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Guantanamo: Le mouvement de grève de la faim s'amplifie !

La prison de Guantanamo a été ouverte en 2002

L'Amérique les avait presque oubliés. Malgré la promesse faite en 2008 par le président américain Barack Obama de fermer la prison de Guantanamo, 166 prisonniers sont toujours détenus sur la base navale Delta située sur une enclave américaine à  Cuba. Depuis le déclenchement le 6 février d'une grève de la faim largement suivie, ces hommes se sont rappelé au bon souvenir de l'administration américaine. Après avoir tenté de minimiser le mouvement, celle-ci a dà» reconnaître, dimanche 21 avril, son ampleur : au moins 84 détenus - plus encore selon les avocats - ont cessé de s'alimenter pour protester contre leurs conditions de détention autant que contre l'arbitraire qui les maintient emprisonnés depuis onze ans.

Depuis l'ouverture de la prison en janvier 2002, dans le sillage des attentats du 11 septembre 2001, 779 détenus venus de 48 pays ont été incarcérés, la plupart sans inculpation ni jugement. Le gouvernement de George W. Bush, alors au pouvoir, avait inventé pour eux une catégorie "juridique" contraire à  toutes les conventions et permettant une privation de liberté sans fin : "combattant ennemi illégal". Onze ans après l'ouverture de "Gitmo", seuls neuf détenus ont été condamnés ou traduits en justice.

604 Transfèrements !

Dans les camps V et VI de la base Delta, ces 166 détenus attendent depuis onze ans de connaître le sort qui leur sera réservé. Ils ont vu partir, depuis 2002, 604 codétenus, transférés vers leur pays d'origine ou des pays tiers. Parmi ceux qui restent se trouvent 92 Yéménites, 21 Afghans, 14 Saoudiens, 6 Pakistanais et 42 détenus d'origines diverses. Une poignée d'entre eux, notamment ceux considérés comme de "grande valeur", sont détenus dans le quartier de haute sécurité du camp V. Les autres, composant la majorité des détenus - 130 selon une estimation -, vivent dans le camp VI. Ils ne posent pas de problèmes de discipline, ne représentent pas un risque particulier en matière de terrorisme et n'ont pas de "valeur" en termes de renseignements.

Voir le dossier spécial consacré aux détenus de Guantanamo du New York Times, avec un bilan détaillé des incarcérations et transfèrements.

Quelque 89 hommes sont considérés comme "libérables" par les autorités militaires, et donc "transférables" dans leur pays d'origine. Mais ils restent privés de liberté du fait du blocage du Congrès américain. Le 20 mai 2009, celui-ci a refusé de débloquer l'enveloppe de 80 millions de dollars prévue pour transférer les détenus, et en décembre 2010, une nouvelle loi a interdit le transfèrement sur le territoire des Etats-Unis de détenus de la prison.

De leur cà´té, les Européens n'ont guère fait d'efforts pour accueillir les ex-détenus de Guantanamo qui pouvaient prétendre venir s'installer sur le Vieux Continent. Quant aux ressortissants de pays du Grand Moyen-Orient, ils savent que, de retour à  domicile, ils risquent souvent le pire.

La grève du désespoir !

Face à  une situation devenue inextricable, le désespoir n'a cessé de croître chez les prisonniers de Guantanamo. A ce jour, neuf détenus se sont suicidés à  Guantanamo. Le dernier d'entre eux, le Yéménite Adnan Fahran Abdul Latif - "le numéro 156" -, a été retrouvé inconscient dans sa cellule du Camp V, victime d'une overdose de médicaments, en septembre 2012.

Les autorités pénitentiaires ont tenté de pallier la détresse croissante des prisonniers en améliorant leurs conditions de détention. Dans le camp VI, un campement collectif, les détenus ont ainsi été autorisés à  vaquer davantage de temps à  toutes sortes d'activités avec leurs codétenus. Cette liberté d'action a, selon les autorités, rendu progressivement la situation incontrà´lable dans le camp. Le 6 février, une fouille a mis le feu aux poudres et déclenché une grève de la faim chez les détenus.

Cette "grève de la faim a été précipitée par des fouilles répétées des Corans des détenus, qui ont été perçues comme une profanation religieuse, ainsi que des fouilles et la confiscation d'autres effets personnels, comme des lettres et des photos de famille ou du courrier de leurs avocats, apparemment sans raison ni provocation", ont justifié le 14 mars des avocats des détenus au secrétaire américain à  la défense, Chuck Hagel. Ils estiment que ces fouilles sont intervenues "dans un contexte de pratiques régressives ces derniers mois, marquant un retour à  une ère ancienne de Guantanamo" que les détenus considèrent comme "des mauvais traitements".

Depuis, le mouvement a gagné en ampleur. D'une réaction à  une fouille de routine, la grève de la faim est passée à  l'expression du désespoir de détenus à  bout, épuisés de ne rien savoir de leur sort, ayant perdu tout espoir de sortir de "Gitmo", arguent leurs avocats. "Le gouvernement n'a aucun projet de fermer Guantanamo et n'a aucune idée sur comment s'y prendre", dénonce Omar Farah, du Centre pour les droits constitutionnels (CCR, Center for Constitutional Rights), qui défend nombre d'hommes enfermés à  Guantanamo.

Les méthodes des autorités pénitentiaires dénoncées

La réaction des autorités pénitentiaires face à  ce mouvement de protestation est depuis critiquée. Le 13 avril, une soixantaine de détenus ont été transférés de cellules communes du camp VI en cellules individuelles, après l'intervention des gardiens militaires amenés à  tirer des balles non létales pour contrà´ler une révolte des détenus. Ils ne sont, depuis, autorisés à  quitter leurs cellules que deux heures par jour. Certains ont assuré, par l'intermédiaire de leurs avocats, avoir été nourris de force, ou encore empêchés de prier et de dormir ou de recevoir de l'eau.

Certains grévistes de la faim ont été soumis à  des séances de "gavage" forcé pratiquées par les autorités pénitentiaires pour éviter que le mouvement ne tourne au "suicide". Dans son rapport, l'organisation Constitution Project a condamné l'"alimentation de force", estimant qu'il s'agit "d'une forme d'abus à  laquelle il faut mettre un terme". Les grévistes sont nourris de force par des tubes insérés par le nez et reliés directement à  l'estomac.

Le lieutenant-colonel Samuel House, porte-parole des autorités militaires de la prison américaine, a admis le 21 avril que 16 de ces 84 grévistes de la faim sont nourris de force. Cinq d'entre eux ont été hospitalisés mais ne sont pas "en danger de mort", a-t-il précisé.

Président, et professeur de droit, Barack Obama n'a pas tenu parole !

Cela pourrait s'appeler une séance de "gavage" forcé. Elle est destinée à  empêcher la mort d'un détenu en grève de la faim. Elle est infligée à  n'importe quelle heure du jour ou de la nuit - parce qu'elle a aussi pour objet de punir le prisonnier.

Il est attaché à  une chaise, bras, jambes, épaules sanglés. Un tube est inséré dans le nez, relié à  l'estomac ; la tête est retenue en arrière. Une dose de liquide vital est administrée. Et le malheureux, un homme, souvent déjà  très affaibli, est ensuite reconduit dans sa cellule. Jusqu'au prochain "gavage" chimique.

L'objectif est au moins aussi politique qu'humanitaire. Il ne faut pas qu'un détenu réussisse à  se suicider en se laissant mourir de faim. Ce serait choquant, déshonorant pour le pays en charge d'une telle prison, n'est-ce pas...

Car cela se passe dans un établissement américain, sur la base maritime dont disposent les Etats-Unis sur l'île de Cuba, là  où, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, ils ont installé la prison de Guantanamo.

Depuis douze ans perdure ce scandale que tolère Washington : l'existence d'un lieu de non- droit, un "trou noir" juridico-légal, où sont enfermés des hommes qui, pour la plupart, n'ont été ni jugés ni même inculpés de quoi que ce soit.

Supposés terroristes, proches de terroristes, parents de terroristes, familiers de terroristes, "vendus" par des terroristes, dénoncés comme terroristes pour de l'argent ou tout autre motif - bref, épinglés à  tort ou à  raison dans la gigantesque traque lancée par les Etats-Unis au lendemain des attentats du 11-Septembre.

L'homme nourri de force depuis le 22 mars, et dont Le Monde rapporte aujourd'hui l'histoire, s'appelle Nabil Hadjarab. Il est à  Guantanamo depuis 12 ans, ni jugé ni inculpé, déclaré "libérable" par les autorités américaines, mais toujours maintenu prisonnier.

Il fait partie de ces malheureux pour lesquels le gouvernement de George W. Bush, alors au pouvoir, a inventé une catégorie "juridique" contraire à  toutes les conventions : "combattant ennemi illégal". Celui-ci peut être privé de liberté sans fin - sans jamais savoir de quoi demain sera fait.

Ils sont encore 166 dans cette situation à  Guantanamo. Plusieurs d'entre eux ont entrepris une grève de la faim. Certains protestent contre le fait que leur Coran serait l'objet de "fouilles". Mais, selon leurs avocats, la plupart sont à  bout, épuisés de ne rien savoir de leur sort, ayant perdu tout espoir de sortir de "Gitmo".

Plusieurs dizaines d'entre eux ont été déclarés "libérables" donc "transférables" dans leur pays d'origine. Seulement les Européens n'ont guère fait d'efforts pour accueillir les ex-détenus de Guantanamo qui pouvaient prétendre venir s'installer sur le Vieux Continent. Quant aux ressortissants de pays du Grand Moyen-Orient, ils savent que, de retour à  domicile, ils risquent souvent le pire. Le piège de "Gitmo" est total.

Plusieurs dizaines d'entre eux ont été déclarés "libérables" donc "transférables" dans leur pays d'origine. Seulement les Européens n'ont guère fait d'efforts pour accueillir les ex-détenus de Guantanamo qui pouvaient prétendre venir s'installer sur le Vieux Continent. Quant aux ressortissants de pays du Grand Moyen-Orient, ils savent que, de retour à  domicile, ils risquent souvent le pire. Le piège de "Gitmo" est total.

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