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Guadeloupe: Le quartier Boissard aux abymes fut un bidonville !

Le lavoir, vidoir et douches publics à  Boissard en 2006.

Voilà  ce qu'écrivait un confrère il y a sept ans: "Un après-midi ordinaire en Guadeloupe. La ville de Pointe-à -Pitre, en pleine effervescence telle une ruche compacte exposée à  l'implacable soleil des Antilles, fourmille de passants affairés , de badauds blasés évoluant dans ce cadre urbain à  la fois moderne et kitsch si caractéristique des grandes agglomérations locales. Les booming-systems surpuissants équipant les véhicules des jeunes gens font résonner dans les rues les morceaux de reggae dancehall et de crunk à  la mode. Le long de la Rue Frébault, des pacotilleuses et des marchands ambulants installés devant les nombreux magasins vantent à  la criée les mérites de leurs produits. Il y a bien longtemps que les touristes fraîchement débarqués au Quai Lefèbvre ne s'aventurent plus aussi loin, malgré une baisse significative de la criminalité, mis en garde contre les mésaventures qu'ils risquent en s`éloignant du bateau…Tout comme certains de leurs pairs confinés dans l'espace idyllique et aseptisé des complexes hà´teliers, ils ne verront sans doute jamais l'antithèse parfaite des idées reçues ancrées dans l'imaginaire collectif, ne soupçonneront jamais l'existence et la présence pourtant pas si lointaine de zones en totale rupture avec les images enchanteresses communément vendues quand il s'agit d`évoquer `` l`île aux belles eaux ». Comme la cité Henri IV, fièrement rebaptisée `` Washington » par les jeunes qui l'habitent. Comme celle de Mortenol. Ou, pire, comme le ghetto de Boissard, adjacent à  ‘Lapwent`... Le mot est là¢ché : Boissard. Le nom. Le quartier. Le mythe. Implanté sur la commune des Abymes, ce quartier fut autrefois littéralement considéré comme un véritable bidonville.

Une case au Boissard en 2006.

Une case avec sa boîte à  lettres au Boissard en 2006.

Centre de soutien scolaire en 2006.

Au début des années 90, période où la mauvaise réputation de l'endroit est à  son apogée, plus de 7000 habitants y sont recensés par l'INSEE, des hommes et des femmes vivant pour nombre d'entre eux dans des cases et des habitations de fortune, derrière les planches et sous la tà´le, parfois sans eau, électricité ou installations sanitaires…

Boissard accueille une population démunie, l'insalubrité gangrène cette zone défavorisée où les occupants vivent à  la dure et doivent quotidiennement faire face à  la pauvreté. Autochtones comme étrangers, parfois en situation irrégulière, y mènent la vie des laissés-pour-compte, avec tous les travers qu'elle comporte.

Ce regroupement d'habitats misérables et ce dédale de ruelles exiguà«s est devenu un ghetto, assimilé à  un coupe-gorge et à  une zone de non-droit où ont cours toutes sortes de malversations. 2006.

Accéder au site n'est pas chose évidente vu l'indéniable et l'apparente réclusion qui le caractérise. Se dressant à  l'une des entrées du quartier, un large panneau prà´ne la lutte contre l'insalubrité et annonce son `` éradication ». Des infrastructures modernes semblent avoir fait leur apparition dans les environs.

Depuis plusieurs années, Boissard fait en effet l'objet d'une politique de réhabilitation et de rénovation urbaine; de nombreuses cases ont été rasées dans cet élan de progrès et leurs propriétaires ont été relogés suite à  la démolition de leur abri.

La construction de HLM, rappelant les immeubles d'une cité voisine, Lacroix, est en chantier et l'on prévoit qu`à  terme ceux-ci représenteront le nouveau visage de ce territoire si décrié. Un peu plus loin, quelques rudeboys ont investi le coin de petites allées cahoteuses et tiennent leur marchandise à  la disposition des consommateurs intéressés. Un homme aux longues dreadlocks se lave à  un point d'eau public. Des carcasses de voitures jonchent ça et là  les environs et des mornes s`étendent depuis les voies principales, compliquant la configuration déjà  peu orthodoxe de l'ensemble.

L'atmosphère n'est pas oppressante, mais pourtant difficile de s'enfoncer très profondément dans ce milieu si particulier. On ne dénombre pas un homicide par jour à  Boissard. Le quartier ne défraye pas régulièrement la chronique judiciaire des médias locaux. Néanmoins nul n'ira se pavoiser là -bas, de manière anodine, sans raison explicite. Un chanteur de reggae antillais faisait état lors d'une récente discussion de localités propres à  la Jamaïque où même les jamaïcains n'auraient pas idée de se rendre. Boissard représente leur équivalent Guadeloupéen… Isolé, frappé de plein fouet par le chà´mage ou le manque de ressources, il est aisé d'imaginer les dérives que l'on peut rencontrer sur place. Les mauvaises langues parlent de business en tous genres.

Certes, on peut craindre le pire en voyant errer dans l'En-Ville les silhouettes décharnées et zombifiées des `` paros », ces accros au crack, à  la `` roche » comme on dit ici, devenus malheureusement familiers de certains paysages citadins. Nous ne serons pourtant jamais les témoins d'une quelconque transaction de cet ordre lors de nos différents passages dans le périmètre…

Nous ne serons pourtant jamais les témoins d'une quelconque transaction de cet ordre lors de nos différents passages dans le périmètre…

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