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Violences faites aux femmes : Ayrault veut ``aller plus loin» !

Le gouvernement entend relancer le débat sur les violences dont sont victimes les femmes. C'était le but de la visite conjointe du Premier ministre Jean-Marc Ayrault et de la ministre des droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, jeudi 23 mai au commissariat d'Evreux, puis au conseil général de l'Eure.

Jeudi 23 mai, Jean-Marc Ayraut à  Evreux dans l'Eure. Photo Réveil FM

Un déplacement à  la portée surtout symbolique, aucune inflexion politique majeure n'ayant été annoncée. Jean-Marc Ayrault a signé sur place un protocole départemental sur la prévention et la lutte contre les violences, qui concernent une femme sur dix chaque année et a assuré vouloir aller "plus loin dans la lutte contre les violences intrafamiliales". Les derniers chiffres font état de 550 000 femmes victimes de violences physiques ou sexuelles au sein même de leur ménage.

Le but a surtout été de donner une visibilité à  ce combat qui reste "une priorité du gouvernement" avant la présentation, en juillet au conseil des ministres par Mme Vallaud-Belkacem, d'un projet de loi sur l'égalité hommes-femmes, qui comportera un volet concernant les violences faites aux femmes.

Jean-Louis Destans, président du Conseil Général de l'Eure lors de son discours. Photo Réveil FM

Jean-Marc Ayrault à  la tribune du Conseil Général de l'Eure. Photo Réveil FM

Les personnalités du département de l'Eure. Photo Réveil FM

Une femme sur cinquante porte plainte

Une seule réelle annonce a été faite lors de ce déplacement. Toutes les mains courantes - simples déclarations - déposées par des femmes qui se disent victimes de violences physiques ou morales seront dorénavant transmises à  la justice. Un procureur pourra donc se saisir d'un dossier sans qu'une plainte ne soit déposée, une action que seule une femme sur dix qui a subi des violences engage. Un taux qui atteint même une femme sur cinquante pour les violences sexuelles au sein du ménage.

Le premier ministre souhaite ainsi "libérer la parole" de ces femmes. "L'absence de plainte n'empêchera plus les procédures pénales contre l'agresseur, résume-t-on au cabinet de Jean-Marc Ayrault. Cela permettra également de savoir si la personne est connue des services de police et d'intervenir plus efficacement."

Quelques autres mesures ont également été données. L'extension à  l'Eure du dispositif de téléphones portables "grands dangers", déjà  expérimenté dans quatre départements (Bas-Rhin, Paris, Seine-Saint-Denis et Val-d'Oise). Il permet, d'une seule touche, de composer un numéro d'urgence et de géolocaliser l'utilisatrice qui se sentirait en danger. Le numéro renvoie sur une plateforme dédiée et vers un policier sensibilisé à  la question.

Les femmes en situation irrégulière victimes de violences verront quant à  elles leurs démarches facilitées. La loi du 9 juillet 2010 leur a permis, sous ordonnance de protection et suite à  des violences conjugales, de pouvoir obtenir un titre de séjour "vie privée et familiale" sans conditions, moyennant une somme d'environ 700 euros. Désormais, cette obtention sera gratuite.

"Le suivi des auteurs" de violences sera aussi abordé dans le projet de loi qui sera présenté en juillet, a précisé Najat Vallaud-Belkacem, qui veut combattre la récidive dans ce domaine et imposer "l'éloignement" systématique du domicile conjugal du conjoint violent.

Jean-Marc Ayrault à  Evreux. Photo Réveil FM

Discours de Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, à  Evreux sur le thème des violences faites aux femmes Jeudi 23 mai 2013

Madame la Ministre,

Monsieur le Préfet,

Monsieur le Président du Conseil général,

Madame la Procureure de la République,

Monsieur le Maire,

Mesdames Messieurs les Parlementaires, députés et sénateurs,

Mesdames et Messieurs les élus de la région, du département, des communes,

Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureux d`être là  une nouvelle fois ici, dans ce département de l`Eure, et Monsieur le Président du Conseil général, cher Jean-Louis, vous l`avez rappelé tout à  l`heure, j`étais venu pour la rentrée scolaire, mais je suis prêt à  revenir ! Il y a beaucoup de choses ici à  voir ; d`abord des gens à  rencontrer. Et puis surtout, y voir beaucoup d`initiatives, beaucoup de capacités à  relever les défis, ne jamais être résignés. Tous les problèmes sont importants, on pourrait se résigner ! On pourrait se dire `` on ne peut rien faire » ! C`est la deuxième fois que je viens ici - et j`espère revenir encore une autre fois - eh bien à  chaque fois nous trouvons les solutions. Nous trouvons des hommes et des femmes qui les cherchent et qui, ensemble, les mettent en oeuvre. Et là , nous avons choisi, avec Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, d`aller sur le terrain pour rencontrer ce qui se fait déjà  dans la lutte contre les violences faites aux femmes.

La rencontre que nous avons eue il y a quelques instants au Commissariat d`Evreux est vraiment extrêmement riche, d`abord sur le plan humain ; je voudrais remercier les deux dames qui se sont exprimées - je crois qu`elles sont dans la salle, je les vois d`ailleurs - je les remercie parce qu`elles ont, avec beaucoup de simplicité - et ce n`est pas évident - parler de ce qu`elles ont subi, de ce qu`elles ont vécu comme violences. Mais elles ont aussi montré la voie de l`espoir en expliquant comment s`était déroulé ce qu`elles avaient vécu et comment elles s`en étaient sorties, et comment elles retrouvent aujourd`hui à  la fois l`estime d`elles-mêmes, confiance en elles-mêmes, mais aussi capacité à  se reconstruire avec leurs enfants. Et si cela a été rendu possible, c`est parce qu`il y a aussi des professionnels, des policiers, des gendarmes, des assistantes sociales, des travailleurs sociaux, des responsables et des salariés de centres d`hébergement et de réinsertion sociale, une administration départementale, municipale, qui ont créé une chaîne et qui se sont mis au service pour aider ces personnes qui au fond, au départ, culpabilisent, se sentent victimes mais se sentent aussi coupables ; c`est ce que vous nous avez raconté.

Pour en sortir, vous avez trouvé une porte ouverte, vous avez trouvé des oreilles attentives, mais vous avez trouvé des gens motivés que je voudrais saluer. Quand on doute de l`avenir de notre pays, des capacités que nous avons à  surmonter nos difficultés, quand on doute de l`avenir de nos services publics, venez donc ici à  Evreux dans l`Eure - mais vous pourriez aller ailleurs en France ! - partout, il existe des hommes et des femmes qui ont des valeurs, qui y croient et qui veulent surtout les mettre en pratique.

Nous ne devons jamais renoncer et nous ne devons jamais renoncer à  mettre en oeuvre tout ce qui va contribuer à  faire reculer les inégalités. L`égalité est au coeur du modèle français, de l`identité de la République. Mais il faut agir pour que ce mot ait un sens concret pour les gens qui y aspirent légitimement. Et c`est vrai qu`au mois de novembre dernier, j`ai présidé le Conseil interministériel pour le droit des femmes, qui ne s`était pas réuni depuis douze ans ! Douze ans. Ce n`était pas pour faire une réunion de plus ! C`était pour lancer le chantier de l`égalité entre les femmes et les hommes qui est au coeur même de notre modèle français, mais qu`il faut faire vivre encore, parce qu`il y a énormément de progrès à  faire ! Et parmi les progrès à  faire, il y a bien sà»r tout ce qui permet de lutter contre les violences faites aux femmes.

Mais il y a aussi - et je ne vais pas le redire, ça a été dit par vous-même, Monsieur le Président, Madame la Ministre, Madame la Procureure, et nous l`avons entendu tout à  l`heure - le chantier de l`égalité, c`est aussi le chantier de l`égalité professionnelle entre les hommes et les femmes. C`est le chantier de la parité qui doit être effective partout, dans les services publics, dans l`entreprise, dans la société. C`est aussi la lutte contre la précarité, et quand nous aborderons dans peu de temps, le chantier des retraites, nous verrons bien que si nous voulons faire reculer les inégalités, les inégalités des femmes par rapport à  la retraite sont effectivement très profondes et il faudra commencer à  les réduire ! Donc ce chantier-là  est immense ; il fera l`objet d`un projet de loi-cadre qui sera présenté au Conseil des ministres par Najat Vallaud-Belkacem début juillet et qui portera sur toutes ces questions, et qu`il faudra ensuite décliner peu à  peu et faire rentrer dans la réalité.

Vous allez signer dans quelques instants une convention avec le Département et ici, Monsieur le Président du Conseil général, je voudrais - puisque je reparlerai tout à  l`heure, donc je vais être bref, vous m`avez invité à  parler deux fois, donc je ne voudrais pas vous lasser - mais j`aurai l`occasion d`évoquer la politique globale du gouvernement. Mais ce que je voudrais vous dire ici, c`est que tout ce qui est nécessaire au pays, comme politiques publiques, ne peut réussir que s`il y a l`appui, l`engagement des collectivités territoriales.

Et c`est particulièrement vrai sur ce qui nous réunit aujourd`hui, puisque vous avez même été des précurseurs, et nous avons pu le constater avec efficacité et vous voulez passer à  la vitesse supérieure. Mais c`est vrai, d`autres thématiques que vous avez évoquées - et je voudrais les citer puisque vous avez été précurseurs pour expérimenter le Revenu de solidarité active, vous vous étiez porté volontaire. De là , sont nées aussi des pratiques, des pratiques nouvelles où, en partenariat sur un projet, vous mettez en mouvement les représentants de l`Etat, des collectivités territoriales, du monde associatif, du monde de l`entreprise, et vous obtenez des résultats.

Et c`est vrai d`autres secteurs, d`autres domaines ! Vous avez évoqué le Plan pauvreté du gouvernement, j`ai annoncé toute une série de mesures il y a quelques temps ; et en particulier l`une qui concerne les jeunes les plus éloignés de l`emploi. Déjà , le programme pour les emplois d`avenir concerne les jeunes sans qualification, principalement et qui sont en difficulté pour trouver un emploi. Mais la Garantie Jeunes, c`est un contrat que nous proposons à  titre expérimental dans plusieurs régions de France de signer avec des jeunes en leur offrant un accompagnement, en les aidant à  sortir de la situation de découragement dans laquelle ils sont, de désespérance au fond, sans avenir - échec scolaire, manque d`estime de soi, sans perspectives et donc pour leur donner une chance de réussir à  s`insérer dans la vie.

La jeunesse, c`est l`avenir de notre société. On le dit mais - et on le répète, et on a raison ! - mais faut-il encore apporter des réponses concrètes. Il ne s`agit pas de faire de l`assistanat ! Il s`agit de donner une nouvelle chance, une chance, peut-être une deuxième, pour ceux qui ne l`ont pas eue à  cause des échecs à  l`école.

Eh bien vous vous portez volontaires, et je pense que vous avez raison parce que l`expérience parle pour vous. Et c`est vrai de toutes les politiques publiques que nous devons mener pour le pays. Sans les collectivités territoriales, nous ne pourrons pas réussir.

C`est vrai de l`emploi, c`est vrai du logement, mais c`est vrai aussi d`autres sujets, je les évoquerai tout à  l`heure, je ne voudrais pas être beaucoup plus long. Mais je voudrais surtout saluer la détermination, la disponibilité, l`engagement des élus, j`allais dire au-delà  de leur sensibilité politique !

Et je les appelle - et ils ont le droit d`en avoir, des sensibilités politiques ! - parfois les mettre de cà´té quand il s`agit de l`intérêt général, et vous le faites, vous le démontrez tous les jours, mais faisons-le encore davantage ! Et s`agissant des violences faites aux femmes, je suis sà»r que vous y contribuerez. S`agissant de la jeunesse, je suis sà»r que vous prendrez aussi votre part. C`est l`intérêt du pays. Et c`est notre devoir que d`y contribuer.

Et moi, je voudrais terminer en vous disant qu`en effet, Monsieur le Président du Conseil général, vous avez évoqué les réformes qui sont aujourd`hui à  l`ordre du jour du Sénat puis ensuite de l`Assemblée nationale et qui concernent la décentralisation.

Dans notre pays, la décentralisation a beaucoup changé les choses. Si on visite la France, ou quelqu`un qui serait parti de la France depuis trente ans et qui reviendrait et qui visiterait la France, des grandes villes aux plus petites villes, des régions de montagnes, aux régions de plaines, ou aux régions des cà´tes maritimes, il verrait que le pays a profondément changé.

Et il a profondément changé pour une grande part grà¢ce à  la décentralisation. Puisque les responsabilités nouvelles qui ont été données, à  partir des années 1980, avec les grandes lois de François Mitterrand, de Gaston Deferre et de Pierre Mauroy, sont des responsabilités, des moyens nouveaux qui ont été donnés aux collectivités territoriales et qui s`en sont saisi et qui ont permis à  la France de se moderniser et de s`adapter. Donc le choix de renforcer la décentralisation, ce n`est pas le choix de faire une France éclatée !

C`est faire une France plus forte, mais qui en même temps soit plus juste et qui respecte l`initiative et qui a la capacité à  entraîner, à  mettre en mouvement les acteurs de la société. C`est ce que nous voulons ! Ce n`est pas un `` grand soir de la décentralisation » que nous proposons !

Vous avez évoqué les métropoles. Il y a des régions où, effectivement, il y a des métropoles - il y a Paris, Lyon, Marseille - qu`il faut organiser parce que c`est l`intérêt de la France ! Ce n`est pas seulement leur intérêt à  elles, d`avoir des grandes métropoles, mondiales - c`est vrai de Paris - européennes ou méditerranéennes ! Mais il y a aussi, dans d`autres territoires, d`autres grandes métropoles. Elles sont peu nombreuses, peut-être une dizaine, qui vont dynamiser tout un territoire ! Et les régions qui en ont, ont la chance de les avoir. A condition évidemment qu`elles s`intéressent aussi à  leur environnement ! L`environnement des villes moyennes, des petites villes, des secteurs ruraux les plus éloignés ! Et là  où il n`y a pas de métropoles - et c`est l`originalité de la France ; la France est une république, une et indivisible, mais elle est diverse - eh bien là  où il n`y en a pas, c`est vous, Monsieur le Président du Conseil général, qui jouez ce rà´le. Et c`est vrai qu`ici, vous êtes en première ligne et grà¢ce à  vous, et je voulais le saluer ! Donc n`ayons pas peur, ou ne craignons pas que le gouvernement veuille inventer un modèle unique !

Ca ne serait pas possible puisque la réalité n`est pas unique, elle est diverse. Par contre - et je terminerai par là  - c`est le devoir de l`Etat de veiller tout le temps à  l`égalité entre les citoyens, à  l`égalité entre les territoires et donc c`est à  l`Etat de veiller aux péréquations et aux solidarités nécessaires ; c`est à  l`Etat de veiller à  la Justice ; c`est à  l`Etat d`être garant et protecteur, mais aussi en faisant confiance. En faisant confiance aux citoyens, en faisant confiance aux élus que je voudrais particulièrement saluer parce que parfois, ils sont critiqués, mais quand vous venez sur le terrain, partout en France, ils sont souvent en première ligne et ils sont dévoués, disponibles et c`est eux qui sont souvent les derniers recours pour ceux qui ont des difficultés.

Aujourd`hui c`est un message de respect, un message de confiance que je voulais vous adresser, et en saluant aussi tous ceux qui s`engagent au service du pays, qui s`engagent pour les autres, qui veulent à  ceux qui sont en situation de détresse, en situation de découragement, tendre la main, les aider à  prendre aussi leur chemin, et aujourd`hui, avec les exemples que nous avons entendus, que nous avons vécus il y a quelques instants de ces deux dames qui témoignaient pour beaucoup d`autres, je voudrais vous dire mon respect, ma confiance et ma reconnaissance.

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