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Jérôme Cahuzac accorde son premier entretien à  RMC Info et BFM TV !

L'ancien ministre délégué au Budget a répondu à  sa première interview depuis ses aveux. Il démissionne de son mandat et renonce à  la vie politique.

C'est le scoop qui faisait rêver tout le monde : Jérà´me Cahuzac accorde son premier entretien à  RMC Info et BFM TV. Celui dont on décrivait la vie quotidienne comme celle d'un quasi-fugitif, changeant de lieu de résidence tous les deux jours, réapparaît en pleine lumière, interviewé par Jean-François Achilli, directeur des rédactions des deux médias. Voici l'essentiel des déclarations de Jérà´me Cahuzac.

L'ancien ministre délégué au Budget Jérà´me Cahuzac a annoncé qu'il démissionnait de l'Assemblée nationale, jugeant "infiniment peu probable" un retour en politique après avoir menti sur son compte bancaire non déclaré à  l'étranger. "Aujourd'hui, en conscience, j'estime que la gravité de cette faute ne me permet pas de rester parlementaire et j'ai donc décidé de démissionner", a déclaré l'élu du Lot-et-Garonne, qui s'exprimait pour la première fois à  la télévision depuis ses aveux, le 2 avril.

"Une page se tourne"

Interrogé sur un éventuel retour en politique, il a répondu : "Cela me paraît infiniment peu probable. [...] J'ai le sentiment assez puissant qu'une page se tourne." "La vie politique n'a de sens que lorsqu'on est élu. Ne l'étant plus, je n'ai de fait plus de vie politique", a-t-il ajouté. Dans un long exercice de contrition, l'ancien ministre a déclaré qu'il ignorait "de quelle façon aujourd'hui [il pouvait] tenter de compenser le mal qu'[il a] pu faire". Va-t-il renoncer à  ses indemnités d'ancien ministre, comme le lui a demandé Jean-Marc Ayrault ? "C'est un problème juridique et j'ai laissé à  mon avocat le soin de régler cette question", a répondu Jérà´me Cahuzac.

"La déclaration d'Ayrault est très dure [le Premier ministre a qualifié Jérà´me Cahuzac de ministre anti-fraude devenu ministre de la fraude, NDLR]. C'est une réalité que je dois affronter désormais." "Les réactions ont été très violentes. Il y a eu une sorte d'acharnement. Il n'y a pas de précédent aussi intense dans notre histoire politique contemporaine." "J'ai pris ma décision après avoir entendu ceux qui m'ont rappelé que j'avais été élu régulièrement et que la justice n'avait pas décidé que j'étais incapable d'exercer ce mandat. Et puis il y a ceux qui m'ont parlé de la faute morale. La gravité de cette faute ne me permet pas de rester parlementaire. Je démissionne. Je n'ai, de fait, plus de vie politique."

"Pardon à  Hollande, Ayrault et Moscovici"

Jérà´me Cahuzac a déclaré "ignorer" le "degré de connaissance" de François Hollande de l'affaire le concernant, tout en répétant qu'il lui avait "menti". "J'ignore quel était son degré de connaissance de cette affaire", a déclaré Jérà´me Cahuzac, à  propos de la détention non déclarée d'un compte bancaire à  l'étranger qui lui a valu d'être mis en examen pour "blanchiment de fraude fiscale". BFM TV lui demandait si "le président de la République, le Premier ministre, d'autres ministres savaient" qu'il était en infraction avec la loi "lorsque Mediapart a révélé la vérité [...] au début du mois de décembre" 2012 sur l'existence de son compte bancaire en Suisse.

"Ce que je veux dire, c'est que, à  lui comme au Premier ministre, comme à  Pierre Moscovici [le ministre de l'Économie, NDLR], je n'ai pas dit la vérité. [...] à€ eux aussi, j'ai menti, je le regrette amèrement [...], je leur ai demandé pardon, c'est à  eux de voir s'ils peuvent ou pas me l'accorder", a ajouté Jérà´me Cahuzac, reprenant ce qu'il avait dit le jour de sa mise en examen. Il a précisé qu'il avait sollicité "par écrit" le pardon du président de la République, mais que celui-ci n'avait "pas répondu".

Concernant ce mensonge, qui a duré plusieurs mois, Jérà´me Cahuzac affirme : "J'avais une part d'ombre qui est aujourd'hui en pleine lumière. J'ai fini par décider d'affronter la vérité pour faire face à  cette part d'ombre. Après avoir cherché comment faire, je n'ai pas trouvé la solution. Toute solution ne pouvait passer que par la levée de l'anonymat. Je ne pouvais m'y résoudre. J'ai dà» le faire. Les choses ne sont pas rationnelles, on est dans l'irrationnel quand on nie sa part d'ombre, on se ment à  soi-même avant de mentir aux autres. Je me suis menti à  moi-même pendant des années. J'aurais dà» refuser le poste de ministre du Budget, j'aurais dà» avoir cette lucidité. J'en paye aujourd'hui le prix fort. La lucidité me heurte de plein fouet aujourd'hui."

"J'ai commis une faute en acceptant ce poste"

Jérà´me Cahuzac a reconnu mardi qu'il n'avait "pas eu la force d'à¢me" de refuser le poste que François Hollande lui proposait au gouvernement en mai 2012, malgré l'existence d'un compte en banque secret à  l'étranger. "Ce jour-là , à  cet instant-là , j'aurais dà» avoir la force d'à¢me de refuser, j'ai commis une faute en acceptant ce poste", a déclaré Jérà´me Cahuzac sur BFM TV. "Croyez bien que j'en paie le prix aujourd'hui", a-t-il ajouté. "Je n'ai pas eu la force d'à¢me, la lucidité de refuser", a répété l'ancien député socialiste.

Évoquant une "folle erreur" commise "il y a près de 20 ans", l'ouverture d'un compte en Suisse, il a reconnu avoir eu "une part d'ombre". "J'ai cru qu'en travaillant comme j'ai pu le faire [...], j'ai cru que ce travail ardent, sincère, me permettrait de repousser cette part d'ombre", a-t-il dit. Jérà´me Cahuzac a démissionné du gouvernement le 19 mars lors de l'ouverture d'une information judiciaire le mettant en cause pour blanchiment de fraude fiscale. Il a publiquement avoué le 2 avril avoir ouvert un compte en Suisse.

Concernant Philippe Péninque (qui a ouvert le compte en Suisse, NDLR), "il n'était pas proche de Marine Le Pen il y a 20 ans. J'estime par ailleurs que l'engagement politique ne résume pas un homme."

Les "rumeurs"

"Je me consume littéralement de l'intérieur. J'espère rebà¢tir une vie, me reconstruire, et je renonce à  tout recours, à  toute procédure permettant d'éviter que les preuves ne soient mises à  la disposition de la justice française. Une épreuve judiciaire m'attend", a déclaré l'ancien ministre.

L'ancien ministre du Budget a tout de même affirmé que son compte bancaire non déclaré à  l'étranger n'avait "jamais servi à  financer de campagne du Parti socialiste". Il a par ailleurs réfuté que ce compte, ouvert en Suisse puis transféré à  Singapour, ait pu accueillir 15 millions d'euros, "une rumeur" selon lui, répétant qu'il n'y avait que 600 000 euros qui y étaient déposés. "600 000 euros, oui. Le reste, non", a-t-il affirmé.

"La justice française aura tous les documents concernant les activités illicites que j'ai pu avoir hors de nos frontières. J'ai déjà  dit aux juges ce qu'était le montant de ce compte à  l'étranger", a insisté Jérà´me Cahuzac, qui a promis de ne faire aucun recours en Suisse de nature à  ralentir le travail des juges d'instruction français. L'ex-ministre a ajouté avoir "vu et revu" les juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire depuis qu'ils l'ont mis en examen le 2 avril pour blanchiment de fraude fiscale. Laboratoires pharmaceutiques

Ces fonds provenaient, selon Jérà´me Cahuzac, de son "travail", d'"une activité légale auprès d'entreprises de santé et de laboratoires pharmaceutiques" exercée après son départ du ministère de la Santé en 1991 et jusqu'à  son élection comme député à  Villeneuve-sur-Lot en 1997. "Dans le cadre de mon travail, j'ai eu à  oeuvrer avec des laboratoires pharmaceutiques, plus généralement avec des entreprises de santé. Et je l'ai fait après avoir quitté le ministère, c'est-à -dire après la démission du gouvernement de Michel Rocard et donc après la démission de Claude Évin", a insisté Jérà´me Cahuzac.

Mais il a réfuté toute "confusion des genres" et tout "conflit d'intérêts", car, a-t-il affirmé, il avait fait son "travail le plus honnêtement possible" quand il était "au cabinet de Claude Évin". Après, "alors même que j'étais libre de tout engagement, j'ai décidé de mettre une technicité auprès d'entreprises de santé le plus légalement du monde", a-t-il expliqué. "Je suis élu en 97. à€ partir de 1997, je n'accepte plus aucune mission. Et à  partir de 1998, la société de conseil que j'avais créée ne réalise plus un franc de chiffre d'affaires", a assuré le ministre déchu. Durant ses années ent tant que conseiller au ministère de la Santé, "il n'y avait pas de relations troubles [avec les laboratoires], il y avait des relations extrêmement difficiles, précisément parce qu'il n'y avait pas de relations troubles".

"Vos confrères ont puissamment contribué à  dévaster ma vie"

L'ancien ministre délégué au Budget a jugé "contestables" les méthodes du site d'information Mediapart qui avait révélé l'existence de son compte bancaire en Suisse, tout en reconnaissant être le seul responsable de la situation dans laquelle il s'est mis. "Les méthodes me semblent contestables, car je pense que jamais la fin ne peut justifier les moyens et il est vrai que vos confrères ont puissamment contribué à  dévaster ma vie", a expliqué le député du Lot-et-Garonne en réponse à  une question sur son sentiment aujourd'hui vis-à -vis des journalistes de Mediapart.

"Mais, a-t-il ajouté, ce ne sont pas ces journalistes-là  qui sont responsables de la situation que je vis, le responsable, c'est moi, et donc c'est à  moi que j'en veux." Interrogé sur l'utilité, au-delà  de sa personne, que la vérité ait été révélée par des journalistes, Jérà´me Cahuzac a éludé : "à€ chacun d'apprécier l'utilité ou pas." "Ce que je veux redire, c'est que je persiste à  penser que jamais la fin ne justifie les moyens et que le vrai responsable de cette situation, c'est moi, et personne d'autre", a-t-il insisté.

Démission de Cahuzac : les réactions politiques

Claude Bartolone, président PS de l'Assemblée nationale :

"Il respecte l'Assemblée nationale et il se respecte lui-même", a dit Claude Bartolone à  la presse, salle des Quatre-Colonnes. "Il respecte l'Assemblée nationale parce que son retour aurait été impossible et il se respecte lui-même parce qu'il va aller devant la justice et qu'il va se reconstruire." "Je pense qu'il a pris la seule et la bonne décision" , a-t-il ajouté.

Gilbert Collard, député lepéniste :

"Quelque chose m'a intrigué dans ces aveux tristement mis en scène, c'est qu'il s'adresse à  tous ceux qui ont une part d'ombre. Je ne crois pas que cet homme qui a pesé chacun de ses mots ait pu parler de la part d'ombre qu'il y a chez les autres en ayant ce regard très fixe, si ce regard comme ces mots n'allaient pas vers quelques-uns. Est-ce qu'un jour Monsieur Cahuzac lèverait cette part d'ombre qui pourrait exister chez d'autres ?" L'élu du Gard a aussi relevé "le lapsus qu'il a fait en disant ce qui m'étouffait, au lieu de ce que j'ai fait. C'est peut-être le seul moment où ses aveux ont été sincères". "J'ai du respect pour un homme qui avoue, mais il y a aussi une stratégie de l'aveu, car avouer, c'est déraciner la polémique, c'est couper court aux questions. Mais ce n'est pas parce qu'un homme passe des aveux que pour autant l'affaire en lui est terminée. L'avenir nous dira ce que ces aveux voulaient vraiment dire" , a pronostiqué cet avocat de profession.

Patrick Cassany, maire PS de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne)

"Jérà´me Cahuzac vient d'annoncer qu'il se retirait de la vie politique, (...) au-delà  des aspects juridiques, c'était la seule solution pour lui", pour "se reconstruire" et "se défendre", a estimé Patrick Cassany dans un communiqué. "Désormais, son combat se situe sur un autre plan. Il faut qu'il poursuive le chemin dans lequel il s'est engagé afin que toute la vérité soit dite" , a souligné Patrick Cassany.

Harlem Désir, premier secrétaire du Parti socialiste :

"Jérà´me Cahuzac a pris la seule décision raisonnable, la seule décision acceptable pour les Français, en annonçant sa démission de l'Assemblée nationale, il assume sa faute individuelle", a déclaré le premier secrétaire à  la presse à  l'issue du bureau national du PS au siège du parti. L'ex-ministre du Budget "ne fait plus partie de la vie politique", selon lui. "L'affaire politique Cahuzac, elle est close", a-t-il ajouté. "Il y aura désignation" d'un candidat, "nous allons maintenant regarder cela avec les militants du PS dans la fédération du Lot-et-Garonne" , a-t-il ajouté.

Pierre Laurent, premier secrétaire du PCF :

"Son retrait ne sera pas une perte pour la gauche", a déclaré Pierre Laurent à  la presse en marge d'un meeting intitulé "Contre le fric qui pourrit tout, maintenant prenez le pouvoir !" à  Paris. "C'est la moindre des choses", qu'il démissionne, "le plus désolant est qu'il a fallu tout ça pour qu'il se rende compte qu'il n'a pas sa place dans la vie politique", a-t-il ajouté. "Il a fallu se résoudre au pied du mur. à‡a continue d'être désolant, ça n'en fini pas d'être désolant" , a dit Pierre Laurent.

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