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Goma sous tension avant le retrait prétendu et attendu des miliciens tutsi-Rwandais du M23

Les miliciens tutsi-Rwandais du M23 n' avaient pas prévu que le morceau serait difficile à  avaler par les Congolais de l'intérieur, les Congolais de l'étranger et la communauté internationale, qui réfutent leur présence sur le sol congolais et redoutent une extension de la crise au Congo, avec son cortège de souffrances pour les populations civiles congolaises: massacres, tueries, viols. Goma sous occupation rwandaise, les miliciens du M23 croyaient pouvoir avoir l'adhésion populaire mais ils se sont fourvoyés. "Pas de pillages généralisés, pas d'exactions", comme ce fut le cas par le passé, notamment du fait des mouvements armés de la même famille: CNDP-RCD-Goma, de triste mémoire, se sont révélés encore une fois que des simples slogans teintés de bonnes intentions fallacieuses.

Un milicien du M23 monte la garde devant un magasin, à  Goma, le 28 novembre.

En 2004, par exemple, les hommes des criminels rwandais Laurent Nkunda et de Jules Mutebutsi, précurseurs du M23, avaient volé et violé pendant les quelques jours où ils avaient tenu Bukavu (au sud de Goma), avant qu'ils ne soient bouter dehors par le feu Général Félix Mbuza Mabé.

Des miliciens rwandais tutsi du M23 et Hutu du Pareco prennent Goma en otage !

A Goma, le M23 a souhaité maintenir l'ordre. Mais au fil du temps, des accidents de plus en plus fréquents viennent compromettre cette démonstration de respect des biens et des personnes. Des pillages ciblés semblent de plus en plus viser des résidences de personnalités politiques et militaires du pouvoir, qui ont fui en direction des zones gouvernementales.

Jeudi 29 novembre, par exemple, des soldats sont entrés dans la maison du général Mugabo, de l'ex-groupe armé du Pareco (les Patriotes résistants congolais, formés à  la base de Hutus congolais). Ce dernier soutient les forces loyalistes, et se trouve actuellement à  Butembo, en zone gouvernementale, au nord de Goma. Dans la résidence se serait trouvé sa fille, Seidate, qui, "surprise en train de laver des effets dans la cour", selon l'un des militaires du M23, a réussi à  prendre la fuite.

Les soldats du M23 ont creusé dans le jardin et mis au jour deux caches d'armes, dont des lance-roquettes RPG rouillés, quelques armes automatiques, un mortier de 60 millimètres et des boîtes de munitions oxydées par leur séjour dans le sol. Selon les voisins, ils auraient aussi emporté le groupé électrogène de la maison, ainsi que des effets personnels. Le pick-up jaune qu'ils conduisaient, avec à  son bord un responsable se présentant comme le colonel Elk, est parti en emportant des armes, surmontées d'un matelas.

D'autres membres du Pareco, qui se trouvent toujours à  Goma et vivent cachés depuis l'irruption du M23 en ville, ont peur d'être bientà´t pris pour cibles par des pillards de la dernière heure. L'un d'entre eux, avec lequel nous sommes en contact régulier, cherche actuellement à  fuir la ville. Il n'avait pas jugé bon de quitter Goma initialement, mais a reçu ces derniers jours des SMS de menace, tout comme d'autres responsables politiques et militaires de la ville.

La mission de l'ONU en République démocratique du Congo (Monusco) a procédé à  des évacuations - dont certaines après extraction par des équipes de casques bleus - d'un certain nombre de membres d'organisations de défense des droits de l'homme, de responsables de l'administration locale, de journalistes, de banquiers (notamment les deux directeurs de la banque centrale, que des hommes du M23 occupent actuellement et dont ils ont essayé, en vain apparemment, d'ouvrir les coffres, les possesseurs des clefs et du code se trouvant désormais en zone gouvernementale), ainsi que des magistrats.

La Monusco, on le sait, n'a pas pu assurer la défense de Goma. A présent, sa mission de protection de la population est mise à  l'épreuve par cette situation ambiguà«. Hiroute Guebre Selassie, chef du bureau de la Monusco pour le Nord-Kivu, explique qu'il est actuellement difficile pour les équipes de l'ONU de réaliser des enquêtes sur les cas d'exactions portées à  sa connaissance : "On a des rapports qu'on a choisi de ne pas vérifier tout de suite, pour ne pas mettre les témoins en danger." Cela en dit long sur l'ambiance à  Goma. Plus de 1 600 casques bleus sont déployés dans la ville et à  sa périphérie, en attendant la prochaine phase, qui pourrait s'avérer difficile, de transition entre deux pouvoirs.

Que se passera-t-il lorsque le M23 quittera Goma ? En attente de cette réponse, une manifestation pro-occupation du Congo par des miliciens tutsi rwandais, réunissant quelques centaines de personnes, avait été organisée mercredi. Après avoir traversé la ville, elle a terminé dans un hà´tel où se réunissait l'aile politique du M23, en criant "A Kinshasa, A Kinshasa ", comme si l'heure était à  l'extension de la guerre.

En réalité, dans l'immédiat, les pressions internationales et régionales poussent plutà´t le M23 à  entamer son retrait de Goma, conformément à  l'accord de Kampala du week-end dernier. Mais on ne saura si ce dernier est en voie d'accomplissement qu'au moment où il est supposé prendre fin, vendredi. A ce stade, le plan est de laisser aux rebelles le temps de réunir leurs forces à  Goma, avant d'opérer une transmission de pouvoir à  la Police nationale congolaise (PNC). C'est en tout cas sur ce scénario que tablent les Nations unies. Le M23 n'a rien proposé, publiquement, de la sorte.

Du reste, quel est l'état de la police ? De son effectif initial de 3 000 personnes à  Goma, il n'est resté que 900 éléments après la prise de la ville. Cela fait bien peu pour tenir une ville d'un million de personnes. Dans un second temps, les troupes loyalistes, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) infiltrées par des officiers rwandais, devraient entrer dans Goma. Le M23, milice d'occupation est-il prêt à  l'accepter ? Rien de clair ne s'est encore dégagé à  ce sujet.

De plus, dans le cas où les FARDC seraient de retour à  Goma, comment se comporteront-elles ?

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