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Kasaï Oriental: Les enfants sorciers ou enfants du diable sont seuls au monde !

Accusés d'être la proie des démons, des milliers d'enfants sont abandonnés chaque année par leurs parents en République démocratique du Congo. Ils ont l'à¢ge d'aller à  l'école, dans une région où elle n'est douce pour personne. Ici, dans le Kasaï-Oriental, au centre de la République démocratique du Congo, la misère est extrême-bien que la province abrite le plus grand gisement de diamants industriels au monde-et les superstitions, tenaces. Mais le surnaturel a bon dos, et dans ce pays en plein tumulte, les enfants sont des boucs émissaires commodes: lorsqu'on veut s'en débarrasser, on les accuse d'être "habités" par les esprits malins, et coupables des malheurs de la famille. Ils sont alors appelés les "enfants-sorciers".

Dans le cadre de la Journée internationale des droits de l`enfant du 20 novembre, la Scam et France à” organisent une projection en avant-première du dernier film de Daniel Grandclément, qui sera diffusé sur France à” le 14 novembre.

Enfants sorciers ? Enfants du diable ?

Rejetés de tous, abandonnés à  eux-mêmes, ils subsistent comme ils peuvent dans des conditions effroyables. Beaucoup d'entre eux travaillent dans les mines, ces puits creusés dans la glaise qui s'enfoncent à  la verticale dans les entrailles de la terre. "Papa et maman m'ont chassé de la maison en me disant que j'étais sorcier. Alors je traîne dans les mines", dit ce petit bonhomme aux yeux tristes. Notre confrère Daniel Grandclément, éternel bourlingueur des causes perdues, est descendu avec ces forçats du tamis, là  où l'épaisse obscurité est juste percée des éclairs des lampes frontales et du sifflement des respirations. Rampant torse nu dans des boyaux étouffants, les enfants creusent comme ils peuvent pour remnter des sceaux d'une vingtaine de kilos de gravaiers en rêvant du miracle-la pépite-qui les tirerait des bas-fonds."Pour manger, les enfants-sorciers, abandonnés, doivent descendre creuser", commente, laconique, l'adulte qui réceptionne à  la surface. Autour de lui, les petits se tiennent immobiles. Ici, pas de rires d'enfants, juste la fatigue et la peur.

Cet adolescent congolais doit disparaître dans ce grand trou noir pour manger !

Sont-ils des enfants ou des sorciers ?

A Mbuji-Mayi, la capitale de la région

Les enfants-sorciers sont rejetés, parfois pourchassés. Cette ville éparpillée dans la forêt et plongée dans un brouillard de latérite offre l'image de l'Afrique grouillante et colorée où l'extrême misère cà´toie l'éclat du diamant, ce mirage qui alimente les rêves fous. Ici, les va-nu-pieds qui seront peut-être riches demain ont des carats plein les yeux. Alignés dans les rues, les négociants brandissent des liasses de billets de banque qu'ils distribuent de temps à  autre aux passants. La pauvreté est partout, dans ces innombrables mendiantes comme dans ces enfants de la rue, ces tout-petits en haillons qui dorment à  même le sol, épuisés, dans le vacarme et la cohue, dans les phares et les pétarades des cyclomoteurs. Seuls au monde. A la fois victimes et souvent délinquants, liés par la misère et le désespoir, ils sont un concentré ravageur de toutes les plaies de la société congolaise.

Il a quoi, 8 ans, 10 ans ?

De grands yeux pleins de sommeil, une moue de bébé. Il dit, avec une tristesse infinie: "C'est ma maman qui m'a laissé. Mon papa est mort, alors maman a pris un autre mari qui n'a pas voulu de moi. Maman, elle aime son mari parce qu'il a beaucoup d'argent, alors elle m'a refusé. Moi, je dis que maman, elle ne m'aimait pas quand elle m'a mis au monde..." Celui-là  à  11 ans, il est dans la rue depuis deux ans:" Mon père me frappait à  coups de machette. Il me disait "tu quittes la maison parce que tu es méchant..." "Certaines familles, de bonne foi, sont la proie de prédicateurs-la plupart se sont autoproclamés pasteurs ou prophètes-qui, moyennant finances, assurent pouvoir désenvoà»ter les "sorciers".

"Un enfant sur six est possédé par un esprit démoniaque, assure ce pasteur. Comment on le constate ? Par son caractère, par ses agissements anormaux. Par exemple, un enfant têtu, qui a une tête dure, un enfant qui fait des choses sortant de l'ordinaire. Ce n'est pas lui qui agit ainsi, c'est l'esprit mauvais qui l'habite..." Les sujets pensifs, solitaires, paresseux ou dissipés sont tout aussi concernés. Autant dire n'importe quel enfant !

Sur l'immense territoire de la Miba

La société minière de Bakwanga fermée depuis des années, des gardes armés tirent à  vue sur tous ceux qui pénètrent sans autorisation, ces hallucinés du caillou qu'on appelle les "suicidaires".

Ils creusent à  la sauvette et tamisent où ils peuvent, dans les eaux boueuses des rivières ou à  même les égouts, à  la recherche de minuscules éclats de minerai qu'ils revendront à  des négociants comme ce Libanais qui dégage en touche:"Ce qui se passe dans les mines, je n'en sais rien: je n'ai pas le droit d'y aller !"Assis dans la poussière ou pataugeant dans la boue, les "sorciers" rêvent leur destin en attendant ils ne savent quoi. ils sont des enfants encore, ils ont la vie devant eux mais ils croient déjà  plus en rien. Selon un sociologue qui ne cache pas son inquiétude, "Ces enfants de plus en plus nombreux dans les rues, c'est une bombe à  retardement. S'ils arrivaient à  déclencher un mouvement, ça pourrait être grave. Si on ne les contrà´le pas, nous arriverons un jour à  une déflagration qui provoquera beaucoup de dégà¢ts..."

Comme le dit Daniel Grandclément, le diamant ne fait pas la richesse de la région mais il est, au contraire, un facteur de désintégration sociale: l'agriculture et l'artisanat sont délaissés au profit de ce mirage et les familles, de plus en plus, explosent.

Autant dire le ferment du chaos...

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