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Souvenirs: Avec Jean-Marc Ayrault à  Berlin !

La première visite officielle à  Berlin du Premier ministre Jean-Marc Ayrault a été très dense du 13 au 14 novembre dernier. 45 journalistes l'avaient accompagné dont Réveil FM International. Colloque avec des chefs d`entreprise allemands, visite du monument de l'holocauste, déjeuner avec des syndicalistes, dîner avec des intellectuels… La première visite officielle à  Berlin du Premier ministre Jean-Marc Ayrault a été très dense. Mais le clou de la journée, c'était bien entendu sa rencontre avec la chancelière Angela Merkel. Comme François Fillon en juin 2007, le Premier ministre français a reçu un hommage militaire dans la cour d`honneur de la Chancellerie. Mais, fait totalement exceptionnel, Jean-Marc Ayrault, ancien professeur d`allemand, avait pu s`entretenir en tête-à -tête avec Angela Merkel durant vingt-deux minutes sans interprètes. Les deux dirigeants avaient affiché leur complicité sur le tapis rouge comme deux stars de cinéma. "Très clair et sympathique" Tout au long de cette journée berlinoise, Jean-Marc Ayrault avait toutefois un "tournant" autrement plus difficile à  opérer. Face aux critiques et aux inquiétudes qui se faisaient voir en Allemagne depuis une dizaine de jours, sur les capacités de la France à  se réformer en profondeur, le Premier ministre avait à  cœ“ur d`expliquer les actions de son gouvernement. Manifestement les chefs d`entreprise allemands, réunis à  l`hà´tel Adlon, à  deux pas de la porte de Brandebourg, ont été très agréablement surpris par le discours prononcé par Jean-Marc Ayrault en début de matinée. "Je l`ai trouvé très clair et très sympathique", commente le patron d`une maison de confection du Mittelstand, ces fameuses PME qui font la richesse de l`Allemagne, tandis qu'un autre dirigeant se dit "rassuré" par ce Premier ministre qui parle allemand. Nous revenons sur cette visite officielle à  l'heure où la France et l'Allemagne ont célébré le 50è anniversaire du traité d'Elysée. Et vous proposons les réponses d'Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires Étrangères décrypte la relation entre Paris et Berlin.

Berlin, Jean-Marc Ayrault avec des jeunes franco-allemand. Photo Réveil FM

Visite du monument de l'holocauste

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault avait effectué la visite du monument de l'holocauste en toute intimité et sérénité. Ce lieu impose le respect et la dignité comme ultime hommage aux 4,2 millions de juifs exterminés par les nazis. Le Mémorial aux juifs assassinés d`Europe, construit par l`architecte américain Peter Eisenman sur une esplanade près du Tiergarten, où caché sous la terre se cachait jusqu`en 1945 le bunker de Joseph Goebbels, l`homme de propagande d`Adolf Hitler. Inauguré en 2005 pour le 60e anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale, sa construction provoqua bien des polémiques - sur l`idée même du mémorial puis sur le produit utilisé pour empêcher les tags sur la pierre, fabriqué par une firme Degussa, dont l`une des filiales fabriquait le gaz zyklon B de sinistre mémoire. Le mémorial est un ensemble hypnotique de petites et gigantesques pierres tombales noires, comme un monumental cimetière à  ciel ouvert.

Berlin, Jean-Marc Ayrault en visite du monument de l'holocauste. Photos Réveil FM

Jean-Marc Ayrault à  la porte de Brandebourg. Photo Réveil FM

Jean-Marc Ayrault vient à  la rencontre des journalistes. Photo Réveil FM

Jean-Marc Ayrault face aux journalistes. Photo Réveil FM

Jean-Marc Ayrault s'exprime devant l'ambassade de France à  Berlin. Le symbolique est fort ! Réveil FM

Jean-Marc Ayrault reçu en grande pompe par Angela Merkel à  la Chancellerie !

Tapis rouge, hymnes nationaux, troupe en revue pour Jean-Marc Ayrault. Photo Réveil FM

La chancelière Angela Merkel raccompagne le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Photo Réveil FM

Chancellerie, un au revoir chaleureux et respectueux entre Jean-Marc Ayrault et Angela Merkel. Photo Réveil FM

Alors que France et Allemagne célèbrent le 50e anniversaire du traité de l'Elysée, Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires Étrangères décrypte la relation entre Paris et Berlin.

Les 50 ans du traité de l`Élysée sont l`occasion de nombreuses commémorations de l`amitié franco-allemande. Pourtant, beaucoup soulignent le manque de passion de cette amitié et décrivent un couple usé. Est-ce vraiment le cas ?

- Oui et non. C`est normal de commémorer les moments importants, mais la France (pas l`Allemagne) est un peu trop obsédée par les commémorations ! C`est bien si elles servent de tremplin pour des projets d`avenir. Ce qui est très important à  propos du Traité de 1963, fruit d`un contexte stratégique et diplomatique bien particulier, tout à  fait différent de l`actuel, ce n`est pas sa commémoration en soi, mais la méthode : la rencontre régulière des responsables français et allemands, des gouvernements, des parlements et des sociétés comme aujourd`hui à  Berlin. Ce n`est pas un problème de "passion", "d`amitié", termes trop psychologiques, ni même de "couple", terme trop sentimental et introverti, qui a eu de grands moments que l`on célèbre (De Gaulle/Adenauer, Giscard/Schmidt, Kohl/Mitterrand). Depuis la réunification, c`est autre chose. Il faut penser l`avenir sur des choses nouvelles.

Vous avez vécu de près le geste hautement symbolique entre François Mitterrand et Helmut Kohl en 1984. Quel souvenir en gardez-vous ? Des gestes aussi forts sont-ils encore possibles aujourd`hui ?

- Cette poignée de mains de Verdun en 1984, geste spontané de François Mitterrand envers Helmut Kohl, est devenue emblématique, à  un point que n`avaient pas imaginé ceux qui y ont assisté, dont moi, même si nous étions très émus. Elle dépassait et sublimait le souvenir de la boucherie de Verdun 68 ans auparavant, et de toute la terrible suite. Un tel geste ne se fait qu`une fois. Les nouveaux gestes devront annoncer l`avenir, pas exorciser le passé, ce qui est fait.

Le couple franco allemand est-il aujourd`hui déséquilibré ?

- Oui. Le déséquilibre s`est creusé sur le plan économique - c`est maintenant évident -, institutionnel (l`Allemagne a obtenu un poids renforcé dans les traités européens de Maastricht, de Nice, et surtout de Lisbonne) et même psychologique : la nostalgie du "couple" chez les Français, (qui est une nostalgie de la parité France-Allemagne), un regard plus détaché chez les Allemands... C`est d`abord à  la France de faire un travail sur elle-même pour rétablir cet équilibre, comme le souhaitent la plupart des européens.

Les sujets de divergences ne manquent pas : compétitivité, dette, Grèce et, plus récemment, le Mali. Pourtant, France et Allemagne sont-elles condamnées à  s`entendre ?

- Certainement. Mais en réalité, 50 ans après ce traité, les deux pays restent très différents. Ils ne sont presque jamais spontanément sur la même ligne. S`entendre, converger, suppose une volonté quotidienne. Ils ne sont pas absolument obligés de s`entendre. Ce n`est pas un drame si ils ne s`entendent pas, mais cela est gênant pour les deux y compris pour l`Allemagne trop en première ligne ! Ils pèsent alors moins, et l`Europe marche mal.

France et Allemagne sont-ils toujours aujourd`hui le moteur de l`Union Européenne ?

- Moteur pour quoi faire ? C`est à  clarifier. En tout cas, il n`y a pas d`autre moteur. Pas l`Allemagne seule. Ni d`autres "couples". La fameuse méthode "communautaire" n`est pas suffisante, et elle ne donne jamais de meilleurs résultats que quand la France et l`Allemagne sont d`accord en amont. On peut dire que l`accouchement (dans la douleur) en ce moment d`un gouvernement économique de la zone euro aura été le résultat, à  chaque étape, d`un accord ou d`un compromis franco-allemand.

Quelles sont les possibilités de François Hollande (et d`Angela Merkel) pour donner une nouvelle impulsion à  ce couple chancelant ?

- Oublions ce terme de couple qui appelle aussità´t, dans la situation actuelle, des qualificatifs dépréciatifs ou ironiques. Les possibilités d`une nouvelle impulsion par François Hollande et Angela Merkel ? Elles sont réelles, mais peut-être plus après les élections allemandes de septembre prochain que maintenant.

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