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Témoin du synode de l'Eglise Protestante Unie, le pasteur-théologien congolais Philippe Kabongo M'baya !

Le pasteur-théologien Philippe Kabongo M'baya au premier synode de l'Eglise Protestante unie à  Lyon. Photo Réveil FM

1. Réveil FM International: Quelles sont vos impressions par rapport au premier synode de l'Eglise protestante unie à  Lyon?

Pasteur Philippe Kabongo M'baya: Dans l`ensemble, mes impressions sont positives. Plus qu`une simple ambiance festive, réunissant environ de mille personnes, j`ai senti surtout une conscience collective profonde de l`évènement que l`on vivait. Personnellement, je ne suis pas très porté sur ces genres de manifestation des foules, les fiestas religieuses.

Là , c`était différent, notamment au grand temple de Lyon, où se sont déroulés la veillée de vendredi soir et les deux cultes de samedi. Les cultes construits de paroles de sens à  la mesure de ce qui se passait. Les beaux chants et cantiques dans ce comble élevé, métamorphosant le lieu lui-même en un instrument vibrant. Et la puissance de l`orgue, parfaitement accordée à  l`immense voix humaine, transportant l`assemblée en authentique ferveur, sans affectation, sans fausse note.

Du moins pour les cantiques classiques ! J`adore quand l`espace du culte dégage cette ambiance fraternelle, sobre, vivante et accueillante. J`ai aimé croiser des anonymes, des inconnus, comme cette jeune fille pentecà´tiste, venue à  la veillée avec son copain juste par curiosité. Et cette femme catho de la bourgeoisie lyonnaise, qui, à  sa manière, s`est sentie concernée. C`était bien.

Le Grand Temple, haut lieu du synode. Photo Réveil FM

2. Réveil FM International: Quels sont les enjeux mais surtout les défis de la nouvelle église ?

Pasteur Philippe Kabongo M'baya: Tous les sondages montrent la régression des Eglises historiques dans le paysage social. Le catholicisme lui-même devient à  sa mesure une minorité religieuse parmi les autres. Les effets croisés de la sécularisation, c`est-à -dire, le fait que la religion n`a plus d`influence sur l`ensemble de la société et de la culture ; l`aggravation de l`individualisme dans les sociétés occidentales, la crise économique et morale que nous vivons ; tout cela place les Églises devant un contexte radicalement nouveau. Ce qu`elles ont à  témoigner face à  des tels enjeux, et je n`en cite là  que quelques-uns, ne peut pas être facile !

Au sein des Églises même, les avis et les tendances sont souvent très divergents. Il n`y a qu`à  penser au récent débat du `` mariage pour tous ». Il faut souligner aussi l`ampleur de l`enjeu de l`inter-religieux. L`islam étant désormais la 2ème religion en France. Parmi les protestants, au sens général du terme, les Églises évangéliques sont dans une dynamique de croissance, de loin plus forte que nos Églises luthéro-réformées.

En dehors de l`Alsace, ce sont donc les luthériens et les réformés qui constituent l`essentiel du protestantisme `` historique », avec plus de 400.000 membres. Il faudra que les habitudes et les traditions évoluent et s`harmonisent. Or, les luthériens sont très peu nombreux (35.000 membres) et certains parmi eux sont fort identitaires.

Ils se sentent plus proches des catholiques que des réformés, qu`ils trouvent trop `` libéraux ». Mais, ensemble, les dirigeants de l`Eglise unie sont optimistes.

Ils résument la situation et souhaitent relever ses défis par quatre affirmations ou visions : être une Eglise qui atteste sa foi, et non qui défend son identité ; être une Eglise de l`hospitalité et non d`exclusions, en particulier envers les nouveaux membres qui viennent d`autres cultures ou qui ne sont pas issus d`anciennes souches protestantes ; être une Église de la confiance et non de la peur ; être enfin une Église de témoins et non de simples consommateurs du religieux.

Grandes affiches avec paroles bibliques placardées le long de la saà´ne. Photo Réveil FM

3. Réveil FM international: Quel parallélisme entre la naissance de l`Église du Christ au Congo ex-Zaïre et l`Église protestante unie de France ?

Pasteur Philippe Kabongo M'baya: La comparaison ne me semble pas pertinente. Car l`Eglise unie en France concerne uniquement deux dénominations ou unions d`Eglises : l`Eglise réformée de France et l`Eglise évangélique luthérienne de France. L`analogie aurait pu se faire si l`union en France avait porté sur la Fédération Protestante de France. Au Zaïre, à  l`époque, c`était une structure comparable (le Conseil protestant du Congo) qui avait été transformée en une Église, l`Eglise du Christ au Zaïre (ECZ). Une autre différence de taille : l`Eglise unie en France est le résultat d`un travail profond et long de rapprochement doctrinal. Au Zaïre, entre 1968 et 1970, c`était principalement la pression idéologique et la montée en puissance du parti unique qui ont agi. Mobutu a soutenu la création de l`ECZ en contrepoids à  l`épiscopat catholique zaïrois, face son Cardinal charismatique, l`Archevêque Malula.

En fait l`ECZ n`était à  l`origine qu`une manœ“uvre politique. Aujourd`hui encore, les dirigeants de l`ECC ne sont que des instruments du nouveau pouvoir en place à  Kinshasa.

L`absence de capacité théologique, l`irresponsabilité doctrinale, la désinvolture spirituelle caractérisent actuellement l`ECC de la manière la plus humiliante. Le protestantisme regroupé dans l`Eglise unie, en France, c`est très différent. Il a une très forte mémoire de son passé, un sens intraitable de son autonomie, une conscience très aiguà« de son identité et de ses responsabilités vis-à -vis des autres confessions et communautés religieuses.

Au Congo c`est un peu du n`importe quoi ; c`est un déshonneur pour le protestantisme en tant que tel, un discrédit pour les valeurs que la tradition protestante a su toujours incarné : la liberté, la sobriété, la justice, la discrétion, l`ouverture d`esprit, le sens de l`initiative et de la modernité.

Le pasteur Mayanga Pangu, membre du nouveau Conseil national de l'Eglise Protestante unie. Photo Réveil FM

4. Réveil FM International: Vous étiez quand même trois pasteurs d'origine congolaise à  être présents au Synode…

Pasteur Philippe Kabongo M'baya: Nous étions trois ministres d`origine congolaise. Mais, il y avait presqu`autant de collègues camerounais et malgaches. Or, numériquement, le protestantisme congolais regroupe près de 15 millions de francophones en Afrique. La faillite politique du Congo, les misères de l`ECC, sa réputation peu flatteuse, font que les congolais dans la diaspora ne sont pas respectés à  cause de leur origine, mais de leurs mérites propres. Cette difficulté fait que nous sommes `` individualisés », `` singularisés », pour le meilleur mais souvent aussi pour le pire ! Par cette perception, on n`attend de nous rien d`autre que la contribution que nous sommes censés apporter à  l`Eglise d`ici. C`est quelquefois un déchirement, mais même dans l`Eglise, la vie n`est pas faite que de satisfactions ou de réussites…

5. Réveil FM International: Il est quand même dommage voire désolant que Mme Henriette Mbatchou, la seule femme qui ait pris la parole puisse parler de la guerre en Syrie, sans parler de son pays le Cameroun ni d'ailleurs des femmes violées de la RDC...

Pasteur Philippe Kabongo M'baya: Je ne connais pas cette femme. Mais le fait même que l`on se soit tourné vers le Cameroun illustre bien ce que je viens de dire. Or, à  ce Synode inaugural de l`Eglise unie, Mme Henriette Mbatchou représentait aussi, et peut-être d`abord, la voix de toute l`Afrique.

Elle a voulu avoir, je crois, une parole à  la hauteur de ce qui se passait et éviter de donner l`impression qu`elle en faisait une tribune. Son sujet était pourtant `` Justice et paix, quelle responsabilité pour les Eglises ? » Le Cameroun est miné par la corruption et l`impunité.

Un jeune pasteur et théologien français, Eric de Putter, a été assassiné froidement l`été passé sur le campus même de l`Université protestante de Yaoundé, où il enseignait !

J`ai été également étonné qu`elle ne dise aucun mot, en tant que femme, sur les viols massifs de femmes commis dans l`est du Congo par les milices tutsi et autres.

Mais cela montre bien à  quel point nos problèmes au Congo n`ont pas une vraie visibilité, ni pour la communauté internationale ni dans l`opinion des autres pays africains, y compris ceux de notre sous-région. C`est grave !

Il faut donc se poser la bonne question : à  qui la faute ? Du temps de l`apartheid en Afrique du Sud, Algériens, Nigérians, Congolais, Ghanéens, Malgaches, etc. : nous nous sommes montrés attentifs, solidaires, souvent combatifs. Pourtant, sans les réseaux de militants et d`activistes sud-africains eux-mêmes, blancs et noirs, cet engagement ne serait pas allé loin.

Je ne suis pas sà»r que les congolais communiquent intelligemment avec les autres africains sur ce qui se passe au Congo. Il y a le communautarisme congolais, très prononcé chez les kinois ; il y a surtout ce handicap d`imagination et de persévérance dans la communication qui nous caractérisent.

Les choses sont en train de changer. C`est vrai. Dans la diaspora les jeunes bougent. En même temps, les querelles et les tiraillements internes découragent ceux qui nous voient de l`extérieur et qui se demandent ce que nous voulons réellement et vers où nous voulons aller.

6. Réveil FM International: Quelle a été le temps fort du Synode ? Qu'est ce qui restera du Synode ?

Pasteur Philippe Kabongo M'baya: Je dirais les temps de culte et de célébration. J`ai beaucoup aimé que ces festivités d`inauguration soient enracinées dans une mémoire historique de Lyon et du protestantisme français de manière si positive, sereine, ouverte à  la fois retenue et radieuse.

La note œ“cuménique qui était tout le temps là  en sourdine se donnait aussi comme une harmonique de la liberté et de la fidélité. Je pense que les quatre mots forts, que rappelle souvent le pasteur Laurent Schlumberger : `` attestation », `` hospitalité », `` témoins » et `` confiance » vont encore plus résonner et accompagner le décollage du projet.

7. Réveil FM International: L'union sans l'uniformité?

Pasteur Philippe Kabongo M'baya: Parfaitement. Le respect des héritages liturgiques, des sensibilités doctrinales et d`autres spécificités sera une réalité en même temps que la règle d`or de cette nouvelle Eglise. Il faut bien noter que c`est quelque chose qui est consubstantiel au protestantisme : c`est-à -dire l`acceptation joyeuse du pluralisme et du débat. L`Eglise unie est une `` Communion » ; elle ne se réduit pas à  une fusion centralisatrice intervenue dans les directions des Églises. J`ai remarqué cependant une petite tendance cléricale : la présence et l`implication des pasteurs dans l`animation des célébrations était trop abondante à  mon goà»t. Était-ce pour donner une visibilité plus reconnaissance à  l`opinion, dans notre civilisation de l`image ? Était-ce une manière de rassurer certains luthériens pour lesquels les titres, les couleurs, les gestes sensibles, etc. sont nécessaires à  la beauté et au sérieux liturgique ? Il est heureux que dans les paroisses, les communautés vivent leur culte et continuent leurs activités comme par le passé. L`uniformisation des usages, des discours et des formes extérieures ne pourraient nullement s`imposer. C`est tout simplement inimaginable.

Et c`est bien comme çà . L`essentiel est que nous arrivions à  annoncer au monde une parole d`espérance et de joie. L`important est que le protestantisme, dans ce pays, apporte sa contribution aux différents fronts où l`on a besoin d`intelligences et de formes inédites de courage.

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