiori photographe ou reporter d'images, et que l'on mène l'enquête dans la Dahiyé, la banlieue sud de Beyrouth, n'a rien d'un secret. Dans ce vaste quartier régenté par le Hezbollah, la sécurité est assurée par ses miliciens et non par les forces de l'ordre libanaises. Sur le qui-vive, spécialement depuis la guerre de 2006 avec Israà«l, le Hezbollah, craignant espions et fouineurs, guette les mouvements insolites, les interviews et les prises d'images. Qu'un reportage dans la Dahiyé soit interrompu par un interrogatoire musclé, hors de tout cadre légal, divers journalistes l'ont expérimenté. Mais l'exercice peut aussi se transformer en le plus noir des cauchemars, comme le révèle l'affaire Rami Aysha.

Des journalistes manifestent devant l'ONU, à  Beyrouth, en hommage à  leur collègue Fanel Shana - tué à  Gaza le 18 avril 2008 lors d'un reportage.

Ce journaliste et fixeur palestinien de 30 ans, né au Liban, a non seulement été interpellé par des hommes du Hezbollah, puis "frappé et torturé par eux", selon le témoignage publié par Reporters sans frontières (RSF). Mais il a aussi été transféré à  l'armée libanaise, qui l'a également battu. Les militaires l'ont enfin placé en détention, où il a passé près d'un mois avant d'être relà¢ché, le 26 septembre, contre le versement d'une caution d'environ 500 euros. Accusé de tentative d'achat d'armes, ce professionnel, qui clame son innocence, reste poursuivi en justice.

Qu'est-ce qui a valu à  Rami Aysha pareil calvaire ? Le 30 aoà»t, le jeune homme, qui collabore avec plusieurs médias, dont Time ou Spiegel Online, se trouve sur l'ancienne route de l'aéroport, à  l'entrée de la Dahiyé. Muni d'une caméra vidéo, il veut y continuer un reportage qu'il a commencé sur le commerce d'armes au Liban.

Dans la banlieue sud, le journaliste est accompagné de deux hommes : un officier - son beau-frère - et un parent de ce dernier. Rami Aysha n'aura pas le temps de continuer son enquête : une douzaine d'hommes, indique-t-il à  RSF, l'enlèvent. Il se retrouve menotté, les yeux bandés. Ses ravisseurs ? Des membres des services de sécurité du Hezbollah. Ils le frappent si violemment que le journaliste en ressort le corps "jaune, bleu, noir", raconte-t-il au Monde peu après la publication du communiqué de RSF le 2 octobre. Le journaliste, qui sent contre sa tempe la pression d'un pistolet, croit qu'il va être tué.

Au bout de plusieurs heures, il est remis aux services de renseignement de l'armée libanaise, souvent redoutés. Il se sent pourtant presque soulagé : "Je me retrouvais dans des mains officielles", dit-il. Mais ses ennuis ne sont pas finis : il est "frappé" et "interrogé". Transféré à  la police militaire, il se retrouve "battu", "privé d'eau, de nourriture et de sommeil pendant trois jours", confie-t-il à  RSF, et "interrogé à  quatre reprises". Le journaliste, père d'une fillette, sera encore déféré devant un juge militaire et incarcéré dans plusieurs prisons.

Sa nationalité palestinienne - un père palestinien, une mère libanaise - a-t-elle contribué à  sa détention, quand cette communauté reste souvent stigmatisée au Liban ? S'est-il retrouvé dans un piège au moment de son arrestation ? Surtout, en quoi le profil de ses deux accompagnateurs a-t-il alimenté les accusations contre le journaliste ?

Son beau-frère, l'officier Wissam Abdel Khalek, lui aussi relà¢ché contre caution, reste poursuivi pour trafic d'armes, destinées, selon les médias proches du Hezbollah, à  la rébellion syrienne. Peu de détails sont disponibles quant au troisième homme, qui aurait été présent dans la banlieue sud pour acheter des munitions. Rami Aysha refuse de parler de ses accompagnateurs, soulignant qu'il n'a fait que son "métier de reporter", et RSF dit ne pas disposer d'informations à  leur sujet.

Depuis sa libération, le journaliste a repris son travail. "Je veux continuer ma vie", explique-t-il. Le jeune homme, qui espère décrocher un doctorat universitaire, est déterminé à  "aller jusqu'au bout pour prouver [son] innocence" devant la justice. "Je suis un journaliste, je ne suis pas un trafiquant d'armes, dit-il. Si le tribunal militaire devant lequel je comparaîtrai ne reconnaît pas mon innocence, j'irai devant la Cour suprême."

Alerté par des proches de Rami Aysha, RSF avait adressé, à  la mi-septembre, une lettre à  plusieurs ministres libanais, en dénonçant les "allégations de mauvais traitements" et en demandant que les charges contre le journaliste soient "immédiatement levées".

L'organisation n'a reçu aucune réponse à  ce jour. RSF a classé le Liban en 93e position sur un total de 179 pays dans son dernier classement mondial sur la liberté de la presse.

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