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Joachim Gauck, le bon pasteur de la République allemande

Le président allemand, Joachim Gauck, lors d'une conférence de presse à  l'Elysée, le 3 septembre 2013.

Gouvernés par une fille de pasteur, les Allemands sont également présidés, depuis 2012, par un pasteur. Et ils ne s'en plaignent pas. Joachim Gauck est même la seule personnalité politique plus populaire qu'Angela Merkel. Autre point commun : dans une Allemagne qui a toujours du mal à  promouvoir des personnes élevées à  l'est, ces deux-là  constituent les deux exceptions - particulièrement notoires - à  la règle. Né en 1940, Joachim Gauck a passé les cinquante premières années de sa vie à  Rostock.

Troisième point commun : tous deux se sont révélés dans l'opposition au régime communiste et ont fait une carrière fulgurante grà¢ce à  la réunification. On pourrait donc les croire proches. A tort. Si Joachim Gauck est le 11e président de la République fédérale, ce n'est surtout pas à  Angela Merkel qu'il le doit.

Présenté par les Verts et le Parti social-démocrate (SPD) pour succéder en 2010 à  Horst Kà¶hler, Joachim Gauck, pourtant plutà´t conservateur, est battu par Christian Wulff (Union chrétienne-démocrate, CDU), un candidat imposé par Mme Merkel. Celle-ci souhaite, dit-on, marginaliser un concurrent potentiel. Mais lorsque ce dernier démissionne moins de deux ans plus tard, en raison de malversations supposées, la chancelière ne peut qu'approuver la candidature de Joachim Gauck, toujours soutenu par les Verts et les sociaux-démocrates, mais aussi par les libéraux. Le 18 mars 2012, Joachim Gauck est élu par un collège électoral de 1 230 personnes, écrasant Beate Klarsfeld, présentée par le parti de la gauche radicale, Die Linke.

Des parcours différents du temps de la RDA

Leurs parcours respectifs sous la dictature communiste expliquent peut-être la distance qui existe entre le président et la chancelière. Autant Angela Merkel et son père ont toujours fait preuve d'une grande souplesse face à  l'appareil du parti, autant Joachim Gauck s'est montré intransigeant. Il en donne la raison dans son autobiographie : Winter im Sommer, Frà¼hling im Herbst ("hiver en été, printemps en automne").

Si la seconde partie du titre fait référence à  la chute du mur en novembre 1989, la première est plus personnelle. Le 27 juin 1951, deux hommes arrêtent le père de Joachim Gauck, un capitaine de marine qui n'est pourtant pas anticommuniste. Sa famille apprend deux ans plus tard qu'il a été condamné à  vingt-cinq ans de prison pour de prétendues activités antisoviétiques. Elle le croit détenu en RDA. Il est en Sibérie. Il sera libéré en octobre 1955. "Le destin de notre père a forgé notre éducation. Le devoir d'une loyauté sans conditions à  l'égard de notre famille excluait la plus petite forme de fraternisation avec le système", témoigne-t-il. Bien qu'élevé dans une famille protestante non pratiquante, le petit Joachim prie tous les soirs pour que son père revienne. Plus tard, empêché de devenir journaliste, il étudie la théologie et devient pasteur.

Porte-parole en 1989 d'un mouvement d'opposition, Nouveau Forum, Joachim Gauck est élu député en 1990, lors des premières élections libres de RDA. S'intéressant aux archives de la Stasi, l'ancienne police politique de RDA, il est rapidement nommé à  la tête de celles-ci : 111 km de dossiers dont certains constituent de véritables bombes politiques mais dont la grande majorité témoigne surtout de la surveillance insensée dont les Allemands (y compris à  l'Ouest) faisaient l'objet. Durant dix ans, à  la tête de cette administration délicate où morale et politique s'enchevêtrent, Joachim Gauck accomplit un parcours cité en exemple dans le monde entier.

Déchargé de fonctions officielles en 2000, le pasteur prend la tête d'une fondation, Contre l'oubli-Pour la démocratie. S'il ne perd jamais une occasion de dénoncer les crimes du communisme, le président Gauck n'oublie pas non plus les crimes nazis. Son déplacement à  Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), mercredi 4 septembre, le prouve. De même s'est-il déjà  rendu à  Lidice (République tchèque) et à  Sant'Anna di Stazzema (Italie), deux autres petites villes martyres.

Donneur de leçons

Deux mois après sa prise de fonctions, c'est à  Israà«l et à  la Cisjordanie qu'il a consacré son premier voyage hors d'Europe. A cette occasion, cet homme dont le pouvoir - honorifique - repose sur des actes symboliques et sur le talent oratoire se permet d'ailleurs de reprendre Angela Merkel et son prédécesseur Christian Wulff. La première a-t-elle déclaré que la sécurité d'Israà«l faisait partie de la "raison d'Etat" de l'Allemagne ? "Je ne veux pas m'imaginer tous les scénarios qui pourraient mettre la chancelière dans d'énormes difficultés en raison de cette phrase", dit-il. Le second a-t-il affirmé que "l'islam faisait partie de l'Allemagne" ? "Je ne le formulerais pas ainsi", affirme le président, qui aurait dit : "Les musulmans qui vivent ici font partie de l'Allemagne."

Orateur remarquable, Joachim Gauck dit ce qu'il pense et semble aussi penser ce qu'il dit. D'où sa popularité. Ce pasteur est d'ailleurs un grand séducteur qui vit en concubinage depuis 2000 avec une journaliste, Daniela Schadt, mais garde d'excellentes relations avec son épouse ainsi qu'avec la femme qui fut sa compagne dans les années 1990.

Mais ce donneur de leçons agace parfois le monde politique. Un jour, il s'en prend à  "la furieuse vertu" de femmes qui s'insurgent contre un député qui a regardé d'un peu trop près le décolleté d'une journaliste. Le lendemain, il dénonce "l'économie planifiée" que pourrait engendrer la sortie du nucléaire. Récemment, il a demandé aux partis "de montrer de façon plus évidente en quoi leurs concepts se différencient", façon élégante de dire que la campagne électorale est ennuyeuse. Surtout, Mme Merkel a assez peu apprécié qu'à  l'été 2012 le président ait estimé qu'elle avait "le devoir de décrire très précisément" sa politique européenne. Ne voyant rien venir, c'est d'ailleurs à  l'Europe qu'il a consacré en février son premier discours officiel devant le ban et l'arrière-ban de la République.

Après dix-huit mois de fonctions, il est encore trop tà´t pour dire si Joachim Gauck sera un "grand" président. Mais, pour les Allemands, il est déjà  un "bon" président.

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