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Liberté d'information, quelle place pour la RDC? Ambroise Pierre, responsable Afrique de Reporters sans frontières se confie à  Réveil FM International

Chaque année Reporters sans frontières établit sa liste des prédateurs de la liberté de la presse. Les prédateurs de la liberté de la presse considère les médias et journalistes comme leur proie. Autoritaires, puissants, dangereux, violents, nombrilistes, ils sont au-dessus des lois et font de la presse leur ennemi privilégié, leur bête noire. Ils sont responsables politiques d`un régime hostile aux libertés, organisateurs directs de campagnes de violences contre les journalistes, chevilles ouvrières d`un appareil de répression. Assassinat des journalistes, arrestations arbitraires, bà¢illonnement des médias... La République démocratique traîne en bas de l'échelle parmi les pays qui foulent aux pieds les droits et libertés fondamentaux des citoyens. Quelle place occupera-t-elle cette année dans le classement RSF? Ambroise Pierre, responsable Afrique de Reporters sans frontières était à  Kinshasa en octobre dernier. Avant le XIVè Sommet de la Francophonie, "Reporters sans frontières (RSF) et Journalistes en Danger (JED) ont publié un rapport intutilé : " Monsieur Kabila, vous aviez pourtant promis de lutter contre l'impunité ". Pour ne pas attendre le prochain rapport du classement de chaque pays sur la liberté de presse, nous sommes allés à  RSF pour s'enquérir sur l'évolution de la liberté de presse et d'information en République démocratique du Congo.

Ambroise Pierre, responsable Afrique de Reporters sans frontières. Photo Réveil FM

Dans ce rapport intitulé : `` Monsieur Kabila, vous aviez pourtant promis de lutter contre l`impunité », les deux organisations rappellent la promesse faite par le président Kabila, à  Montreux (Suisse), en octobre 2010 en clà´ture du XIIIe Sommet de la Francophonie, de lutter contre tous les crimes et attaques contre les journalistes.

Deux ans plus tard, RSF et JED constatent qu`aucune enquête sur un assassinat de journaliste en RDC n`a abouti au moindre résultat concluant, alors que le pays en a enregistré huit au cours de ces dernières années. Certains de ces assassinats ont été traités par des procès controversés tandis que d`autres n`ont jamais vu ne serait-ce qu`un début d`enquête. Dans ce rapport, RSF et JED affirment que la situation de la liberté de l`information s`est détériorée depuis l`année électorale 2011, et pointent du doigt l`Agence nationale des renseignements (ANR), des autorités locales et provinciales, ainsi que l`organe de régulation des médias, le Conseil supérieur de l`audiovisuel et de la communication (CSAC), comme les principaux responsables des entraves à  l`activité des médias.

Joseph Kabila, prédateur de la liberté d'information ?

"La grand-messe francophone se tient alors qu`un journaliste d`une chaîne privée (Patrick Palata), condamné à  vingt ans de prison, est incarcéré à  Kinshasa, et que deux de ses confrères (Fortunat Kasongo et Pierre Sosthène Kambidi) sont retenus depuis plus d`un mois par l`ANR. De même, le titre Le Journal est suspendu jusqu`à  nouvel ordre et le signal d`une des principales chaînes d`opposition, la Radio Lisanga Télévision (RLTV), est coupé", écrivent Reporters sans frontières et JED.

Patrick Palata, journaliste de Canal Congo Télévision (CCTV), une chaîne privée émettant à  Matadi, chef-lieu de la province du Bas-Congo (Sud-Ouest), est incarcéré depuis deux ans à  la prison militaire de Ndolo, et condamné à  vingt ans de servitude pénale pour `` organisation d`un mouvement insurrectionnel ». Le journaliste a toujours clamé son innocence et la demande de grà¢ce introduite par RSF et JED auprès de Joseph Kabila est restée sans suite.

En aoà»t dernier, deux journalistes ont été arrêtés dans le Kasaï, à  cause d`une affaire concernant la défection d`un officier et la création, dans cette province, d`un mouvement armé. Fortunat Kasongo et Pierre Sosthène Kambidi ont été transférés à  Kinshasa où ils sont détenus, tous les deux depuis près de deux mois, dans un cachot de l`Agence Nationale des Renseignements (ANR) sans aucune possibilité de visite ni de leurs proches ni de leurs avocats.

Enfin, en septembre, le signal de la Radio Lisanga Télévision (RLTV), une chaîne privée appartenant à  Roger Lumbala, député et membre influent de l`opposition, a été coupé de façon inexpliquée au moment où ce média diffusait une émission intitulée `` Tokomi wapi ? » (`` où en sommes-nous arrivés ? ») avec comme invité le député de l`opposition José Makila, qui accusait le président Joseph Kabila de `` haute trahison » pour avoir signé un `` accord secret » avec son homologue rwandais Paul Kagame.

Pendant plusieurs jours, ni le Conseil Supérieur de l`Audiovisuel et de la Communication (CSAC), ni le ministère chargé des Médias, interrogés, n`avaient revendiqué cet acte. Il a fallu attendre dix jours pour voir enfin le porte-parole du gouvernement et ministre en charge des Médias sortir de son mutisme pour justifier la coupure de la RLTV. Dans un arrêté ministériel qui a tout l`air d`avoir été antidaté (08/09/2012), le ministre accuse ce média de diffuser `` en temps de guerre des émissions relayant la campagne médiatique des forces négatives du M23, de nature à  démoraliser l`armée et la population ». Nulle part pourtant, le ministre ne donne ni la date, ni l`heure, ni le nom de l`émission incriminée. Ce qui confirme bien la thèse d`un coup de force politique destiné à  faire taire un média qui dérange.

Dans le même état d`esprit de musèlement de la presse, RSF et JED rappellent l`expulsion en juillet 2012 à  son arrivée à  l`aéroport, du réalisateur belge Thierry Michel, auteur d`un film documentaire sur l`assassinat du célèbre défenseur des droits de l`homme Floribert Chebeya et l`interdiction de la diffusion de son film en RDC. Malgré les promesses faites dans ce sens par les autorités congolaises, Thierry Michel n`a toujours pas reçu son visa de retour en RDC et ne peut donc diffuser ce film censuré.

Au delà  de la RDC, RSF et JED s`inquiètent plus généralement de la situation en Afrique centrale où la prison, les pressions et l`autocensure freinent le libre exercice du métier d`informer. C`est le cas, entre autres, du procès d`Hassan Ruvakuki au Burundi condamné à  la prison à  perpétuité, de l`incarcération de trois journalistes au Rwanda, des pressions sur Jean-Claude Nekim au Tchad, de l`immobilisme et du poids de la censure en Guinée équatoriale.

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