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Nicolas Sarkozy inculpé : le juge Jean-Michel Gentil, une main de fer dans un gant de… fer

De lui, on ne trouve qu'une ou deux photos. Jean-Michel Gentil n'est rien moins qu'un magistrat médiatique. Avec la mise en examen d'un ex-chef d'Etat à  son actif, jeudi 21 mars, le juge d'instruction en charge du dossier Bettencourt se retrouve au centre de toutes les attentions. Le juge d'instruction qui a mis en examen Nicolas Sarkozy se distingue par son goà»t du secret et ses méthodes musclées. Fuyant comme la peste photographes et journalistes, il continue toutefois à  se distinguer par son goà»t du secret. "Jusqu'à  la paranoia", pointent certains avocats intervenant dans des dossiers qu'il a instruits. "Il est très secret, c'est vrai", reconnaît le procureur de Marseille Jacques Dallest, avec qui il a travaillé quand les deux hommes étaient en poste en Corse. "Il a pris le pli de la distance qu'implique sa fonction", estime celui qui voit en lui "le juge d'instruction par excellence".


Sarkozy mis en examen pour "abus de faiblesse... par BFMTV

Le juge Jean-Michel Gentil a mis Nicolas Sarkozy en examen.(PATRICK BERNARD/AFP)

C'est à  ce poste que Jean-Michel Gentil a en effet effectué toute sa carrière : à  52 ans, il n'a jamais exercé d'autres fonctions au sein de la magistrature. Au fil de cette longue expérience débutée à  Dunkerque, il se forge une réputation d'intransigeance - de "cow boy", rectifient ses adversaires. A Nanterre dans les années 1990, le juge n'hésite pas à  s'attaquer à  des policiers dans une affaire de proxénétisme. Au début des années 2000, nommé à  Ajaccio, il met en examen le ténor local Antoine Sollacaro, assassiné en octobre, pour violation du secret de l'instruction.

Menottes et détention provisoire

Quand il reprend le dossier Bettencourt, dépaysé à  Bordeaux fin 2010, avec ses collègues Cécile Ramonatxo et Valérie Noà«l, le magistrat met en œ“uvre les mêmes méthodes musclées. En décembre 2011, il impose deux nuits à  la prison de la Santé et un vol Paris-Bordeaux menottes aux poings au photographe François-Marie Banier avant de l'entendre. En mars 2012, il place en détention provisoire Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, pendant près de trois mois.

Pour le moins inhabituel dans les dossiers politico-financiers. Choquant, pour les avocats qui interviennent en défense dans le dossier. "Jean-Michel Gentil instruit uniquement à  charge", dénonce l'un d'eux. "C'est ce qu'on dit toujours d'un juge pugnace", note Jacques Dallest. "Il est très imprégné de sa fonction : chercher la vérité", selon l'avocat Léon Lef Forster, qui le connaît depuis de nombreuses années.

"Travailleur, serein, méthodique", "solide sur la procédure", "qui sait ne pas manquer d'humour" en privé, mais aussi "colérique", "hautain", "ayant pris la grosse tête" : sa personnalité suscite des réactions contrastées, jusque dans les couloirs du Palais de justice de Bordeaux.

Sans étiquette

Partisans comme détracteurs s'accordent à  lui reconnaître une qualité : son indépendance vis-à -vis des cercles du pouvoir. S'il vient de mettre en examen un ancien président de droite, il n'a pas épargné la gauche par le passé. "C'est un homme qui s'est toujours battu pour que les juges aient une garantie d'indépendance", loue Léon Lef Forster.

Président de l'Association française des magistrats instructeurs (AFMI) à  la fin des années 1990, Jean-Michel Gentil ferraille aux cà´tés de l'avocat contre le projet de réforme d'Elisabeth Guigou, garde des Sceaux du gouvernement Jospin, sur la présomption d'innocence. En septembre 2011, en pleine campagne pour la primaire socialiste, c'est à  l'encontre de Jean-Michel Baylet, président du Parti radical de gauche et candidat, qu'il signe une ordonnance de renvoi en correctionnelle pour "prise illégale d'intérêt".

Sans étiquette politique donc. Une caractéristique tranchant singulièrement avec Philippe Courroye, qui dirigeait l'enquête sur le dossier Bettencourt avant lui.

Et qu'il a convoqué pour qu'il s'explique sur ses multiples rendez-vous avec Nicolas Sarkozy au gré des rebondissements de l'affaire.

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