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Le double héritage de Pierre Mauroy, un "géant" du socialisme

Pierre Mauroy, un "géant" du socialisme

C'était un homme de fidélité, fidélité à  ses origines ouvrières, à  sa région, à  une cause, le socialisme, et à  l'unité de la gauche" (François Hollande). "Un homme qui incarnait le progrès social" (Jean-Marc Ayrault). "Il était et restera un géant" (Martine Aubry). "Une grande voix de la gauche, fidèle aux racines du socialisme historique" (Pierre Laurent). "Un grand serviteur de la France" (Alain Juppé). "Un homme exceptionnel d'une dimension historique" (Jean-Louis Borloo). Le monde politique a rendu un hommage quasi-unanime à  Pierre Mauroy, mort vendredi 7 juin à  84 ans. Mais, au-delà  de ce concert de louanges, la question est de savoir ce qui restera du double héritage de l'ancien premier ministre de François Mitterrand, un homme qui incarna à  la fois la social-démocratie et la rigueur.


Hommage à M. Pierre MAUROY par elysee


Jean-Marc Ayrault rend hommage à Pierre Mauroy par Matignon

"Enfant de la balle de la social-démocratie", Pierre Mauroy n'a jamais rougi, dans un pays dont ce n'était pas la tradition, de ses convictions sociales-démocrates. Dès son plus jeune à¢ge, lors de son engagement aux Jeunesses socialistes, il se positionne en adversaire du "verbalisme gauchiste" et du "terrorisme du dogme" et, s'il se réclame de Jean Jaurès et de Léon Blum, son "socialisme du quotidien", qu'il sait rendre flamboyant dans ses longs discours, se veut d'abord pragmatique. "Changer de société, c'est refuser l'illusion de la révolution", affirmait-il. L'ancien maire de Lille, à  qui le Parti socialiste doit, en 1974, son ouverture aux chrétiens et aux syndicalistes de la CFDT - la deuxième gauche -, incarnait aussi une gauche populaire qui rêvait de rassembler la classe ouvrière et la classe moyenne. En 2002, celui qui avait présidé une Internationale socialiste profondément sociale-démocrate reprochait à  Lionel Jospin de ne jamais employer le mot "ouvrier". Comme si c'était un gros mot.

Pierre Mauroy a été l'homme des paradoxes. En 1971, à  Epinay, il s'allie à  François Mitterrand, qui recherche l'union avec le Parti communiste, à  laquelle il n'est pas favorable. Mais celui qui s'est employé à  effacer l'empreinte du marxisme au PS sera le premier premier ministre d'un gouvernement d'union de la gauche. Et il y restera fidèle jusqu'à  sa mort, même après l'écroulement du mur de Berlin. L'autre paradoxe de Pierre Mauroy est d'avoir combattu, avec Michel Rocard, François Mitterrand au congrès de Metz en 1979 et d'être devenu, deux ans plus tard, son premier chef de gouvernement. Il a vécu ses quatre années à  la tête du PS comme "une épreuve", mais c'est lui qui a amorcé, en 1991, son aggiornamento réformiste.

Mais le grand mérite de Pierre Mauroy, son principal héritage, est d'avoir réussi ce que Léon Blum appelait "l'exercice du pouvoir". Après les échecs du Front populaire en 1936 et de Guy Mollet en 1956, il a apporté à  la gauche son certificat de gestionnaire. Il a à  la fois incarné les réformes emblématiques du premier septennat de François Mitterrand - abolition de la peine de mort, décentralisation, nationalisations, retraite à  60 ans, cinquième semaine de congés payés, lois Auroux sur les nouveaux droits des salariés qui préfiguraient la démocratie sociale chère à  François Hollande -, réformes très critiquées aujourd'hui, et le tournant de la rigueur, amorcé en 1982, amplifié en 1983.

PASSEPORT DE BONNE GOUVERNANCE

C'est pour ne pas tourner le dos à  l'Europe et éviter une sortie du système monétaire européen que Pierre Mauroy a imposé courageusement, avec Jacques Delors, la rigueur à  un président tenté alors par "l'autre politique ". Si on peut lui reprocher d'avoir un peu masqué le tournant au début, en tenant un discours optimiste sur des indicateurs économiques se remettant "au vert", il a rapidement assumé son choix. "La voie de la rigueur nous permettra de bà¢tir une société plus juste", soulignera-t-il le 1er mai 1983. En ferraillant contre son propre parti pour lui faire admettre que "la politique de rigueur n'est ni une régression ni un renoncement, mais la condition même de la poursuite des réformes", il a indéniablement gagné ses galons d'homme d'Etat.

Pierre Mauroy a délivré un passeport de bonne gouvernance de gauche à  Lionel Jospin en 1997 et à  François Hollande aujourd'hui. Mais quand Benoît Hamon, ministre délégué à  l'économie sociale, un des porte-parole de l'aile gauche du PS, fait entrer l'ancien premier ministre dans "le panthéon de la gauche", tient-il compte de son double héritage ? A défaut de se dire, comme Jean-Marc Ayrault, social-démocrate, le chef de l'Etat s'avouera-t-il, en France, réformiste ? Le 23 mai, devant le SPD allemand à  Leipzig, il a reconnu les apports de la social-démocratie : "Le sens du dialogue, la recherche du compromis et la synthèse permanente entre la performance économique et la justice sociale." "Le réformisme, a-t-il ajouté, ce n'est pas l'acceptation d'une fatalité mais l'affirmation d'une volonté."

Avec le même souci de ne pas s'éloigner de l'Europe, François Hollande fait l'inverse de Pierre Mauroy : la rigueur d'abord, les grandes réformes ensuite. La crise économique justifie sans doute ce choix. Mais, là  encore, il n'emploie pas les mots.

Vendredi, le président a souligné que Pierre Mauroy a pris "des mesures courageuses qu'on a appelées rigueur"... Mais le meilleur hommage qu'il puisse rendre à  cette grande figure de la gauche serait d'assumer son réformisme et ce qu'on appelle... la rigueur.

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