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La France et l'Allemagne de nouveau main dans la main à  Oradour-sur-Glane

François Hollande et Joachim Gauck se sont recueillis, hier mercredi, au milieu des ruines du village limousin martyrisé par les SS en 1944. De notre envoyé à  Oradour-sur-Glane.

C'est un symbole de réconciliation de la plus haute portée que l'accolade échangée par le président allemand Joachim Gauck et son homologue français François Hollande, ce 4 septembre à  Oradour-sur-Glane. C'est la première visite d'un dirigeant d'Outre-Rhin dans ce "village martyr" de Haute-Vienne où 642 personnes ont été tuées par les nazis le 10 juin 1944.

François Hollande, Joachim Gauck et Robert Hébras, le 4 septembre, à  Oradour. Pour le président allemand, l'invitation de François Hollande est "un geste d'accueil, de bonne volonté, un geste de réconciliation". "Au nom de tous les Allemands", il en a remercié son homologue français, les survivants du massacre, et les familles de victimes.

De gauche à  droite, François Hollande, Robert Hébras et Joachim Gauck, le 4 septembre 2013, à  Oradour-sur-Glane.

A quoi pense François Hollande devant l'autel de l'église calcinée à  l'entrée du village en ruine d'Oradour-sur-Glane ? A quoi pense le président français au cà´té de son homologue allemand, Joachim Gauck, face à  l'ancien vitrail par lequel s'est échappée la seule rescapée des deux cents femmes et autant d'enfants martyrisés le 10 juin 1944 par une division de la Waffen SS ? Pense-t-il à  François Mitterrand et Helmut Kohl, main dans la main en 1984 à  Verdun ?

Quand, soudain, Gauck interrompt leur recueillement pour désigner l'armature métallique d'une poussette qui n'a pas échappé aux flammes. Ils scrutent la même horreur mais leur regard ne se croisent pas. Ce sont leurs mains qui vont se rapprocher, s'effleurer, comme irrémédiablement attirées, pour finir par s'agripper. Hollande-Mitterrand et Gauck-Kohl se touchent et se tournent vers un troisième homme ému aux larmes.

Vue de l'église d'Oradour-sur-Glane le 4 septembre 2013. Le bourg est maintenu à  l'état de ruine. Un nouveau village a été reconstruit à  quelques centaines de mètres de là .

"Nous n'oublierons jamais Oradour et les autres lieux de la barbarie", a déclaré Joachim Gauck lors d'une allocution prononcée à  proximité des ruines, citant d'autres massacres nazis comme celui de Tulle, commis en Corrèze à  la veille de celui d'Oradour. Ci-dessus, les deux présidents se recueillant dans le cimetière du petit village.

Dans le cimetière, les présidents français et allemands ont signé les livres d'or. François Hollande a témoigné "respect, hommage, mémoire" à  la commune d'Oradour. "Horreur, émotion et dégoà»t" sont les mots employés par Joachim Gauck pour "ce qui s'est passé sous commandement allemand" dans ce petit village. Il a aussi évoqué "la nouvelle Allemagne, pacifique et solidaire", assurant que "les choses resteront ainsi".

Jamais un dirigeant allemand n'avait été convié à  Oradour

Robert Hébras est l'un des cinq hommes du village, sur deux cent cinquante, qui parviendront à  s'enfuir d'une des sept granges transformées en charniers par les nazis. A 88 ans, il revit une énième fois le drame, son drame. Ses lunettes ne dissimulent pas sa douleur. Hollande lui prend le bras, Gauck passe sa main par-dessus ses épaules. Ils se donnent tous trois une accolade en cercle avant de parvenir à  sortir de l'église.

Hollande le réservé n'est pas un habitué des effusions. Il l'a pourtant souhaitée, proposée au président allemand, cette commémoration. Un "geste de réconciliation" que Gauck ne se sentait pas autorisé à  "réclamer" : "C'est un geste qu'on ne peut accepter que comme un cadeau." Le dernier chef d'Etat français à  s'être rendu à  Oradour s'appelle Jacques Chirac, c'était le 16 juillet 1999. Mais jamais un dirigeant allemand n'avait été convié.

Ils représentent la France et l'Allemagne, mais leur parcours personnel résonne à  Oradour. Hollande commémore chaque année la mort de 99 hommes dans son fief de Tulle, pendus la veille par la même division de la Waffen SS. Gauck est devenu président grà¢ce à  la notoriété et au respect acquis au poste de délégué fédéral aux archives de la Stasi.

Hollande, Gauck, Hébras, le maire et les représentants des associations mémorielles cheminent maintenant au milieu des ruines d'un village martyr resté en l'état, sous un soleil de plomb qui aurait pu être celui de juin 1944, jusqu'au champ de foire où hommes, femmes et enfants furent rassemblés avant d'être séparés. Définitivement.

Plaque commémorative à  Oradour-sur-Glane sur une photo non datée. Le calendrier se prêtait particulièrement à  la visite du président allemand, à  l'approche du 70e anniversaire de la Libération, du centenaire de la guerre 1914-1918, et pendant l'année franco-allemande, sur le point de s'achever, qui marquait le cinquantenaire du traité de l'Elysée signé entre le président Charles de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer en 1963.

Le site, classé monument historique en 1946, subit les "outrages du temps", selon le maire d'Oradour, Raymond Frugier, qui a récemment tiré la sonnette d'alarme sur les subsides insuffisants pour son entretien à  long terme. Lors de sa visite, François Hollande a promis que l'État veillera à  "permettre la préservation" de ce lieu de mémoire.

Les SS voulaient "créer l'effroi"

Pourquoi Oradour ? Pour l'exemple. Le 6 juin 1944, les alliés débarquent en Normandie. L'armée nazie, partout disséminée, décide d'y converger. Leur route sera macabre. Dans ce petit village sans occupants ni résistants, cette division de la Waffen SS sait que le massacre sera aisé et le symbole fera trembler. "Elle voulait créer l'effroi pour que les populations terrorisées n'entravent pas leur marche, témoigne Hollande. Oradour a été livrée aux flammes pour qu'il ne reste rien. C'était l'intention des barbares."

Dans le cimetière, au pied du monument aux victimes où s'affichent les patronymes de familles entières, les deux présidents déposent une gerbe, signent le livre d'or. "En faisant ce geste, nous transmettons aux générations nouvelles les legs de la paix", écrit le président français, qui antidate au passage son message au 3 au lieu du 4 septembre 2013.

"La paix et la démocratie ne sont pas des acquis"

Avant de s'en aller, Gauck n'oubliera pas de s'adresser, à  la tribune montée dans le nouveau village, aux familles des victimes. Il sait que l'ersatz de procès de 1953 a laissé les plaies béantes : "Les assassins n'ont pas eu à  rendre de comptes. Votre amertume est la mienne, je l'emporte avec moi en Allemagne."

Cette même tribune où Hollande fera sa première référence, indirecte, aux massacres syriens, à  l'heure exacte de l'ouverture du débat à  l'Assemblée nationale sur d'éventuelles frappes de représailles. Evoquant "les principes bafoués par les bourreaux d'hier comme ceux d'aujourd'hui", il martèle :

"La paix et la démocratie ne sont pas des acquis." Et d'espérer : "C'est le message d'Oradour. Il vivra. Il vivra éternellement."

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